Antonin Crenn

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Ça passera très vite

Ces derniers jours ressemblent étrangement à une tournée d’adieux. À l’approche de mon départ pour Luçon, on dirait que les gens qui m’aiment s’inquiètent. S’inquiètent-ils – au choix : de ne plus me voir pendant trois semaines ? ou bien de me savoir là-bas pendant trois semaines ?

Je dis à certains amis : « voyons-nous avant mon départ en exil », leur annonçant la date de mon train pour Luçon. En forme de blague. Mais, en fait, une résidence n’a rien d’un exil. Pour preuve : quand Napoléon a été condamné à l’exil, c’est sur l’île d’Elbe qu’ils l’ont envoyé, pas à Luçon – et moi, j’en reviens tout juste de l’île d’Elbe, où j’étais en vacances.

Jeudi, j’ai vu V. et R. : on a siroté du vin rouge en parlant de bouquins. R. m’a dit qu’elle était contente de savoir que ma résidence « se passait bien », que j’avais « plein de projets ». Puis, j’ai promis (à sa demande) qu’on se verrait rapidement à mon retour. Ça m’a fait plaisir. Vendredi, dans ce salon de thé (où je n’ai pas bu un thé, mais un café en provenance de la brûlerie au coin de la rue), j’ai demandé à G. ce qu’il écrivait en ce moment, car nos discussions me donnent toujours de l’énergie, elles m’ouvrent des perspectives insoupçonnées. En gros : elles chargent mes batteries. Et ça tombe à pic, à quelques jours de mon départ. J’avais envie de le voir, pour ça. Et puis, j’avais envie de lui parler du projet top secret que Guillaume et moi ourdissons dans l’ombre : il a eu l’air de trouver ça marrant. Je ne peux pas en dire trop pour le moment, mais ça a un rapport avec ce que j’écrivais ici et avec le désir de conquérir les cœurs et les corps grâce à la littérature. Rien que ça, oui. Le temps a passé vite, avec G., à tel point que j’ai dû prendre le métro par peur d’arriver en retard à mon rendez-vous, juste après, avec F. au café des Anges. Il se trouve que F. m’a vu à l’œuvre, l’an passé, pendant mon tout premier atelier d’écriture, celui pendant lequel j’ai transpiré en trois heures toute l’eau que je bois, d’habitude, en deux jours. Tellement j’avais le trac. Il m’avait dit, à l’époque, que ça ne s’était pas vu. Depuis, on se suit de près, on se voit de temps en temps. Et moi, vendredi, je lui pose mille questions sur les élèves de son nouveau lycée (parce qu’il est prof), puis, après dîner, je lui montre la caserne de Reuilly : ça a l’air innocent, comme ça, mais pour moi ce n’est pas rien, cette promenade. C’était comme faire un tour de ronde. Donner un dernier coup d’œil aux lieux que j’aime et qui, dans trois semaines, auront déjà changé.

Rentrant de Saint-Denis, lundi, un message de L. qui m’attrape au vol : alors on stationne deux heures, ensemble, avenue de Clichy. J’avais déjà mis L. dans la confidence du projet secret avec Guillaume, et j’essaie de l’enrôler. J’ai bon espoir. Sur cette terrasse de bout de trottoir, on discute le genre de fantasmes dont il est question (ou non) dans les histoires que nous écrivons, et, de fil en aiguille (puisque la littérature et la vie, ce n’est certes pas toujours pareil, mais qu’au minimum ça se touche), on évoque des trucs vachement intimes en rapport avec nos vies à nous. Une conversation comme ça, ça nous laisse largement de quoi cogiter jusqu’à la prochaine, fût-elle envisagée dans plusieurs semaines. Et j’ai regardé l’heure et, à nouveau, j’ai été obligé de prendre le métro pour ne pas louper J., qui m’attendait déjà au café des Anges. Il se trouve que J. est vendéen, mais ce n’est pas du tout de Vendée que nous avons parlé. La Vendée, je vais en souper pendant trois semaines, alors, bon, vous pensez comme on avait d’autres choses à se dire, lui et moi.

