Puisqu’ils sont bien ensemble, pourquoi ne pas continuer ainsi toute la vie ?

D’habitude, je n’ai pas de sympathie pour les goélands : ils sont trop parfaits, blancs immaculés, le bec impeccable, une sorte de dédain dans leur pose (comme les chevaux qui savent être beaux, mais pas mignons, ni sympas : je préfère les ânes). Alors cette famille qui habite sur le toit du garage, sous notre fenêtre, me réconcilie avec l’espèce. Deux adultes (vol majestueux, regard hautain) se relaient auprès de trois boules grises maladroites, assez moches, tout à fait adorables, le duvet ébouriffé, des pattes trop grandes et des ailes qui ne savent pas encore voler (il y a du shadok dans leur dégaine), toujours penchés et prêts à basculer (la silhouette du kiwi), picorant tout ce qu’ils trouvent pour le mettre à la bouche (une pensée pour les enfants humains). Trois soirs, trois matins, on assiste à leur éducation. L’un des petits ouvre ses ailes quelquefois, il les agite, il a l’air de se demander à quoi ça sert. Allons-nous assister au premier vol ? Non. Il paraît que les goélands vivent douze ans à l’état sauvage ; ils trouvent un partenaire la quatrième année, puis reviennent à chaque printemps au même endroit. Puisqu’ils sont bien ensemble, pourquoi ne pas continuer ainsi toute la vie ? On dit d’eux qu’ils forment des couples fidèles. Fidèles ou exclusifs ? La question a du sens pour les gens, mais pour les goélands je ne sais pas.

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