Samedi 26 juin 2004

Dimanche dernier, je me suis levé à 5h30. On est partis de la maison une heure plus tard, pour arriver à 7 heures. La voiture était pleine à craquer. Il y avait des cartons jusqu’en haut. Heureusement que Juline n’est pas venue, parce qu’il n’y aurait pas eu de place pour elle. Même moi, à l’avant, j’avais un machin sous les pieds et un bidule sur les genoux ! À cette heure-ci, il n’y a encore personne sur les routes. On aurait été de vrais dangers publics.

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Samedi 19 juin 2004

Mercredi à 14 heures, c’est le bac de français, l’oral. Maman m’accompagnera. Je viens juste de finir ma dernière fiche, sur le dernier texte, c’est-à-dire le chapitre XXX de Candide. C’est chiant. Je ne suis pas motivé pour bosser. Mais ça va, je les connais plutôt bien, mes textes. Et Juline m’aide : elle me fait réviser. C’est sympa. Moi-même, je l’avais aidée pour ses propres révisions. Mais elle, c’est moins sûr qu’elle ait réussi ses épreuves… Je pense qu’elle aura son bac quand même.

Demain, on fait la brocante. Il devrait faire beau, mais la météo change tout le temps d’avis… Aujourd’hui, temps vraiment pourri : flotte, flotte, flotte. On doit arriver tôt pour tout installer : à 7 heures. J’espère qu’on vendra bien. J’espère aussi que je trouverai des merveilles à acheter. Du point de vue financier, je suis à sec. J’ai même dû emprunter dix euros à maman. Mais je devrais gagner un peu de thune demain. Au pire, j’en retire à la Caisse d’épargne. Je dépense pas mal en ce moment. Samedi dernier, à la brocante du Pecq, j’ai acheté quatre Or Série Fluide pour trois euros cinquante (ouah l’autre, des centimes ! le gars aurait pu me les laisser pour trois, quand même !), puis La vie passionnée de Thérèse d’Avila de Bretécher pour un euro. Et enfin, un gros bouquin sur l’histoire de la BD. La fille en demandait vingt-trois euros, je l’ai eu pour douze cinquante (oui, « cinquante », et je lui ai refilé les centimes du premier gars). Dimanche, j’ai été voir Poids léger au cinéma avec S* : hop, encore cinq euros de moins. Pendant la semaine aussi, j’ai pas mal dépensé. Mardi, à la grande Maison de la presse du Vésinet (elle est géniale), parce que ma presse habituelle, au rond-point, était fermée. J’ai acheté Charlie Hebdo. Depuis trois, quatre semaines, j’aime bien l’acheter. Ils me font bien marrer. Et puis, Bandes Dessinées Magazine, c’est nouveau, c’est cool, c’est très focalisé sur les auteurs. Par contre, c’est cher (presque six euros), mais ça va, puisque c’est un bimestriel. Je vais m’abonner à Fluide, j’ai reçu une offre intéressante. J’aimais bien l’acheter à la presse, mais ça me fera faire des économies.

Dimanche, aux élections européennes : 57 % d’abstention. Quel foutage de gueule. On dit que les gens ne s’y intéressent pas, mais ce n’est pas étonnant : les journalistes s’en foutent. À peine si les chaînes de télé ont organisé des soirées électorales. Et celles qui l’ont fait (sur le service public) ont coupé la parole aux invités pour commenter les résultats du foot… Bon, d’accord, la France a gagné un match de l’Euro, mais ce n’est quand même pas plus important que des élections ! La démocratie, tout le monde s’en fout.

La gauche a gagné, en France, mais Raffarin reste. Tous les ministres restent, tels quels. Et tout le monde s’en fout.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no1 (« Journal, 14 août 2003 – 15 juillet 2004 »), j’ai quinze et seize ans.

Vendredi 11 juin 2004

J’ai passé hier mon bac de SVT (c’était assez facile, je pense que j’ai assuré) et, ce matin, de français.