Évidemment, j’ai envie d’être à Luçon. Et en même temps, évidemment, je préférerais rester ici. Je connais ce sentiment contradictoire. Je me connais. Ça me fait toujours ça. Même la veille de partir en vacances, je me demande : « À quoi bon ? ». Je me suis dit, bouclant le sac à dos cet été, que l’île d’Elbe était un endroit bien saugrenu pour y séjourner (Napoléon pensait-il la même chose ?) et que ça n’avait aucun sens d’aller là-bas. Et puis, après, que s’est-il passé ? Les vacances ont été belles. C’est-à-dire que les moments vécus étaient beaux ; qu’ils valaient le coup. Qu’ils avaient du sens. Alors à Luçon, bon, je me demanderai quelquefois : « Qu’est-ce que je fous là ? » – et c’est inévitable. Parce que, Luçon ou pas, je me pose toujours cette question où que je sois, quoi qu’il arrive. Je sais par avance que J.-E. me manquera, le soir. La journée, pas forcément. Mais, la nuit, oui, j’aurai envie d’être avec lui. C’est comme ça, je me connais. Et ça fait partie de l’expérience de cette résidence. C’est le jeu.

Je me souviens de cette nuit qui a précédé mon départ pour Rome, en 2015. C’était une sorte de première « résidence », bricolée maison, c’est-à-dire que j’avais pris quatre semaines de congés pour partir seul, pour vivre seul et écrire. La différence avec une vraie résidence, c’était que personne ne m’attendait là-bas, j’avais inventé le truc moi-même. C’était prévu comme une expérience initiatique : il s’agissait de voir si je serais capable d’écrire sérieusement pendant une période longue ; et de vivre seul. Mon train partait à six heures-et-quelques du matin, et cette nuit-là J.-E. n’était pas avec moi (nous nous étions fait nos adieux la veille). Alors, j’avais si peur de ne pas me réveiller à l’heure (non : en vrai, j’avais seulement peur d’être seul) que j’avais demandé à O. et à L. d’attendre avec moi. De m’aider à passer, sans douleur, à travers ces quelques heures nocturnes. On avait bu des coups dans un bar, puis dans un autre, et on s’était séparés assez tard, me laissant juste le temps nécessaire pour repasser chez moi, prendre une douche et attraper ma valise avant de filer à la gare de Lyon. Juste assez de temps pour accomplir ces tâches pratiques. Et juste assez de temps pour, sous la douche, pleurer une bonne fois pour toutes, afin de n’avoir plus à le faire quand je serais là-bas. De ne plus avoir peur, ni être triste, quand je serais seul.

À Paris, il pleut sur mon velux. J’écris ces lignes en me demandant comment sera la vue depuis ma fenêtre, à Luçon, et si j’aurai pu me débrouiller pour aménager un petit bureau dans ma chambre, à l’étage. En fait : je m’y vois déjà. Dire pour autant que j’ai hâte d’y être, je ne sais pas.

Tout de même : j’ai hâte de revoir ceux qui, au printemps, ont contribué à me faire me sentir « chez moi » à Luçon. Mais, j’ai hâte aussi – je n’arrive pas à savoir si « et surtout » – de me retrouver seul dans cette maison, dans cette maison beaucoup trop grande pour moi, dans cette maison au milieu d’une ville beaucoup plus petite que la mienne. Hâte d’être seul, oui. Et puis, hâte de revoir à Paris ceux que j’aime et qui m’aiment, quand tout ça sera fini, c’est-à-dire : après ces trois toutes petites semaines. Parce que, je le sais déjà : ça passera très vite.

