Antonin Crenn

Tag: Passerage des décombres

Du commerce

Il y a des gens qui me connaissent et qui pensent que je ne suis pas timide : c’est parce qu’ils me connaissent mal. Hier, je suis parti avec mon livre (Le Héros et les autres) dans mon sac, histoire de garder les mains libres pour prendre mon courage avec (à deux mains). Je n’aime pas ça du tout, parler de moi à un libraire (me vendre).

Combien de fois suis-je entré dans une librairie en pensant « Je vais leur parler de mon bouquin » et ressorti sans avoir rien dit ou, pire, après avoir acheté un livre ? Je ne le dirai pas.

Hier, j’ai été à la facilité (pourquoi se faire du mal ? c’est assez difficile comme ça) : j’ai été aux Mots à la bouche. L’an passé, mon Passerage des décombres était resté deux mois en vitrine (souvenir) et, depuis, il est toujours placé près de la caisse (je le savais, puisque je l’avais remarqué samedi soir, quand nous avons fait visiter la librairie à J. & J.). Alors j’ai dit, en montrant le Passerage : « Vous vous rappelez ? C’est moi qui ai fait ce livre » (« fait ce livre » ? c’est pas un peu nul, comme expression ?). Heureusement, le garçon qui était là (celui qui m’avait accueilli la première fois, quand j’avais présenté le Passerage) m’a dit que oui, il se rappelait. « Alors je viens vous présenter mon nouveau livre », j’ai dit.

« C’est mon premier roman, c’est une histoire d’adolescents, une sorte d’amitié amoureuse ». (Là, c’est le moment du pitch : un moment pénible parce que tout ce que je dirai me semblera ridicule, réducteur : si j’ai eu besoin de 68 pages pour raconter mon histoire, c’est précisément parce que je ne sais pas la raconter en une phrase. À un journaliste du Lot, à qui j’envoie ce même livre aujourd’hui, je dis : « C’est une histoire qui a pour décor Saint-Céré et ses environs » : suis-je vraiment en train de parler du même livre ?)

Il me demande s’il y a un thème gay dans mon livre. Je ne l’aurais pas dit comme ça ; pourtant, il est évident que oui, il y a quelque chose de gay là-dedans, sinon je ne serais même pas venu le présenter dans cette librairie (je ne leur avais pas montré Les Bandits). C’est bizarre, après coup, d’attribuer cette étiquette à un texte que j’ai écrit d’une manière tellement intuitive, tellement instinctive, sans savoir du tout ce que je voulais dire. Évidemment, il n’est question que de sentiments dans ce roman — de sensualité aussi, un peu — et c’est une histoire de garçons, car je parle de moi, de ce que je connais et de ce que j’aime. J’aurais aimé lire ce livre à quinze ans, sûrement.

Il me demande (il est très gentil) si cela veut dire que c’est un livre pour les adolescents. Je lui dis que non, pas forcément, mais que « ça peut ». « Je crois que c’est lisible par des jeunes, mais ce n’est pas forcément que pour eux que je l’ai écrit, ce n’est pas ma cible ». (J’ai dit « ma cible ? » horreur !) Je lui dis que j’ai un copain prof (et là, je parle de P.-E.) qui l’a lu (et aimé) et qui voudrait le faire lire (et aimer ?) à ses élèves, qui ont entre quinze et dix-huit ans.

J’explique que je serais content qu’il commande mon livre pour qu’il soit présent ici, disponible, et que je puisse dire aux copains de passer l’acheter dans cette librairie — c’est ce que j’avais fait avec Passerage. « C’est vrai qu’on l’avait bien vendu », il me dit, et il regarde dans l’ordinateur : « 22 exemplaires, c’est un bon score, la moyenne c’est plutôt 0,5 ! ». Il est très gentil, décidément, il fait ce qu’il faut pour me mettre à l’aise (il a dit score, comme pour parler d’un jeu, au lieu de dire seulement chiffre, à moi qui ne les aime pas, les chiffres).

