Antonin Crenn

Tag: Travail en cours

Dans la vie

J’ai rencontré quelqu’un qui porte le même prénom que le personnage avec lequel je vis en ce moment. Je ne savais pas qu’il portait ce prénom-là, avant qu’il me le dise, parce que je l’ai connu sous un pseudo. C’est au bout d’une heure que nous parlions, au café, qu’il m’a expliqué que son vrai prénom (celui que lui donnent ses amis, sa famille), c’en est un autre. Et moi, bêtement, je lui ai posé la question qui est systématiquement posée à mon personnage au sujet de son prénom (et qu’on lui pose, à lui aussi, à chaque fois : il me l’a fait remarquer). J’ai réalisé alors deux choses : 1. que l’idée que j’ai eue de cette réplique (dans mon récit) n’est pas originale ; 2. qu’elle est crédible, puisqu’elle existe dans la vie.

Le samedi précédent, c’était R. qui me scotchait avec une réflexion qui lui était venue, à propos des personnes qui ont disparu et qui, tant qu’on pense à elles, sont tout de même présentes et font partie de la vie. Ça ressemble drôlement au sujet sur lequel j’écris. Là aussi, je me suis dit : 1. que l’idée n’était pas neuve (je m’en doutais, évidemment) ; 2. que la manière dont R. la formulait, c’était exactement la manière dont je voulais qu’on l’éprouve en me lisant. Et le truc qui m’a scotché, c’est que R. est un enfant. Comme moi, finalement (c’est-à-dire, comme le personnage qui n’est pas moi, mais dont ceux qui me connaissent penseront que c’est moi quand ils me liront ; je me comprends).

Être d’accord

Je corrige, je réécris. Puis j’écris « ah, oui, tu as raison » ou bien « je suis d’accord » dans les commentaires du traitement de texte.

Quand j’ai terminé L’épaisseur du trait la première fois, je savais bien qu’il n’était pas terminé. La deuxième fois non plus. Mais je ne savais pas comment aller plus loin. Comment l’améliorer, mon texte. Comment aller au bout de mon projet. Mais, au fait, c’était quoi mon projet ?

Et puis Guillaume est arrivé, et il a ajouté plein de commentaires partout sur mon manuscrit. Ça m’a fait un peu peur. Mais, bon, c’était ce que j’attendais, après tout : que l’éditeur m’aide à y voir plus clair. Et le phénomène magique, dans cette histoire, c’est que j’étais d’accord avec presque tous ses commentaires. Même (surtout) quand il s’agissait de couper. De nettoyer les tics, les parasites.

C’est beau, d’être d’accord — et de le dire. C’est précieux. Parce que c’est vachement intime, ces tâtonnements, ces hésitations. Je propose un truc : « et si je l’écrivais plutôt comme ça ? » : c’est intimidant. On ne livre pas ça à n’importe qui. Si je n’avais pas confiance, je garderais ça pour moi, et le travail n’avancerait pas.

Il y a ces passages que j’aime bien, mais qui n’ont rien à faire là : c’est ça, le plus dur. Je voyais que ça clochait, mais je les aimais quand même — pour un tas de raisons (mon état d’esprit au moment de les écrire, par exemple).

Maintenant, j’y vois clair. J’ai mieux compris ce que c’était, mon idée de départ. J’ai retiré les trucs qui n’avaient rien à faire dans ce projet, et ajouté d’autres qui participaient à creuser mon sillon.

Au final, je crois que je peux le dire : c’est bientôt fini. Si Guillaume est d’accord.

La chasse aux coquillettes

On relit cent fois les mêmes phrases et on trouve quand même des coquilles, comme le nez au milieu de la figure — ça fait partie du jeu. Là, c’est une page du Héros et les autres, à paraître chez Lunatique à l’automne.