Mardi 24 février 2004

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. C’est les vacances, mais je ne fais rien de spécial. La première semaine, maman ne travaillait pas, là si. Aujourd’hui, Juline est sortie avec une copine, j’étais seul à la maison. Je voulais faire venir S* : elle veut pas. Elle voit W*. Demain, elle a karaté, et après-demain sa famille. On va essayer de s’organiser un cinoche samedi à trois (avec W*).

J’étais tout seul, mais je me suis occupé. Depuis samedi soir, j’ai une idée : je vais dessiner les choses que j’ai à dire. Je vais faire en BD ce que je fais dans ce carnet. Là, en deux planches, je vais me dessiner dans deux situations. Premièrement : je vais seul à pied à Saint-Germain, je m’arrête à la Marque jaune, je choisis une BD, je rentre à la maison. Bilan : je n’avais besoin de rien et j’ai acheté quelque chose. Deuxièmement : le lendemain, je vais à Parly 2 en voiture avec maman et Juline, j’ai besoin de fringues (je veux une chemise noire), arrivé sur place (chez Celio, car je vais toujours dans la même boutique, c’est plus simple) j’en trouve deux (deux sortes et deux matières), il n’y a pas ma taille dans celle que je veux, j’hésite sur la deuxième, entretemps Juline et maman se mettent en tête de me faire essayer un t-shirt qui leur plaît, mais je ne veux pas qu’on s’éternise, je laisse tomber, on s’en va. Bilan : j’étais venu pour quelque chose de précis, je suis reparti les mains vides.

Je mets ça en BD. Ça m’a permis de travailler ma perspective, sur le pont du Pecq et dans les rues de Saint-Germain. Trouver le point de fuite. Je n’avais jamais compris que c’était si important. Pour la deuxième planche, j’ai besoin de dessiner la bagnole, je suis nul pour ça, un vrai tocard. J’ai trouvé plusieurs photos de Citroën ZX sur Internet, je les ai imprimées, ça me sert de modèle.

Avant de commencer à écrire ici, je venais de terminer une petite séance d’écriture de la main gauche. Je m’entraîne. Ce serait bien d’être ambidextre. Je l’étais quand j’étais petit, paraît-il. Je me dis que, s’il m’arrivait quelque chose à la main droite, ce serait pratique d’écrire avec la gauche. Écrire et dessiner. Ce serait horrible, si je ne pouvais plus. Autant que si j’étais aveugle. Non, moins. Si je suis aveugle, je peux lire en braille et écrire, mais pas dessiner ni voir les dessins. Alors que si je n’ai plus ma main droite, je ne peux plus dessiner, mais je peux lire, écrire, voir les dessins.

J’ai terminé dimanche Lambeaux de Charles Juliet, un très beau livre qu’on doit lire pour le cours de français. C’est en deux parties : la première raconte l’histoire de sa mère qu’il n’a jamais connue, qui est morte dans un hôpital psychiatrique. La deuxième raconte sa propre histoire. Dans les deux cas, il utilise la deuxième personne, « tu », en s’adressant à sa mère puis à lui-même. C’est intéressant.

C’est les vacances, je ne vois personne, mais ça ne m’attriste pas. C’est parce que je ne fais pas la démarche de voir du monde. Je ne sais pas qui voir. Il y a Benoît, mais il ne peut pas. Sinon, il y a S*. Ou W*, mais, j’imagine mal le voir seul, je sais pas pourquoi. Au lycée, j’ai des copains : B*, par exemple. Mais je ne crois pas que j’aie envie de le voir à l’extérieur.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no1 (« Journal, 14 août 2003 – 15 juillet 2004 »), j’ai quinze et seize ans.

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