Mes deux tiers de quintal

Les médecins aiment les chiffres. Chacun son truc, hein. Mais moi, je suis toujours étonné de constater que la conversation, dans leur cabinet, est tellement comptable. Ce matin, on m’a dit que je pesais soixante-sept kilos (je l’ai appris) et que j’étais haut d’un mètre quatre-vingt-un (ça, je le savais déjà : c’est écrit sur ma carte d’identité). On a mesuré la pression du sang dans mes veines (deux chiffres que j’ai oubliés), les battements de mon cœur (je n’ai pas retenu sous quelle forme on les exprimait). On m’a dit que je n’entendais pas très bien les aigus, aussi bien (aussi mal) d’une oreille que de l’autre. Mais on n’a pas parlé, à aucun moment, de ce qu’est ma vie – c’est-à-dire de ce qui fait que mon corps est tel qu’il est. Bon. C’était une bonne idée quand même : j’avais répondu à une invitation de la sécu pour faire un bilan complet.

Un bilan « complet », disaient-ils. Et il y avait un questionnaire à remplir, pour tout savoir de moi. Il me demande si je fume et, si oui, combien de cigarettes (mais je réponds non). Il me demande si je bois (je réponds oui) et combien de verres, de quelle boisson, les jours de semaine ; et combien le week-end. Alors, d’accord : je veux bien jouer le jeu. Va pour les chiffres. Mais pourquoi personne ne me demande ce que je mange ? Le proverbe le dit, et Guillaume le rappelle bien : on est ce qu’on mange. C’est-à-dire les aliments et le plastique qui les contient. Concrètement, moi, il y a trente-et-un ans, je pesais quatre kilos. Et, depuis, les soixante-trois kilos supplémentaires que j’ai gagnés, d’où viennent-ils ? Je ne les ai pas fabriqués tout seul, par la magie de la pensée. Ces soixante-trois kilos de molécules, eh bien, je les ai pris sur les tonnes de nourriture que j’ai avalés depuis trente-et-un ans (puisqu’ils aiment les chiffres, en voilà quelques-uns). Cette matière ingurgitée, j’en ai gardé une partie, j’ai jeté l’autre ; j’ai recomposé tout ça et c’est devenu : mon corps. Et le médecin qui étudie mon corps, aujourd’hui, ne me demande pas à partir de quel matériau je l’ai fabriqué, ce corps. Il se fiche de savoir quel genre de matières solides j’absorbe à hauteur de, je ne sais pas, un kilo par jour ; alors qu’il éprouve follement le besoin de savoir si les deux tiers de quintal que pèse mon corps sont intoxiqués par, disons, quelques grammes d’alcool ou de tabac (et il faut leur répondre au verre près, à la cigarette près, ce qu’on consomme) – et je ne nie pas l’importance de ces substances, évidemment, mais je m’étonne de la disproportion entre l’intérêt qu’on leur porte, et l’indifférence totale qu’on oppose aux autres. Ce fameux questionnaire est suffisamment précis pour mettre en relief la différence entre un quidam buvant un verre de vin par jour (y compris les week-ends) et celui qui boit deux bières par jour en semaine (et trois bières plus un apéritif les jours fériés). Mais il ne permet pas de distinguer celui qui avale tout rond un demi-bœuf cru chaque matin, d’un autre qui se nourrit exclusivement de bouillon de pissenlit. Je crois pourtant, moi, que la chose aurait une influence sur leur santé, à l’un et à l’autre. Mais ce n’est qu’une intuition, hein : je ne suis pas médecin.

Il fallait venir à jeun et le rendez-vous était à treize heures, alors j’avais la dalle. Puis, au bout d’un moment, j’ai eu le droit de manger et on m’a donné des trucs. Je me suis méfié des biscuits, parce que je ne savais pas avec quoi ils étaient faits (ils étaient emballés dans un plastique transparent, sans inscription), mais j’ai été rassuré quand j’ai vu la compote issue de l’agriculture biologique. Je me suis dit que la sécu, à défaut de s’intéresser à ce que je mange chez moi, ne m’obligeait pas pour autant à m’empoisonner chez elle. Il y avait toutefois plus de plastique que de pomme, dans ce dessert – toujours du plastique, oui : notre aliment de base.

