Jeudi 5 février 2004

J’aime bien feuilleter les bouquins qui sont rangé dans l’étagère des toilettes. Il y en a plein. Par exemple, c’est ce qui m’a amené à lire Voyage au bout de la nuit et Les faux-monnayeurs. Là, j’ai feuilleté Queer de William Burroughs. Je ne sais pas si c’est connu. Apparemment, c’est une histoire de camés, de trucs un peu sordides. Dans ce bouquin, entre deux pages, il y a des papiers. L’un est un sachet pour cartes postales As de Cœur, comme on a toujours quand on achète des cartes postales. L’autre est un papier rose, une pub pour une course de lévriers à Saint-Jean-de-Monts. Et sur ces deux papiers, il y a des textes, écrits par papa. L’un est daté du 7 août 1989 ; l’autre est de la même période à en croire la date de la course. Et, sincèrement, ces textes sont très beaux. Mais ça me gêne : je me sens indiscret… Ils sont écrits à la première personne et il parle d’une femme : je ne sais pas s’il parle de lui-même et de maman, ou si c’est juste pour le plaisir d’écrire. Parce que l’écriture est très intime. Sur le sachet As de Cœur, il parle d’une « première balade en célibataire », et d’autres trucs… Sur le prospectus des lévriers, il dit qu’« elle » devra se considérer comme « veuve ». Il parle d’amour. D’enfants, même. Je ne sais pas à quel point c’est personnel, ou si c’est juste de la prose. Ça m’intrigue. Je me sens très indiscret de pénétrer dans son intimité. Je pense que maman sait qu’il y a ça dans ce bouquin… mais peut-être pas. Il y a une petite feuille d’arbre séchée, aussi.

À part ça, qu’est-ce que j’ai à dire ? Je ne sais pas. J’aime bien écrire. Il y a tellement de choses que j’aimerais écrire ! Quand on écrit quelque chose, on se l’approprie. Quand on transcrit un sentiment, on le maîtrise. C’est génial, l’écriture, mais c’est frustrant en même temps lorsque c’est poussé jusqu’à l’art, jusqu’à la littérature. C’est comme avec le dessin, par exemple : je vois quelque chose (quelqu’un, le plus souvent), une attitude, une expression, un physique que j’aimerais savoir recréer. Mais ce n’est jamais parfait : c’est là que c’est frustrant. L’effet général peut être plus ou moins bien rendu (c’est déjà ça, et c’est déjà beaucoup), mais l’impression que j’aurais ressenti ne sera pas bien transposée sur le papier. Le truc, c’est de faire passer une émotion. Ce n’est jamais parfait. Les autres ont beau vous dire que le dessin est réussi, il ne l’est jamais autant qu’on le voudrait. C’est le propre de l’art, sans doute : on progresse sans cesse… Le jour où je parviendrai à créer exactement ce que je veux, alors j’aurai réussi, mais ce sera fini : je n’aurai plus rien à faire, ce sera triste, je n’aurai plus de but. Je crois, par extension, que c’est le principe de la vie. On progresse sans cesse ; toute notre vie est dirigée vers un objectif – même s’il est flou, il existe. Le jour où on l’atteint, la vie n’a plus de but, elle s’arrête. Heureusement, cet objectif n’est jamais atteint, du moins par les gens réfléchis, ambitieux, qui se posent des questions, qui ne sont jamais satisfaits. Les autres, s’ils atteignent leur objectif, ils en trouvent un suivant ; c’est qu’il ne s’agissait pas réellement du but de leur vie.

Je ne me suis pas fait cette réflexion tout seul. Le livre de Larcenet, On fera avec, commence comme ça : « J’aimerais grimper au sommet d’une grande montagne. Une fois le but atteint, on doit se sentir super fier de soi, on doit se sentir… l’homme le plus haut du monde ! Seulement, quand on n’a plus de but, on se sent bizarre… Il nous faut en retrouver un d’urgence… Sinon on meurt. » Je suis entièrement d’accord ; j’ajouterais juste ce complément : ces buts dont il parle sont concrets, ce sont ceux qu’on se fixe à soi-même. Ceux-là, on peut les atteindre. Celui dont je parlais plus haut, c’était le but, l’objectif profond. Une raison de vivre. Celui-là ne peut être atteint, et c’est heureux.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no1 (« Journal, 14 août 2003 – 15 juillet 2004 »), j’ai quinze et seize ans.

