Mardi 2 mai 2006

Chez Gibert ce matin, j’achète La symphonie des adieux d’Edmund White. J’aime cet auteur. Il écrit comme je pensais qu’on ne le faisait plus, comme il y a cinquante ans, mais la poussière en moins. Une écriture classique, lyrique parfois. Chaque phrase est belle, tout est à sa place, la langue est poétique, les sentiments sont justes. J’ai commencé aujourd’hui La tendresse sur la peau.

J’ai acheté Têtu pour la troisième fois. J’ai été attiré par le titre : « l’amant de James Dean raconte » — ils m’ont racolé par les sentiments… Cette fois, je n’ai eu aucun mal à l’acheter. C’est chaque fois un peu plus facile. Je progresse. Je regrette toutefois que ce kiosquier l’ait rangé parmi les magazines de cul.

Bazart no3 est enfin sorti, et c’est notre meilleur numéro. J’en suis très fier. Nous en avons tiré quatre-vingt exemplaires. Je suis allé chez l’imprimeur de la rue de Bretagne cet après-midi avec Delphine.

É* m’intrigue. Théoriquement, quand nous nous croiserons, il devra se passer quelque chose. Il devra me parler. À 13 heures, j’étais devant l’école en train de parler avec Judicaël. Je le vois sortir, au moment où je ne l’attendais pas ! (et vous savez, pourtant, que je l’attends souvent). Je quitte Judicaël, pas trop précipitamment pour ne pas être grossier, et je lui cours après, en imaginant qu’il s’est dirigé vers le métro. J’arrive au métro : il n’y est pas. Je m’interroge. Puis, je le vois venir… vers moi (c’est-à-dire vers le métro). Je fais comme si je ne l’avais pas vu. À mon grand étonnement, lui aussi feint de ne pas me voir : il m’ignore, il passe son chemin. Je suis pourtant persuadé qu’il m’a vu. Je suis tellement déconcerté par son absence de réaction, face à moi, que je renonce à lui courir après. Je le perds de vue.

Je ne comprends pas comment une telle situation est possible. J’ai pourtant fait tout ce que j’avais à faire.

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Lundi 1er mai 2006

C’est étrange. Ça n’arrive tout de même pas tous les jours, qu’un mec vous file son numéro de téléphone. Si ça m’arrivait, à moi, je serais curieux (au moins) : j’appellerais pour savoir ce qu’il me veut. Ça n’engage à rien. É*, lui, n’est pas curieux. J’en arrive à me demander si Adrien lui a bien transmis mon message.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

Dimanche 30 avril 2006

Pas de nouvelles d’É*.

Deux éventualités : soit c’est un sale type, soit c’est un timide.

Ou pire : quelqu’un comme B*. Un contemplatif. Le genre de mec qui dit : « Ça m’a paru tellement naturel de recevoir ton message que l’idée d’y répondre ne m’a même pas effleuré. »


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

Samedi 29 avril 2006

Une veine incroyable : j’avais envoyé ma candidature pour bosser chez Axa en juillet, sans trop y croire, et je suis pris ! C’est la seule boîte à laquelle j’ai écrit, et ça a marché. Dingue. En juillet je serai riche.

Théoriquement, c’est aujourd’hui qu’É* lit mon petit mot — si ce n’était pas encore fait. Je me demande s’il va se passer quelque chose. Dans le doute, je ne me sépare pas de mon téléphone portable et me prépare à toute éventualité.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

Jeudi 27 avril 2006

Puisque le hasard ne suffira pas, je choisis de passer à l’action. Ce matin, j’écris ce petit mot à É*, que je glisse dans une enveloppe. À 11h30, au BDE, je vois Adrien, un mec de sa classe qui m’inspire plutôt confiance et que j’aime bien :
« Tu sais où je pourrais trouver É* ?
— Il n’a pas cours aujourd’hui, mais il passera peut-être dans l’après-midi pour chercher un boulot d’édition. Attends, je l’appelle, si tu veux ! »
Je m’affole :
« Ouh la la, non, c’est pas la peine ! T’en fais pas. Est-ce que je pourrais éventuellement te confier ça, pour lui ? Tu finiras bien par le voir !
— Pas de problème. Au pire, je le vois samedi.
— Je te fais confiance ? ou bien tu préfères que je ferme l’enveloppe ?
— De toute façon, je le lirai avec lui !
— C’est ça, oui… »

Un mec cool. C’est à lui que j’avais confié le lot de Bazart, souvenez-vous.

Je flippe un peu à l’idée qu’É* risque de me téléphoner, mais bon : c’est ce que je cherche, après tout !

Je suis plutôt gai aujourd’hui. Et bizarrement : plutôt serein, en fait… bien que cette histoire vienne de prendre un tour décisif.

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Mardi 25 avril 2006

À 8h30, j’attends devant Duperré : il devait arriver… mais je ne le vois pas.

À 11h30, j’attends à la sortie de la salle où il avait cours. Il ne sort pas.

À 12h30, il sort. Il est seul. Il est beau. Ce sont exactement les circonstances idéales pour lui dire : « Ça te dirait qu’on aille manger tous les deux ? J’ai envie de te connaître. » Mais son allure pressée me déconcerte, et je n’arrive pas à lui proposer quoi que ce soit. Je m’arrête à : « Tiens, tu ne manges plus à la cantine, au fait ? » Nous échangeons vingt mots. Lui, toujours aussi souriant. Et il s’en va.

Et je suis triste.

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Lundi 24 avril 2006

Bof. Petite journée tristounette.

Il n’était pas à la cantine. Ce midi, je l’ai cherché partout — jusqu’au square — et je ne l’ai pas trouvé. Je l’ai aperçu pendant la pause du cours de modelage. Il était beau. À la sortie des cours, je marchais trois mètres derrière lui pour aller au métro — il était avec une copine.

Pourtant, j’y croyais.

Mais, pas moyen de le voir seul…

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Dimanche 23 avril 2006

J’écris ma lettre de motivation pour Estienne. Je fais une première pseudo-simulation d’entretien avec maman et Juline (je leur montre mon dossier commenté, quoi).

Je termine De Profundis.

Demain, je retourne à l’école. Je suis content parce que :

  • je vais revoir les copines (copains) ;
  • je vais travailler : avec des profs sur le dos, c’est plus facile ;
  • j’aime mon école.

Je ne suis pas content parce que :

  • j’aurais pu (dû) travailler plus.

Mais… C’est aussi à É* que je pense… « Si tu ne le fais pas, tu le regretteras »… « Tu n’as rien à perdre »… « C’est le seul moyen de savoir si ça vaut le coup »…, etc.

Et s’il n’était pas inscrit à la cantine pour le troisième trimestre ? Ça compliquerait encore les choses.

N’est-ce pas.


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