C’est de lumière qu’il s’agit, justement

C’est lui qui m’a écrit le premier : « Nous voilà voisins de palmarès. » Ses Planètes et mon Héros avaient eu le même prix ex-æquo. Puisque notre rencontre n’a pas eu lieu en vrai, forcée par des circonstances, mais seulement parce que nous en avions envie, nous n’avons pas eu besoin de meubler une conversation creuse. Et, puisque nous n’avions pas de banalités à échanger, nous avons parlé des choses qui comptent. Il s’est procuré mon Héros et j’ai acheté ses Planètes. Je lui ai offert Passerage parce qu’il m’offrait Nuit claire comme le jour. Je me suis trompé dans ma propre adresse, alors le colis s’est perdu, puis il est arrivé quand même. Entretemps, Mario m’avait renvoyé son livre. Je l’ai dévoré aussitôt. Le premier exemplaire, arrivé en second, je l’ai offert à un ami, car la dédicace de Mario m’y invitait — elle contenait ce mot : amitié.

Planètes était avec moi quand j’essayais d’écrire à la deuxième personne, de m’adresser à mon personnage. Un autre texte aurait pu jouer ce rôle, sûrement, car ma Lettre ouverte n’a presque aucun point commun avec les Planètes de Mario — en-dehors de ce « tu ». Mais j’accueille les coïncidences. Et j’aime sentir qu’une lecture m’accompagne, quand j’écris. J’aime penser que les livres sont comme des amis. Je le dis parfois, je l’écris aussi. Tant pis si je me répète : si les livres sont des amis, que dire de ceux qui les écrivent ?

Mario est mort. Ce que je connaissais de lui : ces deux livres seulement ; les billets mélancoliques publiés sur son blog ; ses messages. J’apprends sa mort aujourd’hui, bêtement, plusieurs semaines après qu’elle a eu lieu. Plusieurs mois après nos derniers échanges. Quel choc. Souvent, je pensais à lui. Je voulais lui écrire pour prendre de ses nouvelles. Lui demander où en était son roman en chantier (dont le personnage, me disait-il, portait le même prénom que l’un des miens : il avait relevé la coïncidence). Il avait répondu avec enthousiasme à une perche que je lui tendais, pour un projet ensemble, plus tard. On restait en contact. De loin. Trop souvent, je néglige de répondre à des messages qui, pourtant, comptent beaucoup quand je les reçois. Je laisse passer trop de temps. Je sais que j’ai tort, car le temps est bref. Attendre quelques mois pour reprendre une conversation laissée en friche ? oui, mais… entretemps… si on est mort ? Voilà : Mario est mort.

Deux conseils que m’a donnés Mario. À propos de mes lectures en vidéo : « Croquer une pomme verte avant un enregistrement contribue à l’élimination des bruits de bouche. » À propos de la vie en général, un jour où j’étais triste : « Me permets-tu un conseil ? Pense à tes personnages. Tu as tellement d’amour pour eux. Ils ont la capacité, je crois, d’occuper tout ton esprit et de monopoliser tes forces. »

J’avais aimé ses personnages aussi. Après que j’ai lu le livre qu’il m’a offert, je lui ai écrit : « j’ai le sourire qui apparaît tout seul, me disant Ils sont trop mignons, comme ton personnage quand il rougit de plaisir. » C’est un roman écrit pour les adolescents. Un amour joyeux et lumineux. Solaire. Si j’avais lu ce livre à quinze ans, il aurait illuminé mes pensées sombres, comme une baguette magique. C’est de lumière qu’il s’agit, justement, dans son titre : Nuit claire comme le jour.

Aujourd’hui où je suis triste, je relis les billets sur son blog : une phrase ou deux, et une image. Sur le dernier : un ciel sombre et clair à la fois. Les mots disent : « Je me sens des obligations envers la lumière, le vivant. »

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