Mardi 20 janvier 2004

Vendredi, Anne-Sophie m’a rendu Moi, Christiane F., que je lui avais prêté en septembre ou octobre. Je ne supporte pas ce manque de respect. En plus, elle me l’a rendu abîmé. Elle m’avait promis à ce moment-là de m’apporter L’herbe bleue, soi-disant, « juste le temps que je le retrouve chez moi », mais je ne l’ai jamais vu. Du coup, c’est Typhaine qui m’a prêté son Herbe bleue (Typhaine est l’ex. de W*), mais je ne l’ai pas encore lu.

Je termine d’abord Les faux-monnayeurs de Gide. C’est vraiment génial. Ça me passionne. Je suis admiratif d’un bouquin aussi bien foutu. Il y a beaucoup de personnages : Olivier, Bernard, Édouard, Vincent, Robert, Georges, Boris, Liliana, Laura, Douvriers, etc. Au début, on pense qu’il s’agit de groupes fermés, c’est-à-dire que telle personne est amie avec telle autre, qu’untel est le frère d’untel, etc. Puis, on s’aperçoit qu’ils se connaissent tous. Parce qu’ils ont fréquenté la même pension, parce qu’ils ont suivi une cure ensemble, etc. Mais surtout, c’est passionnant sur le plan psychologique, sans jamais être barbant pour autant. Ce que j’aime bien, c’est qu’on change de narrateur. L’auteur a trouvé pertinent de raconter certains passages lui-même (et il intervient en faisant des commentaires : le « je » est utilisé) ; d’autres sont racontés par le journal d’Édouard ou par les lettres de Bernard à Olivier.

Quand je l’aurai terminé, je lirai donc L’herbe bleue. Je m’intéresse beaucoup aux histoires de drogue : j’ai dévoré Moi, Christiane F., je n’ai pas pu m’en décoller. Ça m’intéresse particulièrement parce que je sais que c’est ce que papa a vécu aussi. (Ça me fait drôle d’écrire « papa » : je n’écris ni ne prononce ce nom que très rarement.) J’aimerais savoir tout ce qu’il a vécu, mais je n’ose pas demander à maman. Tout ce que je sais , c’est elle qui l’a dit, d’elle-même. Je sais qu’elle a des photos, j’aimerais bien les voir. Je sais qu’elle a même les journaux qu’il écrivait. J’aimerais les lire, un jour.

Je parle très rarement de lui. Je ne sais pas comment faire. À maman, je n’ose pas. (À papy, ce n’est même pas la peine d’y penser.) Avec les copains aussi, ça me gêne. Il y a toujours les inévitables : « Et toi, ils font quoi tes parents ? » J’ai alors plusieurs stratégies. Premièrement, je dis ce que fait maman, et c’est tout. Comme si j’avais oublié de répondre entièrement. Mais, si l’autre insiste (« Et ton père ? »), deuxième stratégie : je raconte un truc très vague, un petit bobard. Sauf si c’est une personne à laquelle je tiens, à qui j’ai envie de parler de moi ; alors je dis la vérité. Mais ça jette toujours un froid. L’autre ne sait plus quoi dire. Quand j’y pense, c’est vrai que ce n’est pas très courant, comme situation. Je n’ai pas de chance.

J’y pense très souvent. Tous les jours. Ça me manque réellement, de ne pas l’avoir vraiment connu. Jusqu’à neuf ans, on ne se rend pas compte de ce que sont nos parents, on ne les connaît que comme « parent d’un enfant de neuf ans ». Je ne sais pas ce que c’est, les rapports d’un garçon de seize ans avec son père. Je pense que c’est un vrai manque de repère. Les autres, ils ont quelqu’un à qui s’identifier : leur père est eux-mêmes en plus vieux, ou bien « un modèle à ne pas imiter ». Moi, je n’ai ni l’un, ni l’autre.

Je me console en me disant que, pendant neuf ans, il a été un père aussi formidable que possible. Je m’en rends compte petit à petit. C’était quelqu’un de particulier, pas comme tout le monde. Quelqu’un qui méritait que je le connaisse, et qui méritait de me connaître. Je me demande souvent ce qu’il penserait de ce que je suis. Sincèrement, je crois que ça lui plairait bien, et qu’il m’encouragerait. Sur le dessin, par exemple. Je voudrais qu’il soit là. Tout simplement.


