Mardi 27 décembre 2005

Voilà : à nouveau, j’ai la pêche. Ouf ! On est bien peu de choses.

Ce matin, j’ai travaillé (sur la « balançoire »).

Puis, j’ai été voir où en était ma discussion sur le forum. Le connard de l’autre fois n’est finalement pas qu’un connard : disons qu’il n’est pas très fin. Il me fait remarquer quelque chose : la « distance » que je place, selon lui, entre moi et cette image de l’homosexualité. Comme si c’était un phénomène extérieur à moi. Je vois ce qu’il veut dire. Je ne me sens pas chez moi parmi les hétéros, mais je ne m’identifie pas non plus à ce « monde homosexuel »… Je le savais déjà, mais je ne l’avais pas formulé ainsi. Un pas a été fait.

J’avais un « message privé » sur le forum : un type (« Bill132 ») de dix-huit ans, qui dit qu’il est dans la même situation que moi, me propose d’en causer sur MSN. Pourquoi pas ? Je lui ai filé mon adresse. On verra. D’après son profil, il habite dans un bled de sept mille habitants dans la Somme. Le pauvre ! Mais un bon point pour lui : il dit qu’il aime le théâtre et la danse. Moi, je n’y connais rien. Mais ça veut dire qu’il a une sensibilité artistique. C’est bien, ça. Peut-être que je vais enfin causer avec un mec comme moi (c’est-à-dire : un peu paumé), plutôt qu’avec un de ces « gays » branchés.

J’ai récupéré du fil électrique pour le cours de style (le travail sur la lampe). Je me suis aussi amusé à déglinguer un vieux téléphone. Que c’est beau, à l’intérieur ! J’ai pris des photos des composants et du circuit imprimé, dans un style « jungle mystérieuse » avec des jeux de lumière.

J’ai lu les deux nouvelles qui venaient après La mort à Venise. « La volonté du bonheur » est magnifique : cet homme qui meurt dès qu’il obtient ce qu’il a désiré toute sa vie.

Je ne sais toujours pas avec qui je passerai le réveillon du nouvel an. Pour une fois, maman sort ! Je l’ai encouragée (elle voulait rester avec moi si j’étais seul). Juline va à une soirée avec ses copains-copines. Moi, j’aurais voulu faire un truc avec ceux de ma classe. Mais : 1. Mes préférés sont chez eux en province ; 2. Les autres ne donnent pas de nouvelles ; 3. Je n’ai pas envie d’appeler si on ne m’appelle pas.

Cette nuit : rêve. Je suis sur ce forum. L’un des forumeurs délire. Il se met à écrire ceci : « Bonjour Robert Dubois ! Bonjour Ludovic Vernoy !, etc. » Il donne tous les vrais noms des autres forumeurs. Comment les connaît-il ? Puis mon tour arrive : « Bonjour Antonin Crenn ! » Ça alors ! Moi aussi, on me connaît donc ? Un peu plus tard, dans le même rêve. Je suis dans la cour de l’école (elle ressemble à celle de mon école primaire, comme souvent dans mes rêves). Je suis seul, je marche. Sous le préau, je vois B* avec des amis à lui, dans un coin. Je le regarde, il me regarde. Je poursuis mon chemin. Je croise plusieurs têtes connues. Un type retient mon attention : je reconnais le forumeur qui m’a démasqué. Il me sourit. À tous les copains que je rencontre, je leur demande ce qu’ils font le soir du 31… Personne ne peut me faire participer à sa soirée. Je croise Mathieu : je lui souris. Il m’ignore. Je suis vexé. Je reste donc seul. Soudain, B* vient vers moi. B* ! Il me dit qu’il fait une petite fête avec des copains le soir du 31, et que je peux me joindre à eux si j’en ai envie. Puis il s’en va. Je me répète, dans ma tête : « Quel type bien, ce B* ! » Je rentre alors chez moi. Je sors du lycée, j’emprunte le chemin à travers les grandes pelouses. J’aperçois Mathieu, à nouveau : il marche devant moi. J’accélère pour arriver à son niveau. Va-t-il m’ignorer encore ? Non. Cette fois, il se retourne. Il est ravi de me voir. On marche côte-à-côte, on se raconte nos vies, les six derniers mois où nous ne nous sommes pas vus. On arrive enfin à notre but : l’école Estienne. Elle est immense. Nous entrons. Dans la suite du rêve, je ne me souviens plus de Mathieu : il me semble que je suis seul à présent. J’explore. Je me promène. En fait, c’est le jour de la rentrée et je suis élève dans cette école, mais j’ai fait exprès d’arriver en avance pour découvrir les lieux. Il y a des étudiants partout. J’arrive dans une vaste salle, une sorte de préau : entre un hall et une cafétéria, avec des lumières partout. Il s’agit de la « salle des élèves ». Je dis à l’un des étudiants : « Vous avez de la chance, ici. Nous à Duperré, on a un tout petit BDE. »


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no7 (intitulé Vincent, Alexandre, Édouard et les autres, 29 novembre 2005 – 18 mars 2006), j’ai dix-sept et dix-huit ans.

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