Je crois que je ne me suis pas fait violence en vain : il y a des chances pour que vous le trouviez aux Mots à la bouche, mon Héros (c’est qui, le héros, dans l’histoire ?)

La passerage existe

La passerage existe : j’en ai vu aujourd’hui.

Je suis forcé d’avouer qu’avant cette découverte, je n’en avais jamais vu. J’avais lu le nom « passerage des décombres (Lepidium ruderale) » dans une liste (pour être précis : dans l’inventaire floristique d’un relevé d’observation effectué à Paris) et je m’étais dit : voilà un titre. Je l’avais lu, donc. Mais vu, ce qui s’appelle vu, non, jamais.

C’est dans le village de Léhon, proche de Dinan, que je suis tombé sur elle. Le jardin de l’abbaye Saint-Magloire (grâce lui soit rendue) est aménagé à la mode médiévale, dans le genre « jardin de curé » ou « jardin de simples », avec des pancartes indiquant le nom — et parfois les vertus — des plantes cultivées.

Oh, bien sûr, je sais déjà ce qu’on me dira : cette passerage-là est une passerage-tout-court (Lepidium sativum), pas une passerage des décombres. N’empêche : je suis bien content de l’avoir vue.

Et puis, si ça se trouve, il y en avait aussi des passerages des décombres, à Léhon : dans les vestiges tout proches du château ruîné. C’est sur ces tas de pierres-là qu’elles prospèrent, dans les terrains vagues et les friches — mais aucune pancarte ne les signale. On doit seulement les deviner, ou bien les inventer.

Les jeunes lecteurs

Des jeunes gens ont lu des livres : quelques dizaines (de jeunes gens) et une dizaine (de livres). Quel âge a-t-on, en classe de seconde ? Quinze ans, je crois. Ils ont aimé certains de ces livres (peut-être même tous) et ils en ont parlé ensemble (avec passion ? peut-être — avec enthousiasme, au moins, j’en suis sûr) et ils en ont choisi un.

Comme je suis fier ! Parce que c’est mon premier prix, pour mon premier livre. Et parce qu’ils sont jeunes, ces lecteurs. Je crois que ces jeunes lecteurs ont lu par goût, et seulement par goût ; que ce prix n’a aucun enjeu, pour eux, parce qu’ils ne me connaissent pas ; et que leur choix, alors, a la beauté d’un élan sincère, gratuit, généreux.

Une chose qui m’émeut. Les personnages de Passerage des décombres ont, eux aussi, quinze ans, ou peu s’en faut ; je leur prête des sentiments puissants, naïfs, que je crois très purs. Que ces jeunes lecteurs aient été touchés par l’histoire que j’ai racontée, cela me laisse croire que je ne suis pas tombé trop loin d’une sorte de vérité — mais la vérité, je n’y crois pas, alors disons seulement : que ma sincérité d’auteur a touché leur sincérité de lecteurs, et inversement.

Une chose qui m’épate. Ils m’ont écrit ceci : « Cette nouvelle nous a beaucoup touchés en ce qu’elle est l’histoire d’un amour secret entre deux garçons de notre âge […] » (je ne transcris pas la suite, je la garde jalousement). Je repense à l’époque où j’avais quinze ans. Dans mon lycée, à supposer qu’on eût fait lire ce texte-ci à mes camarades et à moi, rien que de parler de ce sentiment aurait fait ricaner tout le monde ; aussi, que l’un ou l’une d’entre nous ait pu dire tout haut « j’ai aimé cette histoire » ou, pire, « j’ai été ému par cette histoire », ç’aurait été d’un courage inouï. Quant aux jeunes lecteurs de Royan, alors, de deux choses l’une : soit ils sont plus sensibles, plus intelligents, plus dégourdis que mes camarades de lycée (ils n’ont pas l’idée, l’envie ou l’intention de ricaner), soit ils sont plus courageux (ils se moquent pas mal de ce que pensent les idiots). Dans tous les cas, leur choix m’a beaucoup touché, pour reprendre leur mot.