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Samedi 10 janvier 2004

C’est mon anniversaire. J’ai seize ans.

J’ai eu un beau cadeau : la palette graphique dont je parlais plus haut. Et il y a Photoshop avec. Ce matin, à la récré de 10h30, j’ai un cadeau de S* et W* : une BD. Et deux petits mots en classe : de Marine et Flore, et de Typhaine et Anne-Sophie.

Jeudi, c’était l’anniversaire de maman. Quarante-sept ans. On avait préparé avec Juline un portrait photomaton, sur lequel on avait dessiné un cœur, une fleur, un chapeau sur ma tête, une rose entre les dents de Juline. On l’a glissé dans une enveloppe, dans la boîte aux lettres. Et on a fait un gâteau au chocolat. On a écrit « bon anniv maman » dessus, au sucre glace. On a fait très vite, avant qu’elle rentre du boulot, puis Juline l’a planqué dans sa chambre jusqu’au soir.

Autre sujet. Ce matin, en SVT, j’ai appris un truc terrible. Affreux. ***, la petite fille qui a disparu il y a un an, est la sœur de ***, dans ma classe. C’est pour ça qu’il était absent : il y avait une cérémonie aujourd’hui. Ça m’a fait un choc quand je l’ai appris.


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Jeudi 1er janvier 2004

Je regarde ma montre pour connaître la date. Depuis Noël, j’ai ma nouvelle montre. Qu’elle est belle.

Le 24 à midi, on a ouvert nos cadeaux avec maman et Juline. J’ai eu ma montre, des BD, quelques bricoles. De la part de Juline, une petite tortue en pierre ou je ne sais quoi, c’est joli. Maman a eu plein de cadeaux de Juline, j’avais seulement participé de quinze euros pour les gants, c’est tout… Heureusement, je lui avais fait une petite carte. Le soir, on a été chez G*. C’était bien. J’ai eu des sous et le dernier Astérix. Et, de F*, un beau portefeuille et soixante euros… ça me gêne. J’ai été gâté, alors qu’on se connaît à peine.

Pendant les vacances, comme d’habitude, je n’ai rien fait d’intéressant. J’ai lu mes BD, j’en ai achetées d’autres. J’ai dessiné. En ce moment, j’ai plein d’idées pour Les vacances de Torink : à la plage, il lui arrive des trucs. Sur une demi-planche, il récite du Baudelaire : « Homme libre, toujours tu chériras la mer… » Pour la suite, j’ai envie de lui inventer un cousin breton, Kertorinec ou Kertorinc’h, quelque chose comme ça. Il passera les vacances chez lui.

Le lundi 22, je suis allé chez S*, on a causé, c’était bien. Mercredi, Noël. Samedi, cinéma avec maman. Dimanche, Benoît est venu. Voilà.

Mon anniversaire est dans neuf jours. Je sais ce que je veux. À la Fnac, j’ai vu une palette graphique. Je vais m’éclater avec ça. Je ne sais pas comment ça marche, mais on verra bien.

Juline m’a trouvé On fera avec de Larcenet pour Noël. Hier à Saint-Germain, je me suis acheté les deux tomes des Cosmonautes du futur. J’ai déjà lu le premier hier soir.


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Liste : lectures de 2003

Honoré de Balzac. Illusions perdues.
Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…
Émile Zola. L’œuvre.
Albert Camus. La peste.
René Goscinny. Tous les visiteurs à terre.
Paulo Coelho. L’alchimiste.
Marc Levy. Où es-tu ?
Marcel Pagnol. Le temps des amours.
George Orwell. 1984.
Daniel Keyes. Des fleurs pour Algernon.
Sophocle. Œdipe roi.
Jean Cocteau. La machine infernale.
Boris Vian. L’arrache-cœur.
Jean Anouilh. Antigone.

Liste : films vus au cinéma en 2003

Barry Sonnenfeld. Men In Black 2.
Gérard Krawczyk. Taxi 3.
Coline Serreau. 18 ans après.
Joel Zwick. Mariage à la grecque.
Merzak Allouache. Chouchou.
Jean Becker. Effroyables jardins.
Marc Esposito. Le cœur des hommes.
Larry & Andy Wachowski. Matrix Reloaded.
Michel Boujenah. Père et fils.
Francis Veber. Tais-toi.
Noémie Lvovsky. Les sentiments.
Larry & Andy Wachowski. Matrix Revolutions.
Pierre Salvadori. Après vous.

