Un atlas

J’étais môme, j’avais inventé des pays et les avais dessinés dans cet atlas — voilà les trois premières pages. Pour chacun, sont indiqués la surface, le drapeau et le nom d’abitants. Vous reconnaîtrez : un pon, des mers et des îles, et notamment l’île du Scelète de Girafe. À propos d’une autre, vous êtes prévenus : il ne faut jamais yalé, c’est trop dangereux.

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Ce qui fait foi

Dans cette enveloppe, il y avait une carte d’anniversaire écrite par mon père. Je le sais, puisque le tampon l’affirme : cette enveloppe a été postée rue de Reuilly (donc : par lui) le 9 janvier (donc : la veille de mon anniversaire). Le cachet de la poste « fait foi », comme chacun sait, mais ce cachet-là en particulier fait bien plus que ça : il m’émeut.

À l’ombre de la passerage en fleurs

« Tout a déjà été écrit ». C’est vrai. Alors, à quoi bon continuer d’écrire ? Peut-être pour la raison suivante : tout a déjà été écrit, mais pas dans le même ordre que nous le faisons. C’est le coup de la Bibliothèque de Babel : l’ensemble des combinaisons des lettres de l’alphabet compose, automatiquement, toute la littérature existante et à venir.

Une autre chose qu’on pourrait faire, dans le même genre : piocher des phrases dans À la recherche du temps perdu, puis les mettre dans un ordre différent — on pourrait alors, j’en suis sûr, obtenir n’importe quel autre livre. Par exemple, Passerage des décombres. J’ai essayé. Ça pourrait donner ceci.

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Remonter le courant (la Vendée est une rivière)

Je fais un peu d’archéologie. Je fouille dans mes papiers. À la médiathèque de Luçon, on prévoit une expo qui s’intitulera « dans l’atelier d’Antonin Crenn », qui durera le temps de ma présence là-bas. J’y montrerai mon travail comme si j’étais quelqu’un d’important. Plus précisément, ce sera autour du Héros et les autres : je vais étaler sur le mur toutes les choses qui ont participé à sa création, autour d’un plan de Saint-Céré. Chaque lieu important du récit sera lié à des images, des petits objets, des bouts de texte. Par association d’idées. Je ne montrerai pas seulement les choses qui m’ont servi concrètement pendant l’écriture (il y en a peu) : en fait, je vais inventer après coup une sorte de constellation. Je montrerai des livres que j’aime. Et aussi — c’est là qu’intervient l’archéologie — des petits bouts de vieux projets écrits ou dessinés quand j’avais l’âge de Martin, et qui contiennent déjà des motifs qui se sont retrouvés dans Le Héros. Et qui vont continuer de se retrouver dans d’autres textes, je vous le garantis.

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Noms de lieux : les deux Charcot

Le Pourquoi Pas ? a fait naufrage au large de Reykjavík le 16 septembre 1936. Un homme a survécu et quarante autres sont morts en mer, parmi lesquels Jean-Baptiste Charcot. Le lendemain, au Conseil municipal de Paris, Alex Biscarre demande qu’une rue de Paris porte le nom de Charcot afin de lui rendre l’hommage qu’il mérite.

L’Ouest-Éclair, 19 septembre 1936

Il existait déjà une rue Charcot à Paris depuis 1894, à côté de la Salpêtrière, pour honorer Jean-Martin Charcot — qui s’était illustré (notamment) dans cet hôpital. On n’avait pas précisé le prénom, à l’époque, parce que son fils Jean-Baptiste n’était pas connu.

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Le square

R. et S. sont des enfants, donc ils ne peuvent pas rester tout seuls pendant que leurs parents sont occupés à déménager — plus spécialement, à transférer tous les meubles et les cartons d’un côté à l’autre de la porte de Charenton : à leur nouvelle adresse, R. et S. auront chacun leur chambre. En attendant, c’est moi qui passe la journée avec eux.