Depuis la fin des cours (le mardi 2 juin), on mange quand même à la cantine tous les midis avec S*, et W* qui nous rejoint. Il n’y a pas beaucoup de monde (en fait, pratiquement personne). Hier, par contre, S* n’a pas voulu venir, parce qu’il y avait le bac juste après, à 14 heures, et que ça allait la « faire stresser ». J’avais pensé ne pas venir non plus, alors. Mais B* m’a appelé le matin même pour me dire qu’il comptait y aller, alors on s’est retrouvés au lycée à 12h30 pour manger ensemble. Puis on a traîné avec Adeline et Pauline, des copines de B*, en attendant le bac. Il a fallu sortir du lycée à 13h30 pour y rentrer de nouveau en montrant nos convocations et nos cartes d’identité. Puis, l’épreuve. À la sortie, tout le monde ne parle que de ça, et demande aux autres « Tu as fait quoi, toi ? » (et ça énerve B*, qui préfère ne plus en parler). Ce matin, rebelote, sauf que l’épreuve de français dure quatre heures, au lieu d’une heure et demie pour les SVT. Je suis sorti au bout de trois heures et quart, et j’ai fait un effort, parce que d’habitude je mets moins de temps que ça. J’ai choisi le commentaire : un extrait de Rhinocéros de Ionesco… pourquoi pas. Dès que j’ai lu les trois sujets, j’ai tout de suite passé à la trappe la dissertation et l’invention. Pas intéressants. Je pense que j’ai réussi le commentaire. J’ai regardé les corrigés sur Internet : ça n’a rien à voir avec ce que j’ai fait, aucun rapport, mais je ne me soucie pas trop pour autant.

L’après-midi, j’ai été à la bibliothèque. Je lis pas mal, en ce moment. Aux dernières nouvelles, j’ai écrit que je lisais Proust et que je trouvais ça passionnant : je suis toujours du même avis, mais j’ai laissé tomber au bout de cent pages. C’est trop dense, trop prise de tête. J’ai lu Le der des ders de Daeninckx, choisi parmi la multitude de Série Noire qu’on a à la maison. Pourquoi celui-là ? Parce que c’est un roman que Tardi a adapté en BD (même si je n’ai pas lu cet album). À la fin, le salaud reste impuni. Selon la même logique (les dessins de Tardi), j’ai choisi ensuite Au bonheur des ogres de Pennac, c’est le premier d’une série. J’adore. Les personnages sont attachants, l’intrigue policière me plaît. J’ai donc pris le deuxième aujourd’hui : La fée carabine et l’ai commencé aussitôt. J’ai prêté à S* Love Story : elle ne l’a pas encore lu, je suis sûr qu’elle va aimer, il se lit vite, il est riche en émotions.

Demain et dimanche, c’est la brocante sous le pont du Pecq, je l’attends toujours avec impatience. Il n’y a que dans les brocantes que je trouve certaines BD ou des vieux numéros de Fluide ou de Pilote. La brocante de Marly, où on aura un stand, c’est le weekend suivant. On a fait un sacré tri à la maison. On a plein de trucs à vendre, mais aussi des trésors dont on ne veut pas se débarrasser encore. Des collections de quand on était petits : les jouets Kinder, les pin’s, les Pog…

Dimanche, ce sont aussi les élections européennes. J’espère que la claque des régionales va se renouveler.


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Dimanche 30 mai 2004

Pas mal de trucs à raconter à propos de ce weekend.

Jeudi, Flore me dit qu’elle organise une petite soirée chez elle, parce que la fin des cours approche et ses parents ne sont pas là. Elle invite toute la classe, sauf quelques uns. Moi, je suis invité, mais j’hésite, je ne suis pas sûr d’avoir envie de venir. Je n’ai jamais été à une soirée, je ne sais pas comment ça va se passer. Je n’ai pas envie de danser. Si c’est juste pour boire et fumer, non merci (mais je ne m’inquiète pas trop pour ça, avec elle). J’ai peur de m’ennuyer. Je demande à S* si elle vient : elle hésite aussi. Finalement, je la convainc. On décide d’y aller ensemble. Il y aura aussi B*, M*, ceux que j’aime bien. Je me prépare donc au fait de sortir le samedi soir… Or, le samedi (hier), j’appelle S* une heure avant, pour qu’on s’accorde sur les horaires. Et savoir si son père nous ramène, ou si maman s’en charge. Et là, bing ! Elle me dit qu’il n’y a plus de soirée. C’est annulé. Les parents de Flore n’étaient pas au courant, il l’ont appris au dernier moment, et ont emmené Flore en vacances avec eux. Alors, plus de fête. Quelle déception ! Pour une fois que j’étais décidé… J’avais même préparé un cake, pour la soirée.

