Je voudrais toujours que ce soit chez moi

On pourrait croire qu’il suffit d’une valise pour contenir les maigres affaires que je range dans ma mansarde, mais, en fait, ça ne suffit pas du tout. Par exemple : les tonnes de livres que j’y entasse. Je ne peux pas les emporter tous. J’en choisis quelques uns seulement. On me dira : « Il y a des tas de livres à Montauban, tu trouveras ce que tu veux là-bas », mais ce sont les miens que je veux, pour me sentir un peu chez moi.

Je fais le tour de ma chambre (c’est rapide : elle n’est pas grande) afin de ne rien oublier. Je me sens bizarre, un peu flottant. Ce qui serait bizarre, c’est de na pas trouver bizarre d’aller habiter cinq semaines à Montauban, alors qu’en réalité j’habite ici.

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Ça résonne

Je n’écoute pas de musique, je n’y connais rien, et je suis presque incapable de reconnaître un morceau entendu la veille. C’est comme ça.

Au téléphone avec A., pour préparer ma résidence à Montauban qui approche : elle me propose de faire connaissance, dès la première rencontre avec le public, avec M., qui est designer sonore et pourrait accompagner ma lecture. Je lui dis que j’adore cette idée, parce que c’est une chose que je serais incapable d’inventer moi-même : choisir des sons, produire des sons. Ce n’est pas mon langage. Alors, nous serons différents et complémentaires, et ce sera riche.

J’ai montré Les bandits à E. et à G. parce que j’avais l’album sous la main. Je n’ai même pas pensé que les souvenirs de mon enfance contenu dans ce livre pourraient résonner si fort avec des morceaux de leur histoire, à l’un, à l’autre. C’était innocent. Leurs réactions m’ont beaucoup ému. Ça a résonné, oui.

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Montauban, espace-temps

Le temps était gris, le temps était à la pluie. Puis le ciel s’est dégagé, enfin : cet après-midi, deux heures libres, pendant lesquelles il fait jour. Je voudrais découvrir la ville, un peu.

Le temps est passé, mais pas trop vite : partout ces mêmes maisons de brique rose. Pas de construction moderne, le vingtième siècle n’existe pas. Le vingt-et-unième, si : le temps est bien présent, car ce centre-ville est vivant. Les temps se superposent ou se juxtaposent : sur les vitrines des magasins, on n’a pas effacé les petits bouts de littérature calligraphiés à l’occasion du festival Lettres d’automne. Un an, deux ans, trois ans plus tard, ils restent lisibles. Accompagnés d’une date. Je rencontre quelqu’un qui m’explique que la ville a été fondée en 1144. Je lui dis : « Vous préparez donc déjà une grande fête pour 2144 », parce que je trouve l’idée marrante. Fêter le millénaire. Mais, en vérité, j’espère que nous serons tous morts à cette date. La fête, ce sera pour les suivants, s’il y en a.

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Choses vues, Montauban

« Nous sommes un petit centre d’archives, nous n’avons que deux kilomètres de documents », dit K. en montrant les rayonnages. Moi, je trouve que c’est déjà pas mal, deux kilomètres. Parce qu’il s’agit seulement de l’épaisseur de ces papiers serrés les uns contre les autres – mais, si on voulait lire ces papiers, il faudrait les sortir des boîtes et les poser à plat sur une table. Et, si on les étalait tous côte-à-côte, alors quelle serait la surface de ce fonds d’archives ? En dizaines, centaines, ou milliers de kilomètres carrés ?

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Habiter à Montauban

À Paris, j’ai pris le train pour Toulouse ; il est passé à Montauban sans s’arrêter. Puis, à Toulouse, j’ai pris le train pour Paris. Et je me suis arrêté à Montauban.

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