Mercredi 9 mars 2005

J’ai regardé seul, cet après-midi, le téléfilm que j’ai enregistré lundi soir pour ne pas le rater : Un amour à taire. C’est l’histoire d’un homosexuel déporté par les nazis.

Le film est excellent. Et rare, sur ce sujet. J’étais bouleversé. Plusieurs fois, j’ai eu des frissons, et la petite larme à la fin. Le mec se fait torturer, les nazis font des expériences atroces sur lui, ils lui injectent des hormones… Quand il revient de Dachau, il meurt au bout de quelques jours, car il a été lobotomisé et n’est plus qu’un légume. Je savais tout ça, mais ça m’impressionne de le voir dans un film.

Je ne dis pas ça parce que je suis homosexuel moi-même, mais j’ai l’impression que, pour eux, ça a été encore plus dur que pour les autres. Dans les camps mêmes, je ne saurais pas le dire parce que, dans ce degré d’horreur, ce serait indécent de décider ce qui est pire ou meilleur. Mais pour le reste, je veux dire. Je pense que, quand le fils d’une famille juive était arrêté, sa famille était solidaire. S’il revenait après la guerre, c’était un martyr. Ou en tout cas, on cherchait à le protéger. Tandis que le fils homo qui se fait arrêter, il est la honte de sa famille. Dans ce film, on voit le père dire : « Ne parlez plus jamais de lui dans cette maison. » Et le frère garde l’espoir qu’on pourrait le « rééduquer ». Quand les déportés homosexuels revenaient, c’était encore une honte. Ils n’ont pas été reconnus par la société avant 2001 ! Et les lois homophobes de Vichy ont été conservées à la Libération…

Dans la première partie du film, on voit ce mec mener une vie heureuse avec son compagnon. Ça aussi, c’est rare. On ne voit jamais à la télé ou au cinéma des couples homos normaux, tendres, amoureux. Quand on en voit, ce sont souvent des marginaux, etc.

Tout au long du film, on entend « Je chante » de Trenet – qui était homo aussi, tiens donc – qui ressemble à une chanson gaie (mais qui finit mal). Ça m’a rappelé une des dernières scènes d’Effroyables jardins où la chanson « Y a d’la joie » devient soudainement triste, poignante, alors qu’elle est légère au début du film.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no3 (Finalement, c’est comme tout, on s’y habitue, 19 janvier – 15 mars 2005), j’ai dix-sept ans.

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