On allait au bord de la mer

par Antonin Crenn

Je le savais : j’étais déjà venu à la Tranche-sur-Mer. Un nom pareil ne s’oublie pas. J’ai donc cherché, avec Juline, dans nos albums photos, et on a trouvé les preuves.

L’été, pour les vacances, « on allait au bord de la mer, avec ma sœur, ma mère » (et on écoutait cette chanson, précisément, dans la voiture, car notre mère n’avait pas d’autre cassette à mettre dans l’autoradio). Deux fois, nous sommes venus en Vendée.

La première fois devait être en 1999, à vue de nez (il n’y a pas de date sur la photo), et c’était à Saint-Hilaire-de-Riez. Ce nom-là aussi m’avait amusé (« riez ! », dit-il). J’ai presque l’air sportif, sur cette photo : j’aurais une raquette à la main que ça n’étonnerait personne — enfin, si : ça m’étonnerait moi, parce que je n’ai jamais aimé ça, jouer à la balle). Je n’ai aucune idée de quelle est cette chose que je tiens en main : on dirait un gros caillou. Quant au doigt sur l’objectif de l’appareil photo jetable, c’est celui de ma mère, sans doute.

La Tranche-sur-Mer été 2001

Voilà la Tranche-sur-Mer : j’en suis certain. La Tranche n’a pas changé — ce qui a changé, c’est ma tronche. Et encore : si peu ! Sur cette photo-là, une date (imprimée, au dos, par la machine qui développe et qui tire les photos automatiquement) : nous sommes en 2001. Puisque je suis assis, on voit tous les plis, et on constate que je n’avais toujours pas le goût du sport, à l’époque, mais que j’avais celui des crêpes au Nutella et que je ne m’en privais pas (une autre photo de la même série l’atteste, mais je ne vous la montre pas). Je n’avais pas une mauvaise allure, non, mais tout de même, je trouve que je me suis arrangé avec l’âge. Ma grande sœur n’a pas eu besoin de s’arranger beaucoup, elle, parce qu’elle était déjà presque aussi belle qu’aujourd’hui. Bon, elle faisait un peu la gueule, parce qu’elle n’aimait pas les photos, mais on voit bien qu’elle est belle quand même.

Mes souvenirs de ces vacances, honnêtement, sont flous, et se chevauchent. Où nous résidions (au camping ? en appartement ?), je n’en sais rien. Je confonds ces deux étés, et je les mêle à d’autres, passés au bord d’autres mers. Je me rappelle seulement la plage, les baignades. Les crêpes. Nous ne devions pas faire grand-chose d’autre. Et on aimait ça. C’était bien.