On m’a donné un coup de marteau sur chaque genou : l’un des deux a bougé plus que l’autre, mais le médecin n’a pas tiqué. Bon. Ça veut dire que ça n’a pas d’importance. On ne saura pas si les réactions de mon corps ont un rapport avec ma préférence pour la ratatouille à l’ail plutôt que pour le canard au sang. Ou bien, si elles sont liées à une carence en glyphosate, ou à un excès de cacao équitable. Ou encore, au fait qu’il y a plus de jus de tomate que de globules de porc qui coule dans mes veines. Tant pis si ça ne les passionne pas. Mais je suis mauvaise langue : mes veines, ils s’y sont tout de même intéressés : ils ont fait un trou dans mon bras pour prélever deux ou trois cartouches de sang, et ils vont leur faire subir des tas d’examens. Ils vont les cuisiner, les torturer pour les faire parler. Puisque je n’ai rien dit, moi, pendant ces deux heures, alors c’est mon sang qui parlera à ma place. Et de cet interrogatoire, ils tireront de beaux tableaux plein de chiffres. Et ça ne me déplaît pas, à moi, les chiffres. De temps en temps. Si on peut caser des mots entre eux. Leur donner du sens. J’ai presque hâte de les recevoir, même, ces chiffres.

Ce qui reste du voyage

De ce voyage en Italie, je n’ai pas rapporté de spécialités locales. Seulement un demi-paquet de biscuits au chocolat et aux flocons d’avoine, issus de l’agriculture biologique, et une grappe de raisin : c’est ce qui est resté du pique-nique que nous avons fait hier soir dans le train, gardant un œil sur les montagnes et l’autre sur les sandwichs. Et aussi : vingt centilitres d’eau de la fontaine publique de la place Carlo Felice, restés au fond de la gourde. Nous les avons donnés à la plante verte en rentrant à la maison. Je n’ai même pas acheté un seul livre en presque deux semaines. Comment ai-je réussi à m’en empêcher ? J’ai acheté, tout de même, la carte de l’île d’Elbe et les plans de Livourne et de Turin.

Ce que j’ai rapporté, c’est dans la tête, comme disent les gens.

Non. Ce qui reste de ce voyage, c’est mon corps qui le dit le mieux, en vérité. Cette entaille au pied n’était finalement pas si profonde : quelques centimètres de long, mais un ou deux millimètres seulement dans l’épaisseur de la peau. Elle disparaîtra bientôt et c’est presque dommage, car ç’aurait été beau : garder sur la plante du pied une ligne presque invisible, un filet blanc d’une telle finesse que personne d’autre que moi ne saurait le voir, ni ne devinerait qu’il a été dessiné par les coquillages de Marina di Campo.

Ma main droite a dégonflé : pendant trois jours, elle était enflée et douloureuse. Vous la mettiez à côté de la gauche, vous regardiez les deux successivement et vous croyiez qu’elles n’appartenaient pas à la même personne. Ce n’est pas un moustique qui fait des trucs pareils. Je suis sûr que c’est arrivé l’après-midi de notre arrivée à Livourne, dans le parc du Cisternone. Le soir, J.-E. m’a dit : « C’est une morsure d’araignée ». Je ne l’ai pas cru. Mais j’ai fait des recherches, depuis, et je peux maintenant dire qu’il avait raison : j’ai été mordu par cette araignée aux dents vert fluo. Elle habite en Toscane et j’ai tous les symptômes. Son venin ne tue que les insectes, pas les humains – mais il provoque ce genre de réaction cheloue qui vous rend difforme pendant quelques jours. Pas de doute possible.