Merci ! Merci à vous, mes jeunes lecteurs, parce que je suis vachement touché. Vraiment. Moi qui suis un jeune auteur, et qui ai deux fois (!) votre âge.

Quand j’avais la moitié de mon âge.

« En bref, une nouvelle pleine de tendresse, de sincérité, un peu mélancolique et surtout très touchante »

« L’auteur nous emmène ici dans un endroit à l’abandon, un endroit où la nature a repris ses droits alors qu’autour, tout continue d’évoluer, de bouger, de changer. Tout sauf cet endroit où deux jeunes garçons viendront jouer, rêver, grandir, se découvrir et découvrir l’amour. Un endroit qui gardera en mémoire une partie de leur histoire, leurs jeux d’enfants et bien plus encore. Une belle histoire sur les souvenirs d’enfance écrite avec simplicité, douceur et sincérité. En bref, une nouvelle pleine de tendresse, de sincérité, un peu mélancolique et surtout très touchante. »

Lu sur le blog de Ma little clémentine à propos de Passerage des décombres.

« Jusqu’au moment où il faut grandir »

« Passerage des décombres d’Antonin Crenn est une nouvelle surprenante qui nous plonge avec justesse, en quelques pages, dans les souvenirs d’enfance, les jeux et leurs douceurs parfois piquantes, jusqu’au moment où il faut grandir. »

C’est Ricky Bouquine qui le dit sur Instagram après avoir lu Passerage des décombres grâce à son abonnement Exploratology.

« Ça se lit en dix minutes et pourtant cela marque le lecteur pendant longtemps »

… dit un lecteur ou une lectrice inconnus sur Booknode, à propos de Passerage des décombres — et cela me fait drôlement plaisir.

Le coup de vieux

Vous voyez cet empilement de béton ? Avant, c’était un pont de pierre, le pont du chemin de fer de ceinture : trois arches à demi effondrées et surmontées d’un talus vert, sauvage et touffu. C’est ce lieu-là que je décris dans Passerage des décombres — eh bien, il a disparu. Envolées, les arches de pierre. Sur la deuxième photo, prise en 2014, on voit aussi les silos à ciment (feus les silos), démolis depuis. Là, je prends comme un coup de vieux.

Allée Paris-Ivry (rue Jean-Antoine-de-Baïf et boulevard du Général-Jean-Simon), Paris.

Best seller

Mon Passerage des décombres est dans la liste des best sellers de Charybde (vous savez, la meilleure librairie du monde, et de la rue de Charenton en particulier). Merci à mes lecteurs : vous êtes chics. À moi la fortune !

Passerage dans l’avion

Curiosité : alors que son auteur n’aime pas du tout l’avion, le Passerage des décombres, lui, a été vu en plein vol entre Paris et Berlin (merci à Marion pour la photo). N’est-ce pas fou ? Rappel : ce livre est si petit qu’on peut aussi le lire dans un autobus. Par exemple, entre Bastille et la porte de Montempoivre. On l’aura même sûrement déjà fini à Daumesnil, à cause des bouchons.

« Cette nouvelle est un petit bijou de sincérité. »

« Cette nouvelle est un petit bijou de sincérité. le narrateur s’exprime dans une langue à la fois très simple, très orale et très précise. Rien n’est laissé au hasard, même s’il se plaît à se promener dans une ruine, une friche, un endroit où la nature reprend ses droits. Cette histoire est un duo avec son ami, son meilleur. On suit leurs parcours d’enfants et d’adolescents. Ils se cherchent, se trouvent, se rencontrent, s’aiment à leur manière. La friche est toujours là, témoin de l’indicible. C’est pour cela qu’on y retourne. Un lieu où la mémoire poursuit sa route. »

On lit ce commentaire sur Babelio.