Vendredi 19 décembre 2003

Je viens de lire « Le voyage », un poème des Fleurs du mal. C’est beau. Et tellement catégorique. Il faut en avoir vu, des choses, pour écrire ça. Tout le monde n’est pas Baudelaire. Ce doit être terrible d’être poète maudit, un génie torturé. La classe. Pouvoir exprimer des émotions avec des mots si justes et si précis. Et en plus, ça rime.

Non, vraiment, je crois que je préférerais ne pas être un poète tourmenté : alcoolique ou fumeur d’opium, fou, etc. Baudelaire a fini paralysé dans un hôpital. Verlaine a tiré sur Rimbaud, il a fait de la prison. Rimbaud est devenu trafiquant d’armes et il est mort avec une jambe en moins à cause de la gangrène. Il y en a plein, des exemples. Des gens bizarres, hors du commun, des génies. Vaut-il mieux être un génie, ou un type en bonne santé ?

Le poème dont je parlais tout à l’heure, je le connais par cœur parce qu’il est cité dans Théodore Poussin.


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Jeudi 18 décembre 2003

Depuis hier, je suis bizarre. En rentrant du lycée, S* me demande si, par hasard, je ne serais pas intéressé par sortir avec elle. Vite, je démens : « Non, non, pas du tout ! » Alors, elle est rassurée. Elle me dit que c’est W* qui lui a soufflé cette idée. Bizarre… Il me connaît pourtant bien…

Ensuite, elle me dit que, elle, elle est intéressée par un gars. « Un gars qu’on voit souvent. » Merde ! W*. Ça alors. Et moi qui ne voyais rien… Quel nul. C’est vrai qu’ils se lancent toujours des vannes, des allusions, mais je pensais que c’était du second degré. En fait, chacun essayait de faire comprendre à l’autre ce qu’il ressentait. Je suis vraiment un nul, je n’ai rien vu.

Hier après-midi, ils se sont déclarés. Et aujourd’hui, ils sont passés à l’acte. Enfin, je veux dire, c’est officiel : ils se sont embrassés. Parce que c’est ça qui est terrible : je suis au courant de tout. S* me fait le rapport. Mais c’est gênant, cette situation. Hier, elle me demandait conseil : « Comment faire ? » Là, Elle vient de m’appeler pour me dire ce qui s’était passé. Et moi, je suis quoi, dans cette histoire ? Rien, justement. Avant, on était tout le temps ensemble, tous les trois. Et maintenant ? Je vais faire quoi, moi ? Ils vont vouloir être seuls. Je devrais être content pour eux, mais cette situation m’emmerde, au contraire. Je serais content si elle trouvait un mec, et lui une fille, mais eux ensemble, non ! Mon amie avec mon ami, c’est gênant. Je ne suis pas jaloux, pas du tout. Je suis simplement inquiet pour la suite. Avec qui vais-je manger le midi ? S’ils sont ensemble, ça va me faire bizarre.


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Dimanche 14 décembre 2003

Peut-être que cette date restera célèbre. Aujourd’hui, les Ricains ont arrêté Saddam Hussein. C’était terrible de le voir à la télé : fatigué, sale, avec une longue barbe, se soumettant résigné aux examens médicaux. Il a été trouvé dans une cave où il avait à peine la place de s’allonger. Un pauvre type. Marrant, quand même… La plupart du temps, ces types-là restent impunis et dorment tranquillement la nuit.

Aujourd’hui et hier, j’ai travaillé sur le projet de plaquette de présentation pour ****. Il fallait dessiner un paquebot avec plein de personnages représentant les membres de l’association : c’est là que je ne suis pas satisfait du résultat. Je devais aussi dessiner la terre avec, au-dessus, une lueur circulaire d’où tombent des chiffres, comme dans Matrix. Ça, je m’en suis bien sorti. J’ai envoyé des aperçus à C* qui doit me donner son avis.

