Lundi 15 mars 2004

On a eu une heure de « vie de classe », c’est-à-dire une heure de débat stérile à critiquer les profs, en vue de préparer le conseil de classe. Ça me sidère qu’on puisse encore, à seize ou dix-sept ans, ne pas être capable de savoir qu’on est au lycée pour travailler ; ne pas être capable de se taire tout seul sans qu’un prof ait à gueuler. À entendre les élèves, c’est la faute du prof s’il y a du bruit en classe. Je rêve ! Faut pas tout attendre du prof : on ne les refera pas ; si il y a un problème, c’est aussi de notre faute. Et si on ne peut pas le régler du côté du prof, qu’on le règle au moins de notre côté. Je pense donc que cette discussion n’avait pas lieu d’être. Encore une heure de perdue dans ma vie décidément trop courte. Je me fous complètement de ces histoires, mais, par principe d’avoir mon mot à dire, j’ai pris part au débat. J’ai horreur de rester passif, alors j’ai donné mon avis.

À midi, les sirènes de la ville se sont déclenchées. Nous avons observé trois minutes de silence pour les victimes des attentats de Madrid. C’est impressionnant de savoir que toute l’Europe, à cette même heure, a pensé à la même chose.

Le voyage en Espagne va sûrement être annulé. Dommage pour ceux qui devaient partir… Je trouve cela un peu stupide. Je ne crois pas qu’il soit vraiment dangereux d’aller en Espagne en ce moment. Je ne pense pas qu’un nouvel attentat aura lieu. En tout cas, il n’y a pas plus de risque là-bas qu’en France. À n’importe quel moment, n’importe où, on peut se prendre une bombe sur le coin de la gueule. C’est le principe du terrorisme. En plus, interdire tout voyage, céder à la peur, c’est rendre gagnants les assassins. La terreur est leur arme : ils veulent nous faire peur. Un petit groupe de personnes décide un attentat et paralyse un pays, elles traumatisent un continent, changent la donne politique (les socialistes espagnols, donnés perdants par les sondages, ont remporté les élections d’hier).

À propos d’élections, dans une semaine, en France, ce sont les régionales et cantonales. Un truc m’a choqué : on parlait de la participation politique en cours de SES. Des effets de l’abstention qui « met la démocratie en danger ». Or, après plusieurs semaines de cours sur ce sujet, la prof nous dit qu’elle n’ira pas voter. C’est scandaleux ! N’est-ce pas à cause de gens comme elle que Le Pen est passé au deuxième tour en 2002 ? En tant que prof, elle perd toute crédibilité : quand on enseigne les sciences politiques, on est censé s’intéresser un minimum à la vie politique…


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no1 (« Journal, 14 août 2003 – 15 juillet 2004 »), j’ai quinze et seize ans.

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