Vendredi 26 mai 2006

Comme je suis lâche, je fais exprès d’appeler É* quand je sais qu’il est au boulot, pour tomber sur son répondeur. Je laisse un message, répété cent fois mentalement. Puis je coupe mon portable.

Je vais au cinéma avec Morgane et Coline, voir Marie-Antoinette de Sofia Coppola.

En sortant, je vois qu’É*, à son tour, a laissé un message sur mon répondeur. Un message très gentil qui dit que oui, il est libre demain, et qu’il m’emmènera dans « un endroit sympa et pas trop bizarre ».

Un homo sapiens normal l’aurait appelé directement, mais un mec tordu comme moi préfère parler par messagerie interposée. De toute façon, je suis obligé de le rappeler encore pour qu’il me précise l’heure et le lieu du rendez-vous. Je suis bien eu.

À l’heure où j’écris, je viens de tenter de l’appeler, mais… répondeur ! Je ne laisse pas de message, cette fois, hein, faut pas pousser le vice. Je rappellerai plus tard.

J’en ai parlé à Morgane et Coline. Coline nous a emmenés voir son nouvel appart’ boulevard de Sébastopol où elle vient d’emménager avec Étienne. Il est drôlement chouette.

Après le cinoche, je suis allé à Beaubourg avec Morgane pour voir « Le mouvement des images ». Il y a un truc que j’ai adoré. Deux « films impossibles » d’un quart d’heure chacun, composés uniquement d’un très long générique de début, puis de premières scènes rapides d’un improbable Das Kapital ou d’un film sur la psychanalyse, d’intertitres « déroulement de l’action » et « résolution du problème », puis d’un interminable générique de fin. C’est absurde, c’est ridicule, ça m’a vachement plu.

On va aussi au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, rue du Temple, pour l’expo Charlotte Salomon. Une fois à l’intérieur du musée, on s’aperçoit que l’expo est finie. Heureusement qu’on n’a pas payé l’entrée ! Tant qu’à être dedans, on passe vite-fait dans l’expo permanente, mais on ressort au bout de dix minutes.

Au Halles, j’ai acheté une jolie-boîte-qui-ne-sert-à-rien pour maman.

J’ai glissé un tirage de ma dernière gravure (Jimmy) dans la boîte aux lettres de S*.


Il m’appelle ce soir pendant que je regarde Le cercle rouge de Jean-Pierre Melville en mangeant une glace chocolat-pistache. Il me donne rendez-vous à 16 heures au métro Hôtel-de-Ville. C’est exactement ce que j’espérais : il prend l’initiative de m’emmener dans un bar gay. C’est ce que j’attendais : qu’un initié me prenne par la main.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no8 (intitulé Croissance exponentielle, 19 mars – 23 juin 2006), j’ai dix-huit ans.

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