On prend un petit déjeuner au café, puis on va au cinéma. On marche un peu en guettant le bus (S., qui a quatre ans, reconnaît vachement bien les numéros, et il sait nous prévenir quand le 64 ou le 26 s’approchent). En attendant la séance, on joue au square d’en face, mais pas longtemps. Le film que j’ai choisi est précisément celui que les copains de R. verront aujourd’hui avec le centre de loisirs : ça tombe bien. Parmi les jolies choses qu’on voit à l’écran, une jeune coccinelle — ou un coccineau, allez savoir — rouge à points noirs tombe amoureuse — ou amoureux — de son semblable ou de son contraire, c’est-à-dire d’une jeune coccinelle ou d’un jeune coccineau à la carapace noire ponctuée de rouge. S. a un peu peur de la mante religieuse : je le comprends.

« Pour déjeuner, vous préférez aller au restaurant ou pique-niquer au square ? — Pique-niquer au square. » Ils n’ont pas des goûts de luxe, ces enfants. On choisit un banc au soleil, entre le kiosque et la statue couverte de mousse de Léon Gambetta. Gambetta pointe du doigt, ce n’est pas poli. Il montre peut-être le soleil de fou qui brille cet après-midi, que nous passons presque entièrement ici, entre le bac à sable et les toboggans. Le quart d’heure qu’on y a passé ce matin n’était qu’un avant-goût. R. me demande si, à mon avis, « les girafes existent ». Je réponds « Non, elles n’existent pas : c’est un coup monté ». Eh ouais, je connais déjà le truc. Les yeux ronds de R. : il est épaté.

Ce dessin témoigne du ciel bleu et du soleil : je ne les ai pas inventés. Le bonhomme à lunettes et à rayures, c’est moi. R. et S. se cachent sous les toboggans, ils se confondent dans la foule des mômes du quartier, ils courent, ils font le tour de la serre. J’apprends qu’il s’agit d’une partie de cache-cache « mobile », dans laquelle on peut changer de cachette autant qu’on veut : ça s’appelle le cache-cache ninja. Pour tout dire, j’ai l’impression que les règles en sont un peu floues.

Deux lieux

Là, c’est le plan du soi-disant « appartement » d’Alexandre dans L’épaisseur du trait, dessiné dans mon carnet en 2015.

Là, c’est le plan de mon soi-disant « chez moi », c’est-à-dire le lieu où je suis présentement, que je me suis trouvé en 2017 et que j’ai aménagé selon ce dessin fait dans un autre carnet.

Toute ressemblance de moi-même avec un personnage de fiction ne saurait être fortuite : ce serait plutôt une coïncidence, voire un fait exprès.

Ressacs

Ressacs sort dans quelques semaines, c’est le nouveau recueil collectif d’Antidata. L’an passé, il s’agissait de cabanes (Petit ailleurs, quatorze nouvelles sur la cabane). Cette fois, il est question de la mer.

J’ai écrit l’histoire d’un marin, que j’ai appelé Loïc. Les autres nouvelles sont de Laurent Banitz, Anthony Boulanger, Louise Caron, Guillaume Couty, Thierry Covolo, Stan Cuesta, Hubert Delahaye, Agnès Mathieu-Daudé, Gilles Marchand, Benjamin Planchon, Bruno Pochesci et Olivier Rogez.

Je n’aurai pas la possibilité de participer à la soirée de lancement chez Charybde le 27 mars, parce que je serai en résidence en Vendée. Ce que je pourrai faire ce jour-là, par contre, c’est prendre le bus jusqu’à la Tranche-sur-Mer, pour entendre tout de même le bruit du ressac.

L’accession aux sentiments passe par une aventure verticale

Claro a lu L’épaisseur du trait. Il en parle dans son feuilleton, dans Le Monde des livres d’aujourd’hui. Et moi, je suis fier de cet article.

En plus, l’illustration est belle, ce qui ne gâche rien !

(On clique dessus et l’image s’agrandit)

Je me souviens de Charybde

Je me souviens qu’il y avait du monde chez Charybde le 24 octobre, pour la sortie du Héros et les autres. Je me souviens de mon émotion. Je me souviens d’avoir trouvé que la conversation avec Hugues était riche, comme toujours chez Charybde. Je ne me souvenais pas, par contre, de ce que j’avais dit précisément. Heureusement, il y a les précieuses archives sonores de la librairie : on peut (ré)entendre ma voix et celle d’Hugues, ici et ci-dessous.