Être lui ou être avec lui, c’est la même chose

Je rêvais d’une façon habituelle : en vision subjective. La caméra était à la place de mes yeux : je voyais à l’extérieur de moi, mais je ne me voyais pas. Comme dans la vie. Et puis, à un point du rêve que je n’identifiais pas comme crucial (pourquoi la chose étrange s’est-elle déclenchée à ce moment, alors ?), le point de vue s’est déplacé. Il est sorti de moi-même. Et je me suis vu de loin, de profil, me déplaçant dans le décor à la manière des jeux vidéos de mon enfance (avant qu’on invente la vue subjective, justement : Mario et Luigi n’existaient que de côté). Mais le corps qui se mouvait n’était pas le mien : le personnage principal du rêve (qui, jusqu’ici, était moi) avait l’apparence, le visage, d’un autre. De quelqu’un que je connais dans la vraie vie, et que je trouve très admirable et très désirable. J’étais lui, ou bien il était moi.

Peu de temps avant, il y avait ce truc en vers, paru dans Dissonances : j’écrivais en particulier « être lui ou être avec lui c’est la même chose » – et quelqu’un avait relevé ces mots, disant que c’était une façon inattendue (pour lui) de décrire le désir. En réponse, je me suis intéressé à la question, que je n’avais pas encore creusée avec ces mots-là. Je me suis rappelé l’expression « désir mimétique », et j’ai formulé ceci, pour lui répondre : quand je désire, j’éprouve toujours de l’admiration ; alors, quand parfois je me sens, en même temps, un peu semblable, c’est un plaisir encore plus grand.

Il y a eu cette proposition d’écrire un texte dans L’ampoule, à partir d’une photo : le flou me rappelait le rêve, et le personnage était de profil. Il y a eu cet échange virtuel avec Guillaume, un soir : il était à proximité d’un garçon qui avait tout pour me plaire (me disait-il). Il l’observait et le décrivait pour m’amuser. Il lui inventait un prénom : Simon.

Dans ces deux pages, il y a un peu de tout ce dont je viens de parler, mélangé. C’est paru dans le hors-série no6 de L’ampoule, que je viens de recevoir. La revue est très chic.

Mon texte est lisible ici.

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