On ne trafique rien de méchant

L’imprimeur me dit, en bon épicier des familles : « Je vous en ai mis un peu plus. » Le tirage officiel, c’est cent exemplaires, et le un peu plus on ne le compte pas : c’est pour la caisse noire, pour les cadeaux, le plaisir d’offrir (joie de recevoir). C’est le quatrième tirage de La lande d’Airou. Les trois premiers totalisaient deux cent quatre-vingt exemplaires (et les un peu plus que je ne déclare pas). Deux cent quatre-vingt livres dispersés dans la nature. Vendus, pour la plupart, mais pas que. On ne pas pas se mentir : on aime partager, on n’est pas radins. On ajoute un livre ou deux quand les gens sont sympas — en bon épicier des familles. Et on fait des cadeaux aux amis, surtout s’ils sont pauvres. En ajoutant les cinquante ventes numériques, ça fait un paquet de lecteurs et de lectrices — de lecteurs surtout, vu notre cible (oh le vilain mot mercatique). Le truc cool, c’est que toutes les Histoires pédées se vendent aussi bien. Ce n’est pas un titre ou un auteur qui attire le lecteur, mais la collection. Le nom, les couleurs : ça suscite le désir. On va faire quoi de tout cet argent, Guillaume et moi ? Je préfère le dire franchement avant que ça fuite dans les Pandora Papers : on ne fera pas bâtir une villa plaquée-or à Granville (en face des paradis fiscaux anglo-normands, ce serait pratique), on risque plutôt de répartir la plus-value entre les travailleurs (se partager le gâteau) et de réinvestir le capital dans la production (réimprimer les titres épuisés). Sur ce quatrième tirage de La lande d’Airou, la nouveauté c’est le code-barres, pour épargner un collage d’étiquette à nos libraires préféré·es des Mots à la bouche — Guillaume m’a dit que je ne l’avais pas trop mal intégré : « C’est presque joli. » Avis aux collectionneurs.

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