Antonin Crenn

Tag: Pier Vittorio Tondelli

Liste : lectures de mai

Pier Vittorio Tondelli. Rimini.
Raymond Queneau. Les fleurs bleues.
Mario Rigoni Stern. Histoire de Tönle.
Cathie Barreau. Écoute s’il neige.
Didier Daeninckx. Cannibale.
Jacques Roubaud. Ode à la ligne 29 des autobus parisiens.

Ailleurs et Longtemps

Ça commence comme une journée pour rien, morne, je ne sais pas pourquoi ça me tombe dessus comme ça, parfois. Je me sens comme une limace (je me comprends). Pas plus de raison aujourd’hui, plutôt qu’un autre jour, d’être triste ou gai. C’est dimanche, le temps est bon, hier samedi on a vu des amis, plusieurs, en des lieux différents et agréables. J’ai de nouveau envie d’être sociable. J’ai lu « La Trentième année », une nouvelle dans le recueil du même titre, par Ingeborg Bachmann. Pourquoi ? À cause d’une référence à ce texte dans un autre texte, de Pier Vittorio Tondelli, qui me fascine — j’ai dû commander La Trentième année à la réserve centrale des bibliothèques, ils l’ont fait sortir des oubliettes pour moi. Il y est question de sujets importants, d’avoir trente ans, de grandir ou de vieillir (c’est presque la même chose), de partir pour revenir (à Rome, par exemple, comme moi à vingt-sept ans). C’est mélancolique, c’est beau comme tout.

Ce n’est pas du tout de cela que j’ai besoin aujourd’hui (partir) : c’est très loin de mes désirs. Ça me touche, pourtant, comme une métaphore. Il y a d’autres manières d’aller loin, d’aller ailleurs, et de revenir. Et ça, j’en ai besoin.

Ça commençait comme une journée un peu triste, sans savoir pourquoi. On a marché dans les 11e et 10e arrondissements, la rue Saint-Maur puis Belleville et le Colonel-Fabien. À la librairie Longtemps, le libraire est l’ami d’une amie, qui lui a parlé de moi, alors il m’a accueilli très chaleureusement cet après-midi et la perspective d’organiser un petit quelque chose pour moi dans sa librairie, bientôt, se profile plutôt bien (j’en reparlerai). Ça, ça m’a fait beaucoup de bien. Et puis, j’ai vu sur Place des libraires que Le Héros était déjà présent en quelques endroits, alors qu’il n’est censé sortir que dans une semaine. On a été à la librairie (pardon, le store) du MK2 du Quai de la Loire : il ne faut pas faire ça, normalement, parce qu’on est toujours déçu quand on s’aperçoit qu’il faut fouiller une demi-heure pour trouver son bouquin, planqué dans un rayon. Mais là, étrangement, il était sur la table, en évidence. Ça aussi, ça m’a fait du bien.

À une terrasse du quai de Valmy, en attendant 18 heures (l’heure de cette lecture à laquelle, par chance ou par hasard, nous avons été invités, qui sera un moment génial et à la suite duquel une conversation aura lieu, à propos de Pier Vittorio Tondelli), une dame cherche sous la table à côté de la nôtre le diamant qu’elle vient de perdre. « Un vrai ? », on demande. « Oui », elle répond. On est un peu étonnés, mais bon.

J.-E. relit mon livre, qu’il n’avait lu, jusqu’ici, que sous la forme du manuscrit, sans retouches. Moi, je ne l’ai pas encore lu depuis que c’est un livre (un objet, je veux dire, fait de papier, d’encre et de colle), je l’ai tout juste feuilleté. À la terrasse du quai de Valmy, je lis Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, de Virginie Gautier, que j’ai acheté l’autre soir à une autre Terrasse, celle de Gutenberg. Il est question là aussi d’aller ailleurs, d’aller loin, de partir longtemps : de traverser des villes, des espaces, des paysages. De s’y arrêter sans pourtant s’y installer. D’éprouver la forme et les strates des villes, des chemins.

J’ai été de la Bastille à la Villette en suivant les boulevards, je suis retourné à la Bastille par le canal. Il était riche, ce dimanche, et j’ai encore vieilli (ou grandi : c’est presque pareil).

Liste : lectures de septembre

Louis Aragon. Les cloches de Bâle.
Marc Bernard. Vacances.
Mathieu Riboulet et Patrick Boucheron. Prendre dates.
Joachim Séné. Village.
Pier Vittorio Tondelli. Biglietti agli amici.
David Bosc. Relever les déluges.
Sarah Roubato. Trente ans dans une heure.
Vercors. Les armes de la nuit.
Thierry Moral. Phare intérieur.