Tant pis. Ma soirée n’était pas tout à fait perdue. C* et N* étaient à la maison, arrivés de Marseille vendredi soir. D’ailleurs, leur présence m’avait fait hésiter à dire oui à la fête, pour une fois qu’on avait du monde à la maison. On a fait pas mal de trucs ensemble, du coup. On a été, tous les cinq, dans un resto de couscous qu’on ne connaissait pas, qui est pourtant tout près de la maison (au rond-point du Pecq). Puis au cinoche, mais sans Juline qui devait passer la soirée et la nuit chez une copine. On a vu La vie est un miracle d’Emir Kusturica en VO (en serbe !) : ce film est extraordinaire, on en sort plus heureux, alors que c’est un film sur la guerre. La façon de filmer est très lyrique, pleine de poésie et d’énergie. Je n’en dis pas plus, car je suis nul pour faire l’éloge d’un film, et pour les compliments en général.


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Mardi 25 mai 2004

Au festival de Cannes, qui s’est terminé samedi, la Palme d’or a été attribuée à Michael Moore pour son documentaire contre cet enfoiré de Bush : Fahrenheit 9-11. J’irai voir ce film, peut-être avec S*.

Et si je racontais ma journée ? Elle n’était pas mal. Elle commence par une heure de maths, certes : c’est nul. Mais elle continue avec deux heures d’espagnol, et j’aime bien le prof. Il nous a montré un documentaire sur l’esclavage à Cuba à la fin du XVIIIe siècle, vu sous l’angle de la religion catholique. Sans être pro-catho, ce n’était pas franchement antireligieux non plus. Puis, de 11h30 à 15 heures, on n’avait pas cours. Alors on est restés dehors, au soleil, sur la pelouse au fond de la cour du lycée. Une heure avec S*, B*, Amandine, Lisa et W* (qui avait aussi une heure de perm, par coïncidence), puis avec B*, Lisa et les copains et copines de B* (S* est rentrée chez elle… pour regarder Roland-Garros). Ils sont sympas. Ou plutôt : elles sont sympas, car c’étaient des filles. Grâce à B*, je rencontre du monde… À deux heures, elles sont parties en cours, et M* est arrivée. J’aime bien M*, je ne sais pas si je l’ai déjà dit. On a fait un peu de maths : il fallait que je l’aide pour le contrôle de demain. Ça m’a forcé à travailler. En ce moment, je ne suis pas motivé, alors s’il n’y avait pas M* je n’aurais sûrement pas bossé mes maths. À 15 heures on est allés en cours d’anglais, puis de SES et enfin d’histoire (ce qui nous fait finir à 18 heures, oui c’est tard). Mais on ne peut pas se plaindre car, le jeudi après-midi, on n’a pas cours (on avait TPE et ce n’est pas toute l’année). Par contre, on commence tous les matins à 8h30.

Autre chose : Mme L*, notre prof de SVT est malade. On n’a pas terminé le programme et on a le bac le 10 juin. Alors Mme P*, la prof de l’autre classe de première ES, nous fait quelques cours en rab. Le bac approche… mais je m’en fous complètement. Je ne stresse pas du tout. On n’a que trois épreuves, c’est court, il n’y a pas beaucoup de révisions. Le truc embêtant, c’est que je passe l’oral de français à Conflans-Sainte-Honorine. C’est à perpète ! La galère pour y aller. J’espère que je ne passerai pas trop tôt. Juline aussi était passée là-bas, à 7h30 du mat’. Elle s’était levée super tôt, ça a sans doute contribué au fait qu’elle a foiré son épreuve.


