Il vous faut quoi de plus ?

Je tourne en rond, je bouillonne, je peste tout seul dans mon bureau en rafraîchissant les sites d’info et les applis : ils vont vraiment être aussi cons ? Ne pas s’allier ? Est-ce qu’ils croient sincèrement que nous, les électeurs de gauche, on en a quelque chose à foutre de leurs étiquettes ? de leur soi-disant pureté ? Alors, oui, hier, on a voté majoritairement pour la liste d’union de la gauche « hors LFI » : mais vous croyez vraiment que ça veut dire qu’on refuse LFI ? Ne jouez pas à ça. Faites pas trop les malins, s’il vous plaît. Il y a quatre ans, à la présidentielle, on a tous voté Mélenchon. Personne n’a voté pour le PS. Et pourtant nous sommes les mêmes. Exactement les mêmes. Les Parisiens de la vraie gauche n’ont pas massivement déménagé, remplacés d’un coup par des socio-démocrates frileux. Nous sommes de gauche et pragmatiques. Nous voulons gagner. Nous ne voulons pas des Dati et Knafo, des scénarios immondes qu’elles fomentent pour notre ville. Je voterai pour n’importe qui à gauche capable de gagner. Mieux : je voterai pour la liste de gauche la plus diverse parce que c’est comme ça que nous sommes bons. Que nos élites n’aient pas encore intégré cette idée de base, ça me rend dingue.

Jean-Eudes a voté à ma place parce que je suis à Saint-Florent. C’est bizarre de n’être pas chez soi quand quelque chose de si important se joue. Ce dimanche, je l’ai passé au soleil. J’ai mis en ligne l’épisode 5 de mon feuilleton « L’ami oublié » sur Remue.net : il était en friche depuis un an, je le reprends enfin. Je suis censé travailler sur ce projet, ici, à la maison Julien-Gracq. C’est ce que j’ai annoncé en tout cas. Dans cet épisode 5, j’écris que Jean Vaudal n’était sans doute pas de gauche, mais qu’il a su travailler en bonne intelligence avec des résistants de gauche, et même des communistes, pour fonder Les Lettres françaises dans la clandestinité. C’est quand même hallucinant que des gens de droite aient trouvé la force morale de s’allier avec des partisans de la révolution bolchévique pour combattre leur ennemi commun ; alors que des militants du centre-gauche d’aujourd’hui, bien tranquilles dans leur salon face au danger réel de la droite et de l’extrême-droite, sont trop dégoûtés par un parti dont le projet est pourtant moins à gauche que celui du Programme commun porté par Mitterrand et ses alliés communistes en 1981, en pleine guerre froide. Peut-on être aussi aveugles ? Le danger est là. Non pas après-demain, ni demain. Juste là, sous nos yeux. L’Assemblée nationale a rendu hommage à un nazi mort dans une bagarre de rue. Il vous faut quoi de plus ? On chipote encore ? On forme un front antifasciste et basta.

Ici à la maison Julien-Gracq, Jérémy nous montre une vidéo de Dominique de Villepin, mi-vieux sage, mi-influenceur bookstagram, qui cite le Rivage des Syrtes. Et on se dit que l’époque est vraiment cheloue : Margaux, lui et moi, on a le même âge à peu de chose près, et notre première manif, c’était contre le CPE, c’est-à-dire contre la politique de ce mec-là. Beau souvenir, d’ailleurs, car nous avions gagné, première manif réussie, quand toutes les suivantes depuis vingt ans ont été vaines. Et aujourd’hui, celui que nous combattions pour sa politique ultra-libérale se pose en gardien de la conscience républicaine. Antifasciste de droite. Et pourquoi pas ? On en est là : se réjouir de ça. Et pendant ce temps, nos élites de la gauche hors-sol prennent le risque de perdre, et de nous entraîner dans un cauchemar qui ne semble pas les effrayer, plutôt que de se mouiller un peu avec la gauche pragmatique. Mais soyez sérieux une minute. En vrai, vous risquez quoi, en faisant alliance ? La poignée de centristes déguisés qui se croient encore de gauche quittera le navire : parfait, on n’a pas besoin d’eux. Et vous gagnerez la confiance de tous les autres. Et on gagnera.

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