Samedi 12 février 2005

Petite fin de semaine tristounette. Jeudi, j’avais quatre heures de perm : d’habitude j’aime ça, mais là non. Les deux premières, je les ai passées seul. Une au CDI à feuilleter des bouquins. L’autre (après déjeuner) à faire un tour. Autour du lycée, il y a de grandes pelouses, et des coins plus intimes avec des arbres… Je me suis posé sur un banc, près du petit pont de bois sur le canal, où on trouve des canards habituellement (mais là, ce n’est pas la saison des canards). J’ai dessiné un peu. En gros, ce qui était devant moi. Et au milieu : un type qui pourrait être moi, l’air pensif.

L’air pensif, parce que je sais qu’il ne peut pas y avoir d’autre mot : je suis amoureux. Mais, comme je ne connais pas ce sentiment, j’hésite encore. Je réponds pourtant à tous les symptômes… Après tout, pourquoi chercher à définir ce sentiment ? On s’en fout. Même si c’est de l’amour, ça ne change rien, car ça ne pourra jamais mener à rien.

Hier après-midi, puis ce matin, j’ai guetté Benoît à la fin des cours, mais je ne l’ai pas vu. J’aurais voulu rentrer avec lui. On ne se voyait plus depuis des lustres et, ça y est, j’ai de nouveau envie de partager plein de trucs avec lui. Suite au peu de conversation qu’on a eu mardi, je peux conclure que oui, c’est toujours un ami. Je n’en étais plus très sûr, puisqu’on ne partageait plus rien.

J’ai trois amis : lui, S*, B*.

Je voulais rentrer avec lui, parce que je me suis dit que, allez, pourquoi pas, j’allais lui faire mon « coming out » (quel mot horrible) à lui aussi. J’y prends goût ! Mais vous ne pouvez pas imaginer comme c’est génial de se préparer le truc dans sa tête, de se figurer la réaction de l’autre. Ça occupe l’esprit, c’est exaltant. Après, c’est comme un effet miracle : on se sent bien. Alors, pourquoi m’en priver ? Allez, je vais le faire à tout le monde, un par un ! Mais, après lui, ce sera différent, car tous ceux qui comptent pour moi le sauront. Après, les suivants, ce sera accessoire…

S*, l’amie de maman qui a déménagé à Dijon, est arrivée hier à la maison. Ce n’est qu’une escale : elle est repartie aujourd’hui dans l’après-midi. Maman était toute contente de la revoir. Du coup, elles ont été au resto hier soir. Et Juline avait un baby-sitting. Résultat, je suis resté tout seul. Je n’ai rien fait de passionnant, mais ça m’a changé, c’était agréable. J’ai l’habitude d’être seul en journée, mais jamais le soir. J’ai bouquiné (j’ai quasiment fini Soljenitsyne). Et puis j’ai relu quelques bouts de mes vieux Fluide : je cherchais une chronique de Fioretto où il parlait de son homosexualité. C’est très court, c’est tout bête, mais je n’ai que ça à me mettre sous la dent, alors je m’en contente. Je n’ai pas encore trouvé les romans dont j’avais fait la liste mercredi. J’ai cherché à la bibliothèque du Pecq, cette fois. Puis à l’Univers du livre. Rien. Tant pis. Au fait, le prochain hors-série Fluide sera « spécial gay friendly », ça sort en mars, je le recevrai puisque je suis abonné. Ça risque d’être marrant.

Je n’ai donc pas eu ce que je voulais à l’Univers du livre, mais j’ai trouvé une merveille. Un vieux machin, je ne sais pas ce qu’il faisait dans leurs rayons : Mine de plomb et Chiures de gomme, deux beaux livres de Tardi. J’ai un peu hésité parce que c’est cher (dix-neuf euros chaque), mais je me suis décidé : Tardi est un très grand, un dessinateur d’une classe rare. Et puis, j’aime toujours les sujets de ses histoires. C’est important, parce que c’est bien beau d’avoir du talent, mais si les histoires qu’on me raconte ne me touchent pas… Chez lui, si. Et l’homme aussi est intéressant (j’ai un livre d’entretiens de lui avec Numa Sadoul) : tout me plaît chez lui : sa conception de son travail, les combats qui lui tiennent à cœur.

Hier, j’ai fait compléter mon dossier d’inscription à Duperré par mes profs. Chacun doit évaluer une série d’aptitudes, et mettre une appréciation. Ils disent tous du bien de moi ! Ça ne me surprend pas, mais ça me fait plaisir quand même. Et M. G* m’a dit : « Tu vois, j’aurais dû faire comme toi, je voulais devenir peintre ou photographe, et je suis prof d’espagnol… »

J’ai travaillé un peu. J’ai révisé la philo. Bac blanc, bac blanc ! Saloperie.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no3 (Finalement, c’est comme tout, on s’y habitue, 19 janvier – 15 mars 2005), j’ai dix-sept ans.

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