Hier, on a été attaqués au cimetière monumental de Turin : il n’y avait pas un chat. Aucun autre vivant, que nous, errant dans les allées minérales. Alors, ces saletés de moustiques se sont jetées sur l’aubaine (nos peaux). À un centimètre de la marque laissée par les dents vert fluo de l’araignée florentine, j’ai un bouton : je me rappelle très bien quel moustique me l’a fait. J’étais arrêté devant la tombe de Primo Levi, les bestioles s’abattaient sur nous, mais j’avais envie de rester encore une minute, quand même. Il m’a piqué. Et moi, j’ai espéré qu’il reste assez de venin de ladite ségestrie dans les capillaires de ma main pour que le moustique, suçant mon sang, s’intoxique. Que les toxines du venin digèrent les protéines de son corps malfaisant, de l’intérieur. Bien fait pour lui.

Ce que me dit mon corps, surtout, au retour de ce voyage, c’est que je n’ai jamais été aussi bronzé qu’aujourd’hui. La dernière fois que j’ai vue la dermatologue (elle a un fort accent russe), elle avait écrit sur la feuille de prescription : « phototype 1 : roux ». Je ne suis pas roux, pourtant, mais il est vrai que le soleil me fait le même effet qu’à eux : je crame avant de bronzer. Cette année, pour la première fois, je n’ai pas brûlé. Mon secret ? Allez, je vous le donne. C’est la première année où je n’ai pas été obligé de rester enfermé tous les jours dans un bureau entre 9h30 et 18 heures. Je sors si je veux, je travaille quand je veux. Alors, évidemment, je sors quand il fait beau plutôt que quand il pleut. Pas con, le mec. Une exposition progressive, donc. Et depuis la Vendée, au printemps, les rayons du soleil ont doucement accompli leur œuvre. Cette couleur-là, sur mon cou, je ne l’avais jamais vue. Ailleurs, c’est encore plus étonnant. J’ai même des taches de rousseur qui sont apparues dans des endroits que je ne vous montrerai pas. Mais, un tel résultat, c’est l’aboutissement de nombreux mois d’adaptation. D’adaptation à un autre mode de vie, plus libre. Ça doit être cela qu’on appelle : « être bien dans sa peau ».

C’était dimanche et c’était métaphysique

Au petit déjeuner, sur la Piazza Grande, à un moment j’ai dit un truc dans ce genre : « Je ne me fais aucune illusion là-dessus : tout ce qu’on fait, ça n’est jamais autre chose que d’occuper le vide de nos existences. Tant qu’à passer du temps sur cette terre, on essaie de donner du sens à tout ça. Il y en a qui font des enfants, d’autres qui écrivent des bouquins, qui se consacrent corps et âme à leur métier ou qui s’adonnent à des plaisirs frénétiques. Et ça ne rend pas ces activités moins nobles de savoir qu’elles servent à combler un vide. Et qu’elles ne nous rendront pas heureux. Ça leur donne presque plus de valeur, au contraire, parce qu’elles deviennent vachement métaphysiques, tout d’un coup. » J’ai dit ça à J.-E., oui, et je n’ai pas eu peur de dire le mot : métaphysique.

Un peu plus tard, il m’a demandé pourquoi j’étais triste (c’est vrai, je l’étais). Si ç’avait un rapport avec la conversation de ce matin. J’ai dit que non. Il m’a demandé ensuite s’il y avait quelque chose qui clochait, qui me perturbait, et j’ai répondu que rien de concret dans mon environnement n’était responsable de cet état : j’aime le lieu dans lequel nous sommes, j’aime être avec lui et j’aime ce que nous faisons ensemble. « C’est purement chimique, je lui dis, une molécule qui manque dans ma tête, un niveau qui baisse, une humeur qui change, c’est cyclique. » Cette envie (non : cette impulsion) de pleurer que je réfrène.

Pourtant, en y réfléchissant, notre décor a tout de même quelque chose à voir avec l’état de mon esprit. J’y crois. Non pas qu’un facteur extérieur puisse vraiment influencer mon émotion présente, mais plutôt qu’il en soit le révélateur, ou le miroir. C’est dimanche à Livourne (ailleurs aussi, j’en suis sûr) et tout est fermé. Dans les rues : le vide. Les portes : closes.

