Samedi 26 juin 2004

Dimanche dernier, je me suis levé à 5h30. On est partis de la maison une heure plus tard, pour arriver à 7 heures. La voiture était pleine à craquer. Il y avait des cartons jusqu’en haut. Heureusement que Juline n’est pas venue, parce qu’il n’y aurait pas eu de place pour elle. Même moi, à l’avant, j’avais un machin sous les pieds et un bidule sur les genoux ! À cette heure-ci, il n’y a encore personne sur les routes. On aurait été de vrais dangers publics.

Or donc, on est arrivés à Marly ; en même temps que la brocante, il y avait le marché. Les gars avaient commencé à bloquer les entrées du parking pour emmerder les brocanteurs. On s’est débrouillés. Ensuite, à peine on posait nos cartons sur nos emplacements, des types commençaient déjà à demander : « Vous avez des portables ? des trains électriques ? des cartes téléphoniques ? des bandes dessinées ? » Nous nous sommes installés. « Nous », c’est maman et moi, Sylvie (l’amie de maman qui va bientôt déménager à Dijon, ce qui embête bien maman) et son fils Valentin, Joëlle (une de leurs collègues) et son mari qui a un camion.

C’est surtout le matin qu’on vend bien. L’après-midi, ce sont des promeneurs. Et en fin de journée, on brade, pour qu’il nous reste le moins possible sur les bras.

S* est venue avec ses parents. On a fait un petit tour, tous les deux, c’était gentil de sa part. L’après-midi est arrivé Bastien, le fils de Joëlle qui a travaillé chez Axa l’été dernier, comme Juline. Ça leur donnait une occasion de se revoir : il est allé chercher Juline en voiture et l’a emmenée à la brocante. De mon côté, j’ai arpenté la brocante dans tous les sens. J’étais un peu déçu, parce qu’elle est immense et il y a peu de BD. J’ai tout de même trouvé deux Reiser, un Bretécher, un Gai Luron, un Dingodossiers, un Duduche, un Spirou et le hors-série À suivre sur la mort de Hergé.

Pour la vente, on s’en est bien tirés : cent soixante-dix euros en tout. Dont la cage du hamster, à un gamin qui a tourné autour pendant une heure. Et quelques Lego. Et une paire de chaussures que Juline n’a jamais mises. Et quelques Mickey et Picsou, mais pas autant que j’espérais. On est rentrés crevés.

Le reste de la semaine, j’ai commencé à dépenser l’argent gagné le dimanche. Encore un nouveau canard : Bande dessinée internationale. Mercredi, j’ai acheté Fluide glacial en marges, le recueil des « marges » du journal. Et les Idées noires de Franquin. Avec ces deux albums, j’avais droit à l’inédit gratuit : les 4 de couv.

Et mercredi ? Le mercredi 23 ? N’ai-je donc rien d’autre à dire ? Mercredi 23, c’était l’oral de français à Conflans-Sainte-Honorine. On est arrivés bien en avance, avec maman. On a mangé sur place. Puis, j’ai retrouvé les trois autres de ma classe convoqués à la même heure : Julie, Mylène, Simon. Je suis passé le premier. L’examinateur avait une bonne tête, l’air sympa, l’air prof de français : un barbu à lunettes, vieux pull, intello cool. Je suis tombé sur Marivaux, un extrait de L’île des esclaves. J’aime pas ce texte. Mais je m’en suis bien tiré quand même. Ensuite, il y a l’entretien. Le prof a eu des questions bizarres. Genre : comparer la méthode de Trivelin (le personnage du texte) avec la Révolution culturelle de Mao… En fait, c’est surtout lui qui a parlé, et moi qui disais : « Ah oui ? Ah bon ? Je sais pas. » J’ai bien aimé, c’était cool.

Hier, j’ai été avec Juline à la Défense, pour les soldes. J’ai choisi trois t-shirts et deux caleçons chez Celio et une chemise chez H&M (je ne connaissais pas ce magasin). C’est une chemise un peu étroite, alors j’hésitais. Je ne sais pas si ça me va, ce genre de trucs. Je suis un peu maigrichon pour ça. Je n’ai rien à montrer, quoi. J’ai entrepris tout de même, depuis quelque temps, de faire chaque soir des trucs avec l’extenseur – je crois que ça s’appelle comme ça : deux poignées avec des élastiques (j’en ai mis trois sur les cinq possibles) pour muscler les bras. Ça commence à se voir un peu…

Autre sujet. Je me rends compte qu’être seul me pèse de plus en plus. « Seul », dans le sens où je ne suis pas amoureux, où je n’ai pas de copine. C’est vrai que je ne fais rien pour rencontrer des gens, certes, mais ce n’est pas une raison ! Sur tous les gens que j’ai rencontrés dans ma vie, c’est quand même dingue de n’avoir été amoureux de personne ! Puisque ça arrive à tout le monde… Bon. C’est vrai qu’il y en a beaucoup qui sont amoureux, mais qui ne rencontrent pas de sentiment réciproque. Mais, au moins, il savent quel effet ça fait d’être amoureux ! Bien sûr, je connais donc, encore moins, ce que ça fait de vivre cet amour, à deux. Je n’ai jamais embrassé. Fait l’amour non plus, mais ça, c’est pas grave, j’ai encore le temps. Ou bien, simplement, cette idée qu’on pense à quelqu’un qui pense à soi, en même temps… Eh bien, non : connais pas. Alors je me pose des questions. Suis-je différent ? Serais-je homo sans le savoir et, du coup, je ne me rends pas compte de certaines choses ? Ben, non, je ne pense pas… À ma connaissance, je n’ai jamais, non plus, ressenti quoi que ce soit pour un mec… Pourtant, ça m’arrangerait bien. Ça expliquerait tout. Je préfèrerais être homo et amoureux que hétéro et célibataire tout ma vie (je sais, j’exagère, je n’ai que seize ans). En plus, ce serait cool : ça emmerderait les vieux cons et les réacs, ça me ferait une originalité que tout le monde n’a pas. Mais non, pourtant. Alors, quoi ? Je ne sais pas. Je vais devoir attendre encore un moment, j’en ai bien l’impression. Ce n’est pas pendant les vacances que je vais trouver quelqu’un. Remarque : au lycée, je ne suis pas sûr que ce soit mieux. Alors, ce serait désespéré ? (Ha, ha.)

En plus, autour de moi, je commence à devenir une exception. Par exemple : au début de l’année, S* se désespérais parce qu’elle n’avait jamais eu de petit copain. Tiens, comme moi ! Et maintenant, elle est avec W* depuis six mois et ils sont même passés au stade supérieur (le sexe…). Elle aurait même tendance à être en avance, maintenant. Et moi, toujours rien. Ces expériences vont encore attendre ! En attendant, je peux bien le faire tout seul, mais on s’en lasse. Et puis, ce n’est pas ça ma priorité : je n’ai que seize ans, j’ai le temps. Non, moi, ce que je veux, ce sont les sentiments.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no1 (« Journal, 14 août 2003 – 15 juillet 2004 »), j’ai quinze et seize ans.

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1 commentaire

  1. Mon petit Antonin de 16 ans, si tu savais… Tu as une originalité bien plus originale que d’être homo et tu ne le sais peut-être pas encore… Une sorte de pouvoir de mettre les sentiments, les sensations, les émotions en mots… et ça, c’est une originalité que beaucoup n’ont pas…

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