Jeudi 5 mai 2005

Hier, j’ai acheté Têtu. Vous vous rendez compte ? Vous savez, c’est le magazine gay. J’avais envie de voir à quoi ressemblait un magazine gay, mais je n’aurais pas été jusqu’à l’acheter. Mais là, c’est un numéro spécial (pour le centième, ou pour les dix ans, je ne sais plus) et il y a des portraits et interviews de tas de personnalités. J’avais repéré ce numéro depuis quelques jours (la couverture est affichée sur tous les kiosques), mais j’ai pensé que je n’oserais jamais l’acheter. Je suis donc allé dans une presse où je ne vais jamais. C’était lundi. J’avais un alibi : acheter le programme télé. Mais je me suis dégonflé au dernier moment. Je suis reparti avec mon TV Grandes Chaînes et c’est tout. Alors, hier, j’ai pris mon courage à deux mains (voire trois) et j’y suis retourné. Mon nouvel alibi : Studio. Il y avait du monde. J’ai pris Têtu, d’un geste sûr et furtif. J’ai été à la caisse et j’ai demandé s’ils avaient Studio. Le gars me dit qu’il ne l’a pas. Tout en discutant de Studio sur le ton le plus anodin possible, je tends mon magazine et je paie. Le gars ne sourcille pas (évidemment, il s’en fout). Et voilà : moi, j’étais en train d’acheter un canard sous-titré « le magazine des gays et des lesbiennes » avec un mec à poil sur la couverture, comme ça, l’air de rien ? Je n’en revenais pas. Le gars, très professionnel, me l’a glissé dans un sac Télérama (excellente idée), alors qu’il ne donne pas de sac d’habitude. Sur ce, je dis « Je reviendrai » (pour Studio) et voilà. Vous devez me trouver ridicule d’être fier d’un détail aussi anodin. Ce dont je suis fier, c’est d’avoir osé faire ce que j’avais prévu de faire, sans me dégonfler.

Alors, ce magazine. Ça a l’air pas mal. Il y a des photos, hum… je ne crois pas que j’afficherai le poster central dans ma chambre ! Les articles sont intéressants, mais ce sont les interviews qui m’intéressent le plus. Le reste, je ne m’y reconnais pas tellement. Je ne fais pas partie de leur « cible », comme on dit. Je ne suis pas un « gay » comme ceux-là. Je suis juste un jeune homo, qui ne me reconnais pas dans ce type de communauté. Ça ne m’empêche pas de trouver ça très intéressant.

L’après-midi, S* est venue. Deux heures seulement (son emploi du temps est toujours très, très serré). Je lui ai prêté Depuis que je sais ce que je suis. Elle m’a dit que ça l’intéressait. Je suis content ! Elle va apprendre des choses sur moi !

Puis, j’ai dessiné Anatole. Aujourd’hui aussi. J’ai terminé la planche 10 : c’est celle où j’arrive enfin dans le vif du sujet. Ensuite, la planche 11 part un peu en vrille. Enfin, à la planche 12, Anatole se réveille, car c’était un rêve.

À part dessiner, qu’ai-je fait aujourd’hui ? J’ai liquidé cette saloperie de devoir de maths.

Mon concours pour Duperré, c’est dans cinq jours ! Il faut que je me prépare encore. Je n’ai rien fait, depuis la fois où on a étudié les deux sujets avec maman.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no4 (À la découverte de la vie normale, 13 avril – 6 juin 2005), j’ai dix-sept ans.

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3 commentaires

  1. Ah le premier achat du Têtu… glissé sous le “Première” (oui j’étais plus Premiere que Studio à l’époque). Un premier pas pour se sentir appartenir à une communauté…

  2. J’avais eu le même sentiment de fierté en achetant ma première boite de préservatif. C’était une pharmacie en Bourgogne, j’avais 18 ans. La pharmacienne avait ouvert de grands yeux un peu scandalisés. Mais elle me l’a donné cette boite. J’avais trouvé que c’était cher pour une première fois qui dure deux secondes. Hihi.

  3. Une petite nuance si je peux me la permettre, cher Jérôme ! En achetant cette boîte de préservatifs, tu affirmes et tu assumes une position qui n’est pas différente de l’image sociale qu’on attend d’un jeune homme de dix-huit ans, plein de désirs !… Assumer son homosexualité face au marchand de journaux, c’est aussi (et surtout) : affirmer une identité différente de « ce que vous croyez »… littéralement : sortir du placard 🙂

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