Mercredi 23 novembre 2005

Ce matin, on devait dessiner en perspective nos propositions d’aménagement pour la rue Montorgueil, sur un calque posé sur une photo de la rue. Comme j’ignore encore quelle sera ma « proposition », en attendant, je me suis amusé : j’ai dessiné des éléments de la campagne. J’ai demandé à Célie et Étienne, qui vienne de petits bleds ruraux, de me dessiner un tracteur… c’était rigolo. Et Étienne d’ajouter la cheminée, et Célie d’ajouter le marchepied…

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Mardi 22 novembre 2005

Je suis perplexe. Ce midi, à table, j’ai tenté une allusion un peu plus explicite que les précédentes, et j’ai encore eu droit à cet air ahuri, presque choqué. Je transcris le dialogue.

Morgane. — Oh, Étienne ! Arrête de parler de cul, on est à table !
Moi. — À table ou ailleurs, je ne trouve pas que ce soit bien différent… Ça ne me choque pas !
Étienne. — Il n’y a pas de meilleur endroit qu’un autre pour parler de cul : à table, dans la rue, dans le métro…
Moi. — Moi, dans le métro, ça me gênerait : être entendu par des inconnus…
Coline. — Tu passerais pour un obsédé.
Morgane. — Ou alors, pour une bête de sexe, et tu aurais toutes les filles après toi !
Moi. — Pourquoi forcément les filles ?
Morgane me regarde bizarrement, comme si j’avais dit une énormité.
Moi (j’insiste). — Ben oui, c’est un cliché, ça ! Faut pas croire.

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Samedi 19 novembre 2005

Je bosse pour le style.

Je vais à Carrefour et Celio avec maman et me fais acheter : un super manteau très classieux ; des gants, des vrais ; un pull et des chaussettes.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no6 (intitulé Mieux dans mes baskets, mieux dans ma vie, 3 août – 25 novembre 2005), j’ai dix-sept ans.

Vendredi 18 novembre 2005

Pendant le cours de français, on visite l’atelier de style-textile. Pas cours l’après-midi. Je dessine la plante verte pour Mme Bonhivers.

Croise Benoît. On papote un bon bout de temps tous les deux. Puis on croise Mme John et on cause avec elle aussi, ça faisait longtemps que je ne l’avais vue.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no6 (intitulé Mieux dans mes baskets, mieux dans ma vie, 3 août – 25 novembre 2005), j’ai dix-sept ans.

Jeudi 17 novembre 2005

Contrôle de français : « Dans quelle mesure le pouvoir de l’image est-il plus grand que celui des mots ? »

Cours d’ATC : le maniérisme.

Le journal de l’école (Bazart no1) est presque bouclé, il ne manque plus que la chronique de Léo…

Dessin de nu dans le cours de Mme Marot. Je ne sors de l’école qu’à 18h30, car Mme Marot s’attarde pendant une heure à commenter nos carnets de croquis, et c’est vachement intéressant. Sur le trajet du retour, je dessine un peu dans le RER.

Je lis La tarte aux escargots, roman de Brigitte Smadja (notre prof de français), prêté par Célie. J’aime beaucoup.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no6 (intitulé Mieux dans mes baskets, mieux dans ma vie, 3 août – 25 novembre 2005), j’ai dix-sept ans.

Mercredi 16 novembre 2005

Quelque chose me tracasse. Pour déconner, j’ai lu mon horoscope dans un magazine et celui-ci disait : « Sex with an ex is not an advisory for your case », Morgane a rebondi en faisant allusion à mes « ex-copines ». Pourquoi ? À la cantine, j’ai parlé de beaux serveurs et de beaux stewards, elle a répondu en parlant de serveuses en jupe. Pourquoi ? J’ai persévéré en essayant de lui parler de tel ou tel acteur, que je pouvais trouver beau : elle a pris un air surpris, affecté. Pourquoi ? Je ne comprends pas son attitude. Je lui ai dit que j’étais homo, merde ! À quoi ça sert de faire son coming out si on est encore obligé, après, de supporter cette pression hétérocentriste ? Si elle ne veut pas que je sois trop expansif sur ce sujet devant elle, soit : je suis plutôt discret, je n’emmerde personne. Mais je refuse qu’elle me fasse passer pour un hétéro ! Elle nie mon coming out. Elle nie ma différence. C’est purement gratuit. Il faut que je fasse quelque chose pour changer ça.

Pourtant… elle n’a pas pu croire que je plaisantais, quand je leur ai dit, l’autre jour, à table… J’ai parlé sur un ton vraiment sérieux. Et l’on ne plaisante pas avec ça. Ou alors, pas de cette manière. Vraiment, je ne comprends pas… Peut-être croit-elle bien faire ? Peut-être imagine-t-elle qu’il faut agir ainsi, pour ne pas me stigmatiser, pour faire comme si de rien n’était ? Mais non, merde ! Il faut faire tout le contraire. Elle me renvoie de moi-même une image dans laquelle je ne me reconnais pas. C’est terrible comme sensation. Elle ne se rend pas compte : elle nie ma différence ; elle nie ma volonté de leur faire connaître cette différence. Il faut faire quelque chose.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no6 (intitulé Mieux dans mes baskets, mieux dans ma vie, 3 août – 25 novembre 2005), j’ai dix-sept ans.

Mardi 15 novembre 2005

Cet après-midi je n’ai pas cours, mais beaucoup de boulot. Je termine (enfin) ce travail sur la boîte, pour demain. Je bosse un peu sur la rue Montorgueil parce qu’on est salement en retard.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no6 (intitulé Mieux dans mes baskets, mieux dans ma vie, 3 août – 25 novembre 2005), j’ai dix-sept ans.