Jeudi 7 juillet 2005

J’ai commencé le tome 3 du Journal. Fabrice Neaud tombe amoureux d’un hétéro. Son histoire ressemble à la mienne… c’est troublant. Il décide de lui avouer son amour, en dessins. Il lui offre les planches d’une courte BD dont il est le personnage. Plus tard, il dessine une autre BD, sur le ton humoristique cette fois, dans laquelle il se moque un peu de ce type ; et celui-ci le prend très mal. J’explique ça parce que c’est important pour comprendre le deuxième rêve de cette nuit. J’ai fait deux rêves de B*.

Le premier. On est devant la grille du lycée. B* vient me voir et me dit en substance : « Tu me reproches de ne jamais rien dévoiler de moi, tu regrettes de ne rien savoir de moi ; eh bien, lis ceci. » Il me tend quelques feuillets écrits de sa main, où il consigne ses impressions au jour le jour. Moi : « Ça ne te gêne pas que je lise ton journal ? » Lui : « Il y a seulement ce passage que je ne veux pas te faire lire. » Il me montre un court paragraphe qui est juste sous mes yeux, au beau milieu de la page que j’avais commencé de lire. Je saute ce passage, je n’essaie même pas de le lire, tellement je respecte B* et l’honneur qu’il me fait en me montrant ces textes. Il me laisse lire, il s’éloigne. À un moment, je m’arrête sur une phrase, que je relis plusieurs fois. Je m’en souviens avec précision : « Comment savoir si l’on subit le choc post-traumatique positif dû à l’hiver présent, ou le choc post-traumatique négatif dû aux hivers précédents ? » (cette phrase n’est pas du tout dans le style du B* réel… et de toute façon, B* n’aime pas écrire). Je comprends cette phrase instantanément, et je reste stupéfait, tellement elle me paraît juste et profonde. Puis, je feuillette le cahier. Sur une des dernières pages, je lis quelque chose qui commence ainsi : « Ça y est, il s’est décidé à me parler… » Je comprends qu’il est question de moi. Je ne lis pas.

Le deuxième rêve. C’est un mélange de ma vie et de celle que Fabrice Neaud raconte dans son Journal. Je suis dans un appartement que je ne connais pas, les murs sont nus, blancs. Il y a plusieurs personnes (des copains). Je donne à B* les planches que j’ai faites sur lui (c’est-à-dire celles que je dessine en ce moment). Il me dit : « Mais tu parles de moi ? » Je réponds que oui, mais je lui demande de ne pas réagir mal, car c’est seulement ma vision des choses (dans le Journal de Neaud, cette phrase, à peu près : « Tu as le droit de faire cela : tu ne parles pas de lui, mais de ta vision de ta vie avec lui »). Il est vexé, il le prend très mal. D’autres personnes voient les planches ; je ne me rappelle pas leur réaction, elle ne comptait pas pour moi. Je me souviens juste que l’une des planches représentait, sur une dizaine de cases, une poupée (du genre poupée vaudou : une vague silhouette censée me représenter) qui brûle et se consume peu à peu.

Ce matin, j’ai écrit le scénario de l’avant-dernier chapitre (« 17 juin »). Cet après-midi, j’ai dessiné les planches 7 et 8.

J’ai reçu mon premier numéro du Psikopat. Il a tardé, car il y avait un problème avec l’adresse.

J’ai déjeuné seul (Juline était avec une copine) et, comme toujours quand je déjeune seul, j’ai écouté la radio. Ils n’ont parlé que des attentats de Londres. Aux dernières nouvelles, ils dénombraient trente-trois morts. Je ne peux pas comprendre ça.

Plus tard

On a dîné au restaurant chinois.

Ce soir, j’ai dessiné la planche 9 : celle où l’on voit B* en pied, sur toute la page, et le texte qui énumère tout ce que j’aime chez lui. J’avais intérêt à le dessiner très beau, pour être crédible. Je trouve que c’est réussi.

Pour la position (debout, le corps relâché), je me suis inspiré du David de Michel Ange, qui a une position assez naturelle, et qui est beau à mourir. J’ai donc dessiné ce David (mais pas son bras gauche, que j’ai placé le long du corps, ni son visage, que j’ai mis dans l’axe), puis je l’ai habillé (je n’allais quand même pas dessiner B* nu !) Quel honneur pour B*, de lui choisir cette sculpture comme modèle… Mais, en vrai, si j’avais possédé une photo de B* en pied, j’aurais préféré. Car le vrai B* est encore plus beau qu’une œuvre de Michel Ange.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no5 (intitulé B*, 8 juin – 1er août 2005), j’ai dix-sept ans.

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