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Vendredi 21 mai 2004

Presque la fin des cours, déjà… Plus qu’une semaine. Je ne suis pas sûr d’être très enthousiaste à cette idée. Qu’est-ce que je vais faire de mon temps ? C’est long, les vacances ! Juin, ça va encore. Peut-être que j’aurai des potes à voir. Et puis, tant que le bac n’est pas passé, c’est comme si l’année n’était pas terminée (le bac, c’est le 11 juin pour l’écrit de français, et vers le 22 pour l’oral). En juillet, Juline va travailler chez Axa, comme l’an dernier. En août, on partira les deux premières semaines près de Draguignan (dans le Sud-Est : je précise parce qu’il paraît que c’est connu, mais je ne connaissais pas) avec C*, N* et les trois enfants. La première semaine, Juline ne sera pas avec nous, mais dans un camping près de Perpignan avec ses copines. Elle nous rejoindra pour la deuxième semaine. Voilà : c’est tout un programme, mais un programme un peu vide. Qu’est-ce que je vais faire ? Benoît part pour les deux mois, je ne le verrai pas. Il faut que je demande à S* ce qu’elle fera. À part eux, je ne sais pas qui j’aurais envie de voir. C’est terrible à dire, mais je me demande vraiment ce que je pourrais faire, si je voyais les autres copains. Je n’ai aucune idée de ce qu’on ferait, si je me retrouvais en tête-à-tête avec B* par exemple. Je l’aime bien, pourtant. Je crois que je pourrais même le considérer comme un ami. Mais je sens cette incapacité totale à lui proposer quoi que ce soit. Je ne sais pas faire, tout bêtement. Je ne suis pas sûr d’être clair en l’écrivant. Je devrais me relire pour voir. En gros, je voulais parler de ce problème de la conversation : je ne suis pas très bavard, je me surprends souvent à faire des efforts incroyables pour alimenter une conversation, avec des gens que j’aime pourtant. C’est très culpabilisant, car je me dis que je devrais avoir plein de choses à dire à ces gens, mais je ne trouve rien. Ça m’arrive avec mes amis ; avec maman. Le truc, c’est que je ne suis pas vraiment bavard et, même si j’avais des choses à dire, il ne me viendrait pas à l’idée de les dire. Par exemple, ce midi à la cantine : S* a raconté sa journée d’hier. Elle est comme ça, S* : toujours quelque chose à dire. Des anecdotes. Ce qui lui passe par la tête. Ce n’est pas péjoratif quand je dis ça, au contraire. Moi, je suis incapable de faire ça. Je n’ai pas raconté que j’avais vu Benoît hier (c’était férié, il est venu à la maison), ni que j’avais vu Dancer In The Dark mercredi soir. Je n’arrive pas à parler de moi si personne ne me le demande, parce que je n’ai pas l’impression que ça puisse intéresser. Il faudrait que je me force.

Donc, hier, Benoît est venu. J’étais content, on ne s’était pas vus depuis des lustres, ou seulement croisés rapidement au lycée. Je l’ai appelé le matin, il est venu l’après-midi. On a parlé de BD, du lycée, de plein de trucs.

Lundi, j’ai lu Un cabinet d’amateur de Georges Perec (encore lui ?). Il faisait beau, j’ai été à la bibliothèque, j’ai emprunté ça et je l’ai lu dans le jardin. C’est tout petit, ça se lit vite. C’est très étrange, mais j’ai trouvé ça génial, une fois de plus.

J’ai aussi emprunté Du côté de chez Swann, le premier volume d’À la recherche du temps perdu de Proust. J’en ai lu quatre-vingt pages, peut-être. C’est long à lire, il faut prendre son temps, c’est riche. Il n’y a pas vraiment d’histoire (du moins, pour le moment, on verra pour le suite), ce sont surtout des descriptions, des états-d’âme, des digressions sur les souvenirs d’enfance du narrateur (dont on ne connaît d’ailleurs pas le nom). Ça peut paraître bizarre que j’aie envie de lire Proust, mais j’y pensais depuis un moment. Puis, lundi, B* en a sorti un exemplaire de son sac en disant qu’il le lisait pendant le cours d’histoire. Ça m’a donné envie d’essayer aussi.

C’était l’anniversaire de B* hier. Je lui ai envoyé un dessin par mail. Le dessin, je l’ai fait dans Photoshop avec ma palette graphique : c’est moi, tenant Torink en laisse, et nous souhaitons tous les deux un joyeux anniversaire à B*. J’ai dessiné son corps et intégré la photo de sa tête (scannée depuis la photo de classe).


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Dimanche 16 mai 2004

Matin. Dans le dernier Fluide, il y avait un article de Casoar qui parle de ce rêve que feraient beaucoup de tintinophiles. Ils se promènent aux puces et dénichent un album de Tintin inconnu. Oh, joie ! Ils le feuillètent et l’achètent. Moi, la nuit dernière, j’ai rêvé que j’étais dans une librairie, du genre de celles qui vendent de vieux bouquins. On nous y avait emmenés avec toute la classe. Chacun devait choisir pour soi un livre d’histoire. Moi, aucun ne m’intéresse. Alors, je me dis : tiens, tant qu’à être ici, je vais voir si je ne trouve pas une BD sympa. Ô miracle ! Je déniche un album du Concombre masqué : Le Concombre masqué dans le Bugle (qui n’existe pas). Je veux l’acheter. Il est à huit euros, je le marchande à six. Il y avait aussi un vieux Gotlib de 1939 (?). Moi aussi, je rêve d’albums imaginaires.

