Le blanc de l’œil

par Antonin Crenn

Les gens font la queue devant la Maison rouge pour visiter l’exposition, la dernière, paraît-il. Je passe devant tout le monde parce que, moi, je viens seulement pour utiliser le photomaton qui est à l’entrée : c’est un photomaton vintage et (la chose assez rare pour être rapportée) il est moins cher que les photomatons modernes, moches comme tout. Alors j’ai fait là, pour un prix modique, les photos que je vais coller sur ma carte SNCF et d’autres du même genre. Ça aura tout de même une autre gueule.

Celui qui a une autre gueule, c’est surtout moi, parce que je ne suis pas comme ça en vrai : à gauche aussi, j’ai un œil. Je vous l’ai même montré la semaine dernière. Sur une autre de la série, j’ai noirci le blanc au feutre pour faire une pupille, mais je ne sais pas si c’est mieux.

Je me rappelle ce vers de Prévert dans la Chanson des escargots qui vont à l’enterrement : « Ça noircit le blanc de l’œil ». Je n’ai jamais très bien su, toutefois, si les escargots avaient des yeux ou pas.