Vendredi 21 octobre 2005

Une journée très importante.

C’est le dernier jour avant les vacances. Nous avons cours seulement le matin : c’est « style ». Moi qui ne me sentais pas à ma place dans ce cours, je prends confiance en moi aujourd’hui. La prof dit que mon travail est « à la fois sensible et conceptuel ». Ah bon.

À midi, on prévoit d’aller au cinéma voir Wallace et Gromit. Nous mangeons au McDo ; il y a Lydia, Camille, Étienne, Kim, Flore et moi. Avant le cinéma, nous faisons un crochet chez Camille. Il y a cette discussion entre Lydia et moi, pendant le court trajet de chez Camille vers le métro :

Elle. — Tu as une copine ?
Moi. — Non.
Elle, plaisantant. — Si tu veux, je peux t’arranger un coup ? Avec Camille… ou Flore… ou qui tu veux ?
Moi. — Non merci, ça ira !
Elle. — Ou un garçon ? Étienne ?

Nous plaisantons un peu, puis passons à autre chose. Quand un silence survient, j’en profite pour lui glisser, à elle seule : « Tout à l’heure, tu l’as dit en plaisantant, mais tu avais raison : a priori c’est plutôt les garçons qui me branchent. »

Au moment où je prononce ces mots, une sensation très étrange me prend. En y repensant plus tard, j’ai réussi à la comparer à une sensation connue : parfois, le soir, quand je sens le sommeil m’envahir et qu’un rêve commence, il arrive que je m’éveille brusquement, au bout d’une seule seconde de sommeil. Je suis réveillé par le sentiment, dans mon rêve, de tomber, de perdre pied ; alors que je suis bien stable en réalité. Quelque chose se décroche en-dedans, un vide se forme et m’aspire. Je m’éveille et je sens mon cœur battre à toute allure. Quand j’ai prononcé ces mots, j’ai éprouvé ce sentiment de perdre pied. Un grand vide s’est formé en une fraction de seconde à l’intérieur de moi, puis s’est comblé peu à peu. C’était bon.

En entrant dans le métro, on en a discuté un peu. Elle était contente de voir que j’avais envie de lui en parler. Puis, cinéma (sans Flore, mais avec Célie). Le film était excellent. Nous nous séparons en nous donnant rendez-vous le soir même chez Camille, qui organise une petite soirée.

Chez moi, je dessine trois pages dans mon carnet rouge, dont une à propos de ce que j’ai dit à Lydia. Je lui ai dit que je lui montrerai ce carnet ce soir.

Chez Camille, donc. Je passe une très bonne soirée, mais je ne raconterai pas tout ici ; je vais rester centré sur ce sujet. Je montre le carnet rouge à Lydia, qui est très intéressée. Elle me dit qu’elle a parlé de moi à Célie cet après-midi, et que Célie n’avait pas très bien compris, en fait, ce que j’avais voulu lui faire comprendre. Bon ! Maintenant, elle sait. Je suis seul avec Lydia, puis Célie arrive justement. Je lui remontre mon carnet pour qu’elle voit les nouvelles pages. Camille regarde aussi : ça y est, elle sait, mais je n’ai pas vu à quel moment elle regardait. Ça s’est fait tout seul. Amandine veut voir. Elle lit tout avec attention. Elle est intriguée, car je m’exprime à demi-mots : c’est comme mon journal, c’est écrit de moi à moi-même. Enfin, elle arrive à la dernière page (à propos de cet après-midi), où je suis vraiment explicite. Elle trouve ce que je fais « courageux ».

Je passe la nuit chez Camille. Lydia et Amandine aussi. À neuf heures, je me souviens qu’Amandine doit prendre un train : je la réveille, elle part immédiatement. « T’es vraiment un pote », elle me dit. Puis, Camille et Lydia se lèvent, vers 9h30. Il est tôt. On passe la matinée à discuter, on prend notre petit déjeuner, on range l’appartement. Je montre Depuis que je sais ce que je suis. On parle de ça tous les trois. Je me sens très bien. On se fait des pâtes à midi, et à 13 heures on se sépare. Elles retrouvent Célie ; moi, je rentre chez moi.


Cette rubrique « Carnets » reprend le journal que j’ai commencé à tenir en 2003. Dans ce carnet no6 (intitulé Mieux dans mes baskets, mieux dans ma vie, 3 août – 25 novembre 2005), j’ai dix-sept ans.

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4 commentaires

  1. Toujours ces mots justes pour décrire cette sensation qui naît au moment où l’on se dévoile.
    Le titre de ce Carnets 6 prend peu à peu son sens…

  2. Je voulait dire touchant, cher Antonin. Ou alors, c’est ton écriture qui me touche toujours en plein cœur sensible +++

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