On pensait retourner au marché que nous avions découvert la veille au soir (une chanteuse interprétait Ma il cielo è sempre più blu sous la halle monumentale), mais il était fermé. La plupart des cafés aussi. « C’est la province », à dit J.-E. qui s’y connaît en province. Puis, nous sommes sortis du centre historique, avons traversé des quartiers déserts (pardon : on dit « résidentiels »). On a voulu visiter les cimetières. On a vu le cimetière israélite, dans un état de quasi abandon bouleversant, mais pas l’autre cimetière, le grand, dont le portail était fermé. Un cimetière qui ferme entre midi et quinze heures, vous avez déjà vu ça ? Moi, non. Ensuite, nous avions repéré cette église, San Ferdinando, à cause d’un groupe sculpté qui nous branchait pas mal : elle était fermée pour travaux. Bon. Mais, juste à côté, un truc m’a bien plu. C’est un pont enjambant le canal. Un panneau indique qu’il a servi de décor pour le film de Visconti : Les nuits blanches. Enfin presque. En fait, Visconti a reconstitué ce pont et ce quartier de Livourne dans un studio de Cinecittà, pour y tourner son film, adapté des Nuits blanches de Dostoïevski, dont l’histoire ne se passe pas du tout à Livourne mais à Saint-Pétersbourg. Ainsi, ce pont que nous avons vu aujourd’hui n’a pas servi de décor à Visconti pour tourner un film qui ne se passe pas à Livourne. Voilà. Et si quelqu’un veut encore me convaincre que quoi que ce soit a du sens sur cette terre, qu’il n’hésite pas : je suis là pour l’écouter.

Cette nuit a été agitée. J’étais, dans mon rêve, très perturbé par des événements par lesquels je ne croyais pas être préoccupé. J’étais secoué par une crise de sanglots impossible à maîtriser : je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, car il me semblait que j’étais absolument serein vis-à-vis des choses qui se passaient dans ce rêve, en rapport avec plusieurs projets professionnels que j’ai dans la vraie vie et pour lesquels je suis en attente de réponse (une attente qui ne m’inquiète en aucune manière, me semble-t-il). C’était le corps qui se rebellait et qui me révélait l’état véritable de mon esprit, que ma raison me cachait. J’étais angoissé sans le savoir. Cette nuit, J.-E. me dit que j’ai même parlé en dormant (ça m’arrive rarement). Est-ce que je fais confiance en mes rêves pour m’avertir au sujet de mes inquiétudes véritables ? Je ne sais pas. Mais je fais confiance à mon corps pour ça. Lui qui n’est fait que de matière, il sait de quoi il s’agit quand je parle de « combler un vide » ou d’« aller quelque part », ces expressions qui transposent des questions philosophiques dans la dimension matérielle — qui donnent de l’épaisseur à la métaphysique.

Notre promenade s’est achevée en bord de mer : cette terrasse pavée de milliers de carrés blancs et noirs, composant un damier si grand qu’il se perd dans la distance. Des lignes strictement orthogonales dont les parallèles finissent par se rejoindre à l’infini, à cause de la perspective (tandis que dans la dimension idéale, en géométrie, elles ne se touchent jamais). Une grille rassurante et inquiétante à la fois (c’est possible) sur laquelle est plantée un kiosque rond : un élément de décor en toc que j’imaginerais volontiers dans un tableau de De Chirico. Et cet assemblage mathématique, intellectuel, est ceinturé d’un genre de balustrade néoclassique qui le sépare de l’autre espace : l’étendue naturelle (et véritablement infinie) — la mer en mouvement, les vagues gonflées par le vent, l’horizon lointain. Le ciel bleu (parce que vide de nuages) et la mer bleue (parce que pleine d’eau) : rien pour arrêter le regard. C’était dimanche et, décidément, c’était métaphysique.

