Mercredi 9 février 2005

J’ai été à la bibliothèque aujourd’hui, pour chercher des romans où le héros (ou disons, le personnage) est homosexuel. C’est vrai, quoi : ils sont chiants ces hétérosexuels à monopoliser la littérature ! Les bouquins parlent tous d’amour, et à tous les coups le mec tombe amoureux de la nana. Comment veux-tu t’identifier à un personnage pareil ?

Les homos, il y en a, dans la littérature. Mais des homos normaux, assez peu. J’ai l’impression qu’ils sont souvent assez dégénérés. Des marginaux, drogués, etc. Par exemple, les bouquins qu’on a à la maison : Queer de Burroughs, c’est le pédé dégénéré dont je parlais. Il y a aussi Les lois de l’attraction de Bret Easton Ellis. Je l’ai lu, c’est un très bon bouquin, mais ces étudiants sont de sacrés dépravés ! Il y a bien ce Paul, qui a l’air un peu plus normal, mais seulement en comparaison des autres. Il est amoureux (est-ce que « amoureux » est le bon mot, euh… disons qu’il n’est pas attiré que par le sexe ?) de Sean, le pauvre. J’ai aimé le personnage. Mais, de là à m’identifier à lui… !

Sinon, j’ai lu Gide, mais je l’ai trouvé assez malsain. Il n’est pas seulement homosexuel, il est pédéraste : il est attiré par les jeunes garçons. Ce n’est peut-être pas vraiment de la pédophilie, mais ça me gêne lorsqu’il raconte ses expériences avec un jeune Arabe de quatorze ans (quand il en a vingt-quatre, je crois) dans Si le grain ne meurt.

Il y aurait bien Cocteau ? Mais il ne parle pas ouvertement de sa sexualité (sauf dans Le livre blanc, mais qui n’est pas trouvable). Il y a juste des ambiguïtés entre ses personnages… Dans Les enfants terribles, le personnage principal (je ne me souviens pas de son nom) est plus ou moins amoureux d’un garçon de son lycée. Mais c’est suggéré.

Je m’étais dit : Radiguet était l’amant de Cocteau, il doit y avoir du croustillant dans Le diable au corps ! Tu parles : c’est une histoire tout ce qu’il y a de plus hétéro.

J’ai appris il y a deux jours que Genet était homo et avait écrit là-dessus (Querelle de Brest en particulier), mais il n’ont rien de lui à la bibliothèque du Vésinet. J’irai voir à celle du Pecq.

Il y aurait Proust… Mais je n’ai pas le courage de me taper toute la Recherche du temps perdu, ni même le seul volume Sodome et Gomorrhe.

J’ai cherché sur Internet des romans plus légers, plus faciles. Je suis tombé sur un truc qui se lit facilement : Tout m’énerve de Pascal Pellerin. Je suis passé à la librairie-presse et j’ai vu qu’ils avaient la suite : Tout va bien. Je ne l’ai pas acheté : autant lire l’autre d’abord.

Avant d’aller à la bibliothèque, j’avais fait une petite liste. Je n’ai trouvé que La confusion des sentiments de Stefan Zweig, qui n’est pas homo, mais on verra bien. De lui, j’ai lu Le joueur d’échecs.

J’aimerais lire les BD de Ralf König. Mais je serais un peu gêné d’acheter un de ses bouquins, le genre « par les homos, pour les homos », vous voyez ? J’ai déjà vu un bouquin de lui à l’Univers du livre, mais la couverture et le titre étaient tellement explicites !

À part ça, je suis content de moi parce que j’ai un peu travaillé. J’ai révisé ma géographie pour le bac blanc de la semaine prochaine. J’ai surmonté cette flemme terrible qui m’a empêché de travailler une seule minute, hier et avant-hier.

Hier après-midi, je suis rentré avec Benoît. J’étais content : c’est rare qu’on se voit. Il m’a laissé entendre qu’il déprimait, ces temps-ci, qu’il n’allait pas très bien. Du coup, il n’arrive pas à bosser et, de plus en plus, il a des sales notes. Lui qui cartonnait au collège, comme moi ! Et il se désintéresse complètement de ce qu’il fera après le bac (une sorte de suicide symbolique, dit-il). Alors, on déprime et on ne bosse pas ? Tiens tiens… Ça me rappelle quelqu’un. Un de ces jours, je lui parlerai. Avec lui, j’en aurai envie.

Au fait : B* est toujours aussi beau. Je me suis permis deux audaces aujourd’hui. J’ai dit à Juline que ce B*-là était encore plus beau que celui dont elle me parlait (un ancien surveillant du lycée qui porte le même prénom). Et surtout, j’ai dit à B* (à propos de quoi ? je ne sais plus) : « Tu en connais beaucoup qui te refuseraient ça, si tu leur fais un grand sourire ? » C’est limité, comme audace, mais je me comprends. Moi, s’il me demandait n’importe quoi avec un grand sourire, je ne m’y opposerais pas longtemps.

Plus tard

Ah, ben merde ! On a un bouquin de Gide à la maison, que je n’ai pas lu, mais dont j’aimais beaucoup le titre. Beau, mystérieux, poétique : un titre qui donne envie. C’était : L’immortaliste. Eh bien, je viens de m’apercevoir que non, ce n’est pas L’immortaliste, mais L’immoraliste. Sans « t ». J’avais mal lu, et j’ai vécu dans l’erreur ! J’ai passé un an de ma vie à croire qu’il avait écrit L’immortaliste ! Remarquez, L’immoraliste est un bon titre aussi. Mais moins.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no3 (Finalement, c’est comme tout, on s’y habitue, 19 janvier – 15 mars 2005), j’ai dix-sept ans.

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