Vendredi 18 février 2005

Ce matins c’était SES. J’ai fini en avance et je n’ai rien trouvé de mieux à faire qu’écrire. J’ai collé ça dans le carnet : la feuille jaune, c’est le papier de brouillon, la blanche c’est la première page du sujet. Quand je me relis, je m’étonne moi-même de mon état d’esprit.

papier jaune

12 h 42. Cela fait quatre heures que je suis assis à cette même place dans cette salle à la con où je n’ai rien à faire ; mais pourquoi suis-je ici ? Merde !

C’est parce que je fais la spécialité SES, alors je dois rester une heure de plus que les autres : cinq au lieu de quatre. Seulement, moi j’ai déjà fini. Et je me fais chier. Et je ne me sens pas bien : j’ai comme un gros nuage dans le cerveau qui me donne envie de chialer pour un rien, et je me trouve con. J’aurais pu passer plus de temps à faire mon devoir, mais non, j’ai pas envie. Ce que j’ai fait est merdique, mais je m’en fous, de toute façon je n’ai pas révisé, et puis je n’ai rien à dire, et puis allez vous faire voir. Je veux sortir.

À travers la porte, j’ai entendu sortir ceux de la salle d’à côté. Je crois que j’ai entendu la voix de B* et ça m’a fait tout drôle. Je me suis dit : merde, je ne l’ai pas vu ce matin, je ne le reverrai plus, c’est les vacances et il part une semaine, et merde, je voulais le voir encore, et puis je me connais, je ne serai peut-être même pas capable de lui proposer qu’on se voit pendant les vacances, et je suis un nul. Et merde.

Et puis, si j’étais sorti là, j’aurais peut-être pu voir Florian aussi, et là, non, je vais le rater, et moi qui voulais lui parler avant les vacances, quel con.

Saloperie de vacances de merde, j’ai rien demandé moi, je suis bien au lycée, où je vois du monde, au moins, sans avoir besoin de m’y forcer, mais merde, alors, qu’est ce que je vais faire pendant quinze jours ?

Je n’aime pas l’éco, je n’ai rien à foutre ici, et je m’en fous de mon bac blanc, comme son nom l’indique il est blanc et il ne vaut rien, et puis, tiens, même le vrai je m’en fous, et merde.

papier blanc

Au fait je n’ai même pas relu ma copie. J’ai pas envie, ça sert à rien. Tout ce que ça va changer, c’est que je vais me rendre compte que ce que j’ai fait est nul et que je n’ai plus le temps de recommencer, alors hein, bon. Et puis, même si j’avais le temps, je ne le referais pas, j’ai pas que ça à foutre. Comme un con, je me suis dépêché de tout finir en quatre heures avec l’espoir qu’on me laisserait sortir avec les non-spécialité, tu parles, tiens ! Compte là-dessus. En plus, à l’heure où on me laissera sortir, la cantine sera fermée. On voit que c’est pas vous qui payez mon repas, hein ! Je vais le payer pour rien, bande d’arnaqueurs. Quand je pense qu’on n’est plus que douze péquins dans le bahut à plancher sur notre bac blanc à cette heure…

Et moi, je suis en train de jouer au con, je ne sais pas où je vais comme ça, ce n’est franchement pas malin de ma part, je n’aime pas quand je suis comme ça. Malheureux, en colère contre moi-même, je m’en-foutiste, désabusé et, finalement : con. Je n’aime pas non plus le fait d’avoir conscience de tout ça, mais aucune volonté de me prendre en main.

Ah, il va falloir que je récupère mon dossier au secrétariat. Normalement, il aura été complété. Ce matin, je suis arrivé à l’ouverture du lycée pour le confier à la prof qui devait le remplir avec la proviseur. J’espère que ce sera fait. Mais c’est dingue : je n’arrive pas à accorder à ce truc la place qu’il mériterait. Par contre, je me fais une montagne d’autres futilités.

Je ne sais toujours pas ce que je ferai l’an prochain si je ne suis pas pris à Duperré. Il faut que je choisisse quelque chose à la façon. Je ne sais pas quoi. Il y a pas mal de trucs intéressants à étudier, mais après ça ne mène à rien. Je ne vais pas étudier pour étudier. Ce serait trop con.

Il est 13 h 05. On fait passer le temps en écrivant. C’est la première fois que je fais ça comme ça. C’est nul. Mais ça fait du bien. Je deviens accro ou quoi ? Le temps passé à réfléchir sur moi et à me lamenter, c’est dingue. Ça ne deviendrait pas malsain ? Faut que je réfléchisse à ça. Euh… non. Ça me ferait passer encore plus de temps à réfléchir sur moi. Je suis un type compliqué.

suite du carnet

Finalement, quand je suis sorti, S* m’attendait devant ma salle. Dehors, j’ai retrouvé B*, avec d’autres. S* est rentrée chez elle, moi je suis resté un peu. J’ai été chercher mon dossier au secrétariat, bien rempli. Puis on s’est tous séparés. B* m’a dit : « Si tu t’emmerdes trop pendant les vacances, appelle-moi. » Ce type est vraiment adorable. J’ai de la chance.

Voilà. Ça a mis du temps à venir, mais ça y est : je suis content d’être en vacances. Je n’ai quasiment pas de travail. Mon dossier est bien rempli. Je vais avoir du temps pour faire ce que je veux. Je pourrai voir S*, B*, Benoît. Tout va bien. La vie est belle, les oiseaux ne chantent pas, mais c’est tout comme.

Cette histoire avec Florian, je m’en fous, après tout. Parfois je n’arrive pas à me comprendre. Pourquoi me suis-je pris la tête avec cette histoire ? Je n’ai pas vu Florian, et alors ? Je le verrai plus tard. Allez, c’est les vacances, c’est super, youpi.

Au fait, vous savez quoi ? J’ai un point commun avec Keynes : il est pédé aussi. On devrait nous parler de la vie sexuelle des économistes, ça rendrait les cours plus intéressants. Ce matin, en spé, j’ai choisi le sujet sur Keynes.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no3 (Finalement, c’est comme tout, on s’y habitue, 19 janvier – 15 mars 2005), j’ai dix-sept ans.

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