Fier, quand même

« Marrant, tout de même, cette idée d’être fier de quelque chose qu’on n’a pas choisi d’être » : c’est une remarque idiote, évidemment, mais je l’entends parfois et, comme elle est idiote, elle mérite à chaque fois qu’on en cause, et plusieurs fois je l’ai fait (en causer). Et ces jours-ci, j’y réfléchis plus souvent que d’habitude, parce que c’est juin, c’est le « mois des fiertés » et qu’à chaque coin de rue s’affichent des drapeaux, des affiches, des injonctions : « sois fier ». En particulier ici.

Ce que je suis, ce n’est ni mieux ni moins bien que ce que sont les autres. Alors, fier de quoi ? Fier d’avoir choisi, non pas d’être ce que je suis, mais d’être fier de l’être. Une mise en abyme, donc. C’est simple : la fierté comme une arme de défense. Le rempart contre la honte. Quelle honte ? Honte de quoi ? On n’a pas honte d’être comme tout le monde, alors on n’a pas de raison d’en être fier non plus : c’est comme ça, c’est tout, et c’est ça qu’ils ne pigent pas, ceux qui ne pigent pas, parce qu’ils se sentent précisément comme tout le monde, légitimes, à leur place.

Moi, je n’ai jamais eu honte d’aimer les garçons, puisqu’on ne m’a jamais appris que c’était mal. J’ai eu cette chance – contrairement à A., par exemple, ou à cet autre A. aussi, qui ont mon âge et qui, eux, en ont bavé. Mais, j’avais plein d’autres raisons de pas me sentir « comme tout le monde » quand j’étais môme, plein de raisons qui ont pu se cristalliser plus ou moins dans celle-ci, qui les surpassait toutes. Voire : qui les résumait – dans mon esprit, du moins, et peut-être dans celui des autres. Et ce n’est pas évident, au début, de comprendre que « différent » ne veut pas dire « mieux » ou « moins bien » – les deux options contraires étant équivalentes, au fond, car elles aboutissent au même résultat : être en dehors du groupe. De la bande de chouettes copains. De la masse. De la foule. Des hordes d’animaux hostiles. De la majorité des moutons. C’était tentant, alors, de me sentir fier ou honteux de toute chose qui me distinguait de la masse. Fier d’être nul en foot, et de ne pas même avoir envie d’y être bon. Honteux d’être le premier de la classe. Fier de me faire punir quand même, exprès, malgré ça. Fier d’avoir, sur chaque chose, une opinion bien sentie. Honteux de me prendre le ballon dans la gueule quand on me l’envoyait. Fier de recueillir les confidences des amis. Honteux de n’avoir pas de choses aussi croustillantes à leur raconter. Fier d’avoir lu, à quinze ans, plus de livres que la plupart des autres en une vie. Honteux de me montrer nu, ou presque, à la piscine. Fier de connaître ce désir étrange d’écrire, d’être un artiste, plutôt que de vouloir entrer dans telle ou telle école pour laquelle les autres se battaient. Fier ou honteux de tout ça à la fois, et inversement. Ou indifféremment. Ah ! elle était floue, la frontière : il n’y avait pas loin, de « je vaux cent fois mieux que ces idiots » à « si seulement je pouvais leur ressembler »… Il n’y avait pas loin, non, entre le petit con prétentieux et l’insecte ridicule qui se terre dans son trou.

Il y avait ces autres choses dont je n’ai jamais été ni fier, ni honteux – parce qu’elles ne me différenciaient de personne, parce qu’elles allaient de soi : habiter là où j’habitais (dans un lieu qui me semblait le plus neutre du monde) ; avoir les amis que j’avais alors (qui me paraissaient des gens absolument normaux) ; être un garçon (car je n’en ai jamais douté et, surtout, ça n’a jamais été remis en cause par les autres, malgré le foot, malgré tout, par des attaques d’aucune sorte).

Puis, tout le reste, peu à peu, est venu s’ajouter à cette courte liste. Les choses dont j’avais été à la fois fier et honteux, une à une, sont passées de l’autre côté : du côté de ce qui ne pose pas problème. De ce qui est « comme ça », c’est tout.

