Mardi 22 novembre 2005

Je suis perplexe. Ce midi, à table, j’ai tenté une allusion un peu plus explicite que les précédentes, et j’ai encore eu droit à cet air ahuri, presque choqué. Je transcris le dialogue.

Morgane. — Oh, Étienne ! Arrête de parler de cul, on est à table !
Moi. — À table ou ailleurs, je ne trouve pas que ce soit bien différent… Ça ne me choque pas !
Étienne. — Il n’y a pas de meilleur endroit qu’un autre pour parler de cul : à table, dans la rue, dans le métro…
Moi. — Moi, dans le métro, ça me gênerait : être entendu par des inconnus…
Coline. — Tu passerais pour un obsédé.
Morgane. — Ou alors, pour une bête de sexe, et tu aurais toutes les filles après toi !
Moi. — Pourquoi forcément les filles ?
Morgane me regarde bizarrement, comme si j’avais dit une énormité.
Moi (j’insiste). — Ben oui, c’est un cliché, ça ! Faut pas croire.

Et puis, voilà. On en reste là. La conversation dévie. Alors vraiment, c’est à devenir fou ! Je n’ai pourtant pas rêvé cet épisode (mon coming out) : je ne l’ai pas rêvé ! Alors, pourquoi prend-elle cet air effaré, comme si elle n’était pas au courant ?

À la rigueur, elle aurait pris mon coming out pour une plaisanterie. Soit. Mais alors, quand je fais ces allusions, ça devrait lui mettre la puce à l’oreille ! Elle devrait penser soudain :

  1. Que ce n’était pas une plaisanterie ;
  2. Que c’en était bien une, et que je continue (une sorte de running gag un peu lourdingue) : mais alors, pourquoi cet air étonné ?

Je me repasse le film de ce mercredi midi, et je ne trouve aucune faille qui pourrait justifier qu’on ne m’ait pas pris au sérieux :

  • j’ai commencé par cette précaution : « Est-ce que je eux être sérieux cinq minutes ? » ;
  • j’ai pris un air presque grave (ce n’était pas volontaire : je voulais être léger, mais c’était difficile, car j’étais stressé) ;
  • après, j’ai dit : « Voilà, il fallait que je le dise : cela ne vous concerne pas, mais c’était important pour moi que vous le sachiez. Sinon, ça m’aurait bouffé la vie : il fallait que je le fasse », et Morgane a dit : « Je comprends » (c’est impossible de comprendre si on n’est pas comme moi, mais ça ne fait rien, c’était gentil de sa part de le dire).

Vraiment, il faudra que je leur en reparle. Ce sera donc un coming out en deux fois… ? Je rêve.

À part ça, quoi de neuf ? En ce moment, je bosse pas mal. Je suis content de voir que mon attitude face au travail a changé : preuve que j’ai trouvé le travail qu’il me fallait ! Au lycée, lorsque je rentrais à la maison en me disant « Je n’ai rien à faire pour demain », j’étais ravi de pouvoir glandouiller. Maintenant, si je n’ai rien de planifié, je culpabilise. Et, pire encore, j’ai peur de m’ennuyer. Alors, du coup, je bosse. Tout arrive… !

Hier soir, j’ai vu le quatrième et dernier épisode des Rois maudits de Josée Dayan. Alors qu’on ne l’avait aperçu que furtivement (à deux reprises), c’est enfin (!) dans ce dernier épisode que Malik Zidi a droit à un gros plan et à deux répliques. Ouf ! Je l’ai déjà dit ici : j’aime beaucoup cet acteur. Je l’ai découvert en Jacques Thibault, puis en fils de l’impératrice Sissi, et en Rastignac. Je ne l’ai jamais vu au cinéma. Seulement dans la bande-annonce de Gouttes d’eau sur pierres brûlantes de François Ozon, que j’aimerais beaucoup voir. Hier soir, donc, j’ai vu Malik Zidi le temps d’une minute, pendant laquelle il a placé son sourire irrésistible, une sorte d’arme fatale qui me fait sourire aussi, à tous les coups. C’est rare, les sourires aussi contagieux. Le sien l’est. Bon, allez, j’ai écrit assez de conneries.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no6 (intitulé Mieux dans mes baskets, mieux dans ma vie, 3 août – 25 novembre 2005), j’ai dix-sept ans.

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