Vendredi 12 août 2005

Hier, pique-nique au bord de la rivière. Les petits se sont baignés. Moi, j’ai trouvé des morceaux de charbon, probables vestiges d’un feu récent. Avec ça, je pouvais dessiner sur les rochers. Je n’avais jamais fait ça ! J’ai eu l’impression d’être l’un des premiers hommes, découvrant le dessin… J’ai fait mes petites peintures rupestres. J’avais du noir plein les mains, c’était agréable. Puis, un coup d’eau pour tout effacer. Dessiner pour le plaisir de dessiner, et non pour le résultat final…

C*, M* et I* sont repartis. N* est restée avec A*, pour passer la nuit avec nous. Le soir, on a été au resto. Attention, je raconte ! J’ai proposé d’aller au café du Roi René, vous savez : celui où j’avais bu un chocolat la veille, où le serveur est vraiment canon. Proposition approuvée par tout le monde, puisque maman connaît ce resto et qu’il est dans nos prix. Légère déception au moment de s’installer : ce serveur s’occupe d’une autre partie de la terrasse. Notre table est attribuée à un autre gars, qui n’est pas mal, certes, mais qui n’arrive pas à la cheville de l’autre. À la fin, surprise ! Suite à une erreur, c’est le beau serveur, un peu paumé, qui nous apporte nos desserts. Du coup, je lui ai adressé la parole, parce qu’il a fallu que je lui rappelle ma commande. J’aime bien sa voix. Mais le mieux reste son sourire. À mourir ! Je l’ai dessiné à nouveau, il est un peu mieux réussi que la première fois.

Avant le resto, on est entrés dans une église. Il y avait une exposition de plusieurs artistes contemporains. Ouais… Il y avait du bon, et du franchement hermétique.

Ce matin, j’ai lu les trente pages de Fabrice Neaud dans Ego Comme X no7. Comme à chaque fois, il m’a bouleversé. Sa manière de s’exprimer me laisse muet d’admiration. Cette fois-ci, il n’y a pas un seul dialogue. Tout le texte est narratif. Pas un seul visage n’est représenté. Seulement des plans fixes d’objets ou de paysages. L’alliance de ces plans figés avec les textes est d’une force vertigineuse. Ça n’a l’air de rien, quand on ouvre le bouquin : ça n’a pas l’air très vivant. Et on lit une case, puis deux, puis trois. Et ça y est : on est scotché par la puissance des dessins et des textes, associés à merveille. Ce qui me sidère, c’est qu’on puisse exprimer tant de choses, tant d’émotions, avec si peu. Une image qui serait anodine si elle était seule, se charge d’un sens exceptionnel quand on l’associe à ces quelques mots. Magique.

J’ai un projet. Un petit livre sur tous les mecs qui m’ont marqué ces derniers temps, chacun d’une manière différente et pour une raison différente, le temps d’une minute ou de plus longtemps. Il y aurait : Étienne ; le beau brun et son acolyte le beau blond ; le Yougoslave de la plage Borély ; le serveur du Roi René ; et ainsi de suite. À chaque fois : un portrait, et un petit texte sur la page d’en face.

Mon rêve de cette nuit. Je suis dans un endroit ressemblant plus ou moins au lycée, mais avec un ascenseur un peu surnaturel dans un coin. Je vous épargne le début, qui est sans intérêt, pour raconter la fin. Autour de moi, il y a S*, B*, et une ou deux autres personnes que je n’identifie pas (des copains). S* me demande s’il m’arrive de pleurer (c’est un écho à la question que m’a posée I* hier : s’il m’arrivait encore de pleurer à mon âge). Je lui réponds que oui, bien sûr. Je dis que cela m’arrive quand je suis triste… et, à ce moment, je regarde B*. Je comprends qu’il pense à la même chose que moi : il sait que la dernière fois où j’ai été triste, c’était « à cause » de lui ; il sait que j’ai pleuré en pensant à lui. On continue de discuter, je ne sais pas de quoi, et ça importe peu. Arrive W*, qui salue tout le monde. Il me serre la main… et il embrasse B* (un petit bisou sur la bouche). Je suis surpris, mais je ne le montre pas. Je me dis : « B* est donc pédé, et il me l’avait caché… Lui et W*… » Je lui en veux de m’avoir repoussé sans me révéler cela. Puis, je vois arriver Florian. Il ne manquait plus que lui ! C’est trop pour moi. Je pars avant qu’il n’intègre le groupe. Je broie du noir, seul, en marchant dans la cour. Aurélie (que je connaissais à l’école primaire) me voit. Elle me demande : « Alors, tu n’as toujours pas de fille ? » (sic). Je dis que non. Je lui demande : « Et toi, tu n’as toujours pas de mec ? » Elle répond : « Non, mais c’est moins dur. » Je lui demande alors, en connaissant sa réponse d’avance : « Moins dur que quoi ? » Sans surprise, elle fait un grand sourire, et elle dit en riant (un rire bienveillant, rassurant, pas moqueur du tout) : « que d’être pédé ». Je suis étonné, car elle n’est pas censée savoir que je le suis. Je dis : « Ça se voit donc tant que ça ? » et elle acquiesce. Je lui explique que je ne fais rien pour le cacher, en effet, car j’en ai « par-dessus le tête » : même si je ne suis pas pédé depuis longtemps, j’en ai déjà marre de ces difficultés. Bref, je vide mon sac.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no6 (intitulé Mieux dans mes baskets, mieux dans ma vie, 3 août – 25 novembre 2005), j’ai dix-sept ans.

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