10h20. S* vient de m’appeler : elle me proposait d’aller voir La mauvaise éducation, le dernier Almodóvar. Pas de chance : je l’ai vu hier avec maman, à Saint-Germain. C’était en VO, j’ai bien aimé ça. Le film est terrible ! C’est très tordu. Pédophilie, religion, homosexualité, drogue et cinéma : ça fait beaucoup de thèmes. Et ça se termine en film noir, par un crime. Faut digérer tout ça, après. J’ai beaucoup aimé. Ça m’étonne un peu que S* ait envie de voir ce film… Je verrai demain comment elle a réagi.

Au fait, je n’en ai pas parlé : le weekend dernier, j’ai eu un nouveau petit cousin. Ma cousine G*, vingt-cinq ans, a eu un petit N*. Hier, à Saint-Germain avec maman, on lui a trouvé des petits cadeaux : un vêtement et une peluche de zèbre.


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Dimanche 2 mai 2004

Ma montre affiche le 1er mai : elle n’a pas compris qu’il n’y avait que trente jours en avril. Je vais chercher le mode d’emploi, parce que je ne sais jamais dans quel sens on tourne le bouton. Dans un sens on règle le jour, dans l’autre la date.

Le 20 juin, on va faire une brocante. On va vendre des bouquins, des magazines. Tous mes Mickey ! J’aimerais bien tout garder, mais ce n’est pas possible, il n’y a pas la place. J’en ai quatre cartons pleins dans ma chambre. Le journal de Mickey essentiellement, mais aussi Picsou magazine, Super Picsou géant, Mickey Parade… Eh oui, tout ça. Je ne les lis plus depuis belle lurette, il faut bien s’en débarrasser. Avant, c’était toute ma vie. Ça et les Lego. Les Lego aussi, j’en ai plusieurs caisses. Je pense qu’on les vendra, un peu plus tard.

Hier, chacun a fait du tri dans sa chambre, pour voir ce qu’on veut garder et ce qu’on ne veut plus voir. Maman aussi commence a trier les multitudes de bouquins qu’elle a partout. Elle m’a donné deux petites BD américaines, de Crumb et de Shelton, et un livre sur les dessinateurs d’humour, et un autre sur l’émission de télé Tac-au-tac. Ça devait être terrible, cette émission : des dessinateurs connus était invités et réalisaient des dessins à plusieurs, des cadavres exquis. Le bouquin est super.

Tout à l’heure, on va chez G* pour l’anniversaire de P*, mon cousin. Je suis sûr que ce sera sympa, mais ça ne m’enchante pas d’y aller. Il y a aura F* et T* : je me demande comment ce sera. Est-ce que j’aurai quelque chose ? Ça me gênerait. Je pense que ça fera plaisir à mamie qu’on vienne, parce qu’elle n’a pas souvent l’occasion de voir toute la famille.


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Vendredi 30 avril 2004

Je vais passer pour un fan de Georges Perec, si je continue comme ça. J’ai beaucoup parlé de lui dans ces dernières pages. J’ai appris qu’il avait écrit un palindrome de mille deux cents mots ! Ça ne m’étonne pas : il n’y a que lui pour faire une chose pareille. J’ai cherché sur Internet pour le lire, et j’ai trouvé. C’est excellent, j’adore. « Trace l’inégal palindrome. Neige. Bagatelle, dira Hercule, etc. » À l’envers, ça fait : « Haridelle, ta gabegie ne mord ni la plage, ni l’écart. »

