Dimanche 16 janvier 2005

J’ai des doutes. C’est très désagréable. Et si… ? Non ! Je ne peux pas m’être trompé, quand même. Ce genre d’erreur n’est pas possible. Je me fais encore des films. Voilà, je sais : c’est parce que j’ai décidé d’en parler, alors, confronté au problème, je me dégonfle. Je me dis : « J’ai encore des doutes », une très bonne excuse pour ne pas en parler. Oh, mais non ! Comment font les autres ? Il y en a qui parviennent à garder le secret pendant des années. Comment peuvent-ils le supporter ? Ce qu’ils doivent souffrir… Moi, six mois, et je ne tiens plus.

J’ai fini Blankets, une bande dessinée de Craig Thompson, un Américain, un roman graphique de six cents pages. Maman me l’a offert vendredi soir et je l’ai dévoré en deux jours. C’est passionnant. Très, très fort. C’est d’une beauté, d’une émotion… et les dessins, quelle élégance ! Je suis toujours aussi nul pour dire du bien d’un bouquin, mais vous comprendrez comme j’ai été ravi par celui-ci.

Hier, j’ai acheté Le petit Nicolas, le nouveau, avec quatre-vingts histoires inédites. C’est déjà une réédition, parce qu’il est sorti il y a deux-trois mois et que tout a été épuisé en une semaine. Je commence à prêter attention à ce détail, l’édition originale.

Comme j’ai eu plein de nouveaux livres, j’ai dû tout ranger différemment dans mes étagères. Là-dessus, je suis extrêmement maniaque. Dès que j’ai une nouvelle BD, je lui trouve immédiatement une place avec les autres de la même série, c’est très précis. Mais ils sont rangés pile-poil, ni trop serrés (pour ne pas les abîmer), ni trop espacés (pour qu’ils restent droits), alors chaque nouvel album nécessite le retrait d’un autre, auquel je dois trouver une place ailleurs. Sur une autre étagère, où je vais devoir tout décaler. Et, au bout de la chaîne, je me retrouve avec un bouquin inrangeable, auquel j’attribue une place dans un endroit nouveau : tel étage de mon armoire, ou cette étagère murale où il n’y avait encore rien. D’acquisition en acquisition, je colonise toute ma chambre. J’ai aussi d’autres livres que mes BD, mais moins. Ça me pose moins de problèmes.

Pourquoi raconté-je tout ça ? On s’en fout. Je m’en fous, qu’on s’en foute. J’écris pour écrire, et c’est agréable. Ce carnet est déjà bientôt fini. Il avait moins de pages que le premier. Et puis, en ce moment, j’ai des tas de trucs à raconter. Des questions métaphysiques, des angoisses existentielles. Des états d’âme présentant plus ou moins d’intérêt, des inepties n’en présentant aucun. Hier, à l’Univers du livre, j’ai acheté deux autres carnets. Deux ? Oui, parce que je suis très difficile : c’est dur de trouver le carnet qui me convient. Alors, ce sera fait. Ce sera bien la première fois que je serai prévoyant.

On est dimanche après-midi. Le dimanche après-midi, c’est très variable. Souvent, je m’ennuie. Mais ce n’est pas l’ennui atroce, insurmontable, terrassant (ou rarement). C’est souvent un ennui agréable, assez léger. C’est le dimanche après-midi que je dessine. Ou bien, je lis (mais je lis les autres jours aussi, alors ça ne compte pas). Parfois, je fais un tour. Du genre : acheter du pain, et je m’attarde sur le trajet. Et puis, il y a bien des fois où je travaille… Ah, c’est dur, la vie. Ce weekend, je n’aurai quasiment rien fichu. Quelle fainéant. Juste ma philo (toujours ce devoir sur Kant). J’ai fait un brouillon satisfaisant, maintenant il faut rédiger. Je ne sais pas si j’aurai le courage aujourd’hui. Ça vaudrait mieux, pourtant, car je suis plutôt en forme aujourd’hui. Si jamais une tuile me tombe dessus mercredi après-midi, du genre : une chute brutale de moral, je suis foutu. Je serai incapable de me remettre à bosser.

Cet après-midi, je vais peut-être dessiner une ou deux planches pour Alainculte (c’est le nom à la con du journal du lycée). Ai-je dit que je leur faisais des BD ? L’an dernier, dans le numéro 1, ce n’était pas moi et c’était franchement mauvais. En plus (je m’en suis aperçu plus tard), c’était un plagiat éhonté du Grand Duduche de Cabu. Le même gag en moins drôle, et mal dessiné. Pouah. Du coup, je leur avais fait une planche, assez médiocre, mais originale au moins. Il paraît qu’ils l’ont publiée, mais je n’ai jamais vu le numéro. Cette année, le mec du journal est venu me voir pour me demander des BD. Je me suis lancé dans une petite série de demi-planches sur le thème du lycée, qui me plaisent assez. J’en avais dessiné quatre, il n’en a publié que deux, sur la dernière page du canard. Je pensais qu’il gardait les autres pour plus tard, mais non, puisqu’il vient de me relancer pour le prochain numéro. Je lui en ai dessiné une cinquième.

Je devrais m’investir plus dans ce journal. J’en suis incapable, allez savoir pourquoi. À chaque fois qu’il y a eu une réunion, je ne suis pas venu. Même quand le mec m’avait lui-même demandé de venir… Et quand il a fallu les vendre, ces numéros, il m’en a donné un paquet de dix. J’en ai acheté un pour moi, et j’en ai fourgué un seul autre. Je lui ai rendu le paquet par la boîte aux lettres du journal. Lâchement. Quel tire-au-flanc ! Je me la joue dilettante, ou je ne sais quoi. Le grand artiste qui se fait prier, qui daigne fournir quelques planches à ce modeste journal. Je dois être insupportable. Pourtant, ça n’est qu’une sorte de timidité déplacée.

Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no2 (Angoisse du doute, malaise de la certitude, 15 juillet 2004 – 17 janvier 2005), j’ai seize ans.

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