Je ne me souviens pas du 14-Juillet Nation

par Antonin Crenn

Autrefois j’étais un enfant, ma grande sœur aussi, et nous allions au cinéma avec notre père. Voir des Walt Disney, par exemple Bernard et Bianca. C’était sur le Diderot, dans ce cinéma qu’on appelle aujourd’hui Mk2 Nation et qui, à l’époque, portait un autre nom. Je ne me souviens pas qu’il se fût appelé 14-Juillet Nation, mais il semble que ç’ait été le cas au début des années 1990.

« Le Mk2 Nation fait peau neuve », dit le panneau. Quand un reptile fait peau neuve, il se débarrasse de sa mue (il y avait des mues de serpents, dans un placard-qui-fait-peur, à l’école), mais il garde le reste de son corps : la viande, les boyaux, tout ça. Le cinéma, lui, fait peau neuve en même temps qu’il fait gras neuf, muscles neufs, entrailles neuves, squelette neuf. On change tout, on ne reconnaîtra rien : des murs neufs, des planchers neufs, une moquette neuve, des fauteuils neufs.

En attendant les écrans neufs, ils ont mis des écrans pour de rire, dans la rue. On n’y voit pas Bernard et Bianca, mais on apprend que Barilla produit des pâtes bio. C’est toujours trop longs, les publicités : on attend le film, on a hâte.