Dans dix jours, Noël. Je ne sais pas encore comment ça va se passer. G* à appelé ce soir. Apparemment, il se pourrait qu’on aille chez lui le 24 au soir, mais alors, pas possible d’inviter papy le lendemain. Comment faire ? C’est trop facile, ça. Pendant plusieurs années, on est resté tous les trois, puis juste avec papy et mamie, et maintenant ils veulent revenir avec nous ? Parce qu’ils n’ont pas trouvé mieux ? Ce n’est pas juste, mais on est obligés d’accepter. C’est ça, ou ne jamais se voir. C’est bizarre, la famille : il y a des gens qui en font partie et que je ne connais pas. Ce n’est pas parce qu’on est de la même famille qu’on doit aimer les gens, mais moi, je ne peux même pas dire que je ne les aime pas, puisque je ne les connais pas. Je connais papy, mamie, G* et compagnie. J*, un peu. R* et M* depuis peu de temps. Je ne connais plus F*. Je n’ai jamais connu C* ni ses enfants, mes cousins. Je ne connais pas mes cousins B*, G*, S* et leurs enfants. Si on compte, il y en a plus que je ne connais pas que le contraire.

Ça me fait rigoler quand S* me dit qu’elle voit ses deux paires de grands-parents plusieurs fois par semaine. Pareil pour ses oncles, tantes, cousins probablement. La grande famille unie. Mais, par-derrière, ça doit bien balancer, comme dans toutes les familles.

Bref, Noël approche… Vendredi, j’ai été seul à Saint-Germain pour chercher un cadeau pour Juline. J’ai fait neuf boutiques (j’ai compté) et finalement je lui ai pris un cadre. J’espère que ça va lui plaire et qu’elle trouver un endroit où le mettre… Je lui ai aussi acheté une petite connerie, un crayon avec un cheval marrant au bout. C’est mercredi qu’on a été, maman et moi, choisir ma montre à Carrefour. Une belle Swatch.


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Mardi 2 décembre 2003

Hier, c’était mon conseil de classe. J’ai eu les félicitations, comme d’hab’. J’ai 15,7 de moyenne générale. Heureusement, S* a 16. Je n’aime pas être le premier. C’est pourtant ce qui m’arrive le plus souvent.

J’ai travaillé activement au site du groupe d’Arnaud, dit Fabio. C’est du métal, de la musique un peu dingue, moi je m’en fous, c’est pour rendre service, pour faire plaisir. Et surtout pour m’amuser. C’est un copain de Juline. Elle doit dessiner la pochette du futur disque, elle lui a parlé de moi.

Sur MSN, j’ai parlé à Benoît. Il est poète, en ce moment. Déprimé aussi, peut-être. Il est un peu bizarre. Mais tant mieux : quelqu’un de normal, ça n’a aucun intérêt. Là, j’exagère : c’est pas un extraterrestre non plus. Je trouve quand même qu’il n’est pas comme tout le monde. Benoît m’a dit qu’il commençait un journal, « comme les filles ». Il l’a dit vite fait, comme ça. C’est marrant. Moi aussi, j’aime bien écrire. Même si ça n’a aucun intérêt. Je m’en fous. Je pourrais essayer d’écrire bien, de faire de belles phrases. Il faudrait penser à la postérité. Quand je serai célèbre (avant ma mort, j’espère), on publiera ce carnet.

C’est vrai : j’aimerais bien être célèbre. Non, sérieusement : mon rêve serait de vivre grâce à ma passion. Faire de la BD. Je vois à cela deux avantages : faire ce que j’aime toute la journée ; être payé pour le faire.

J’avais envoyé un sommaire à Spirou quand j’avais quatorze ans et quelques mois. Refusé, bien sûr. Je m’étais dit : « À seize ans, je recommence », mais ils ont supprimé la rubrique.

Mandryka ne m’a pas répondu. Cela fait une semaine : délai tout à fait raisonnable, certes, mais je me demande si j’ai bien fait de lui réécrire. Arthur, qui est dans ma classe, m’a prêté un album du Concombre dédicacé par lui, une édition originale. La classe. Bon, j’ai déjà l’album (merci papa), mais c’était sympa de sa part de me l’apporter. Bien que je n’aie pas l’impression qu’il accorde une grande importance à ce trésor… Le monde est injuste (et ceci n’est qu’un exemple de l’injustice du monde : il y en a des pires).


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