J’ai fini les cours à 14 heures. Je n’allais pas très bien, je déprimais, parce que je venais de discuter avec S* du sujet de discorde par excellence : elle est de droite et je ne comprends pas sa manière bornée de voir les choses. Ce n’est pas de sa faute, elle n’est pas du même milieu, mais quand même. Là, elle m’expliquait que l’État ne devrait pas verser d’allocations aux chômeurs (ou, du moins, pas autant) parce qu’ils en profitent, ne cherchent pas de boulot et sont payés à ne rien foutre. Bien sûr, je ne suis pas d’accord. En fait, c’est moi qui a commencé à parler de ça, à cause du cours de SES où on a vu que ces cons de Ricardo et Adam Smith étaient contre l’intervention de l’État dans l’économie. Bon, à la limite. Mais, implicitement, ils traitent les pauvres de fainéants. Quand on me lance sur le sujet, c’est la révolte qui me fait parler. Quand je vois ces petits bourges et fils-à-papa qui se feront payer les meilleures études, seront aidés pour monter leur boîte ou je ne sais quoi, ça me révolte. Je sais que moi, je ne pourrai jamais entrer dans une école privée, tout simplement. Donc, si je veux arriver au même niveau qu’eux, je dois avoir le double de mérite, en plus d’un gros paquet de chance. Et S* de me répondre que, si les chômeurs ne retrouvent pas d’emploi, c’est parce qu’ils n’ont pas de diplôme, certes… et donc, ils n’avaient qu’à mieux travailler à l’école ! Argh ! Ça me tue, d’entendre des choses pareilles. Et le pire, c’est que je ne peux même pas répondre que « ma mère n’a pas beaucoup d’argent parce qu’elle n’a pas fait d’études, parce que sa mère à elle avait encore moins d’argent », car on sombrerait dans le misérabilisme. Or, ce n’est pas parce que je suis moins riche que je veux passer, pour autant, pour le pauvre orphelin dans la misère. J’évite de la ramener. N’empêche, ça me révolte. À une autre époque, j’aurais été révolutionnaire. À notre époque, je ne suis qu’impuissant. Ça me tue de voir l’action du gouvernement actuel, qui supprime des allocations aux chômeurs, supprime le RMI pour le transformer par une sorte de travail au rabais, qui crée des CDD de plusieurs années pour inciter les entreprises à embaucher tout le monde de façon encore plus précaire.

Autre sujet. Mardi, j’ai pas mal discuté avec Benoît. Je suis content, depuis le temps. Il m’a dit que ça lui avait fait plaisir de me parler. Tant mieux, car je m’inquiétais. Je me disais que, si on ne se voyait plus, c’était peut-être qu’il n’en avait plus envie. Il semble que non. Remarquez, moi non plus, je ne faisais pas d’efforts pour le voir, alors que j’aurais aimé ça. C’était probablement pareil pour lui.

Tout à l’heure, je voulais lire un bouquin, j’ai pris Oscar et la dame rose d’Éric-Emmanuel Schmitt. J’ai trouvé ça fort. J’étais tout ému. C’est triste, mais c’est dit avec des mots naïfs, parce que c’est censé être écrit par un enfant.


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Vendredi 23 avril 2004

C’est à la fois le premier et le dernier vendredi 23 avril 2004 de l’histoire de l’humanité. J’ai seize ans, trois mois et treize jours, et plus jamais je ne revivrai ce que l’on vit à seize ans, trois mois et treize jours. Voilà qui est dit.

Hier, avec Juline et maman, on a vu Mariages ! au cinoche. C’était sympa. C’est drôle. À chaque fois, je garde les billets de cinéma ; enfin, ceux de Saint-Germain, parce que le titre du film est écrit dessus. Mais là, c’est dommage, le gars du guichet nous a donné des tickets avec Starsky et Hutch écrit dessus. Je ne peux pas le garder en souvenir.

Au fait : j’ai fini La disparition. C’est génial. Extraordinaire d’intelligence. Non seulement c’est un exercice très intéressant, mais le livre ne s’arrête pas là : l’intrigue est rusée, il y a du suspense, on se demande « Mais où veut-il en venir ? » On découvre les personnages un à un : Anton Voyl, Amaury Conson, Arthur Wilburg Savorgnan, Douglas Haig Clifford, Olga Je-ne-sais-plus-quoi (un nom compliqué, genre Mavrhokodratos). En fait, ils ont tous un lien de parenté ou une histoire commune. Tout est révélé à la fin. Tout le monde meurt, au long du bouquin. C’est très étrange. J’adore ! Quel génie, ce Perec (et non « Pérec », comme s’obstine à l’écrire la prof de français… alors qu’il explique longuement, dans W, l’origine de son nom…) Je me suis aperçu que c’était lui qui avait écrit la préface du livre de Gotlib (le recueil de la Rubrique-à-brac tomes 4 et 5 et Trucs-en-vrac tome 1), qu’on avait acheté ensemble avec papa. Ce livre a une grande valeur pour moi. La préface, pendant longtemps, je ne la lisais même pas, je la trouvais ennuyeuse. Je l’ai relue récemment : elle est très drôle. C’est un gros délire, mais sous un abord très sérieux. Je n’en comprenais pas encore les subtilités.


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