D’aimer les garçons aussi, j’ai été fier, brièvement, c’est vrai : quand j’étais malheureux (et ça a été bref, oui) : fier comme d’un stigmate, comme d’une marque fatale offerte par une sorte de providence. Ça confirmait mon destin maudit, mon instinct tourmenté. C’était vachement romanesque. Et puis, très tôt, je n’ai plus eu de raison d’être malheureux et, franchement, j’ai renoncé sans regret à mon intention lointaine de mourir un jour en artiste, de désespoir. Je n’ai pas cessé pour autant d’être fier de ce goût-là qui me définissait, mais fier d’une autre manière, et pour d’autres raisons. Une sorte de devoir que je me suis attribué, un supplément de sens. Le sentiment que cela ne concerne pas que moi, mais tous les autres. Que ce que je suis – ce que les autres perçoivent de moi – engage plus que moi-même. Par exemple : quand je cause de ce sujet, précisément, avec ceux qui ne se sont jamais posé ces questions (ceux qui feignent la naïveté : « mais pourquoi être fier ? », demandent-ils) : je leur montre que je suis fier, quand bien même je ne le suis que très modérément, juste pour qu’ils sentent combien j’ai le droit de l’être, et combien ceux qui voudraient l’être le méritent plus encore. Ou encore : ces moments magiques où j’étais face aux élèves, dans leur classe, pour leur parler de Martin et de Félix, et qu’ils étaient assez malins pour lire entre les lignes et comprendre de quoi ce sentiment était fait : j’ai conscience que je représente, dans ce moment-là, plus que moi-même. Que je suis potentiellement une figure, un ambassadeur. Et alors, pour ces autres que je représente malgré eux, je suis fier.

J’ai eu de la chance, et j’en ai toujours. Je le sais bien. Mais je n’ai pas seulement de la chance. J’ai aussi fait des choses, souvent, pour que ma vie soit comme elle est. Et pour être capable de l’assumer à cent pour cent, aussi bien quand je me regarde dans la glace que quand je parle de moi aux autres, ces fameux autres – qui, eux non plus, ne sont pas « comme tout le monde ». De ça, je suis fier.

Ces fantômes

Ce picotement entre les yeux, derrière, et là où le nez devient le front. C’est ça que je ressens. Je suis dans la rue des Francs-Bourgeois et il fait beau, je me dis que c’est le bon moment pour être ici, dans cette rue, cet endroit qui devient tellement épouvantable quand toutes les boutiques sont ouvertes, quand les touristes-de-masse déferlent. C’est vendredi matin. Il y a des touristes sympathiques, seulement. Pas encore les autres. Il y a des femmes de soixante, soixante-cinq ans, qui se promènent par deux ou trois : elles habitent en banlieue et ne connaissent pas Paris aussi bien qu’on pourrait le croire, elles sont de jeunes-retraitées-en-pleine-forme et font une sortie entre copines. Moi, je pense à ma mère. Qui a été retraitée pendant quelques mois et qui suivait assidûment les cours de l’université libre de Saint-Germain-en-Laye, pour rattraper les études qu’elle n’avait pas faites, mais aussi (je ne saurai pas dire « surtout » : je peux seulement deviner) pour tromper l’ennui, et puis pour le petit café qu’elle prendrait avec sa copine, après, en ville. Ce sont des touristes comme ça, ce matin. C’est pour ça que ça me pique.

Ce picotement, c’est ça que je ressens. Le truc qui pourrait me faire pleurer parce que là, au coin d’une rue, je pense à ça : on aurait pu profiter de ce soleil, ce matin. À l’écart des hordes du week-end, profitant de notre chance : d’être à la retraite, elle, et de faire ce que je veux de mon temps, moi. Je me rappelle qu’une seule fois j’ai déjeuné en terrasse, place du Marché-Sainte-Catherine : c’était avec elle, je ne connaissais pas bien le quartier, je venais de m’installer. Je n’aurais pas idée d’aller là, maintenant.

Ce truc derrière les yeux, dans le front, ça tape un peu. Parce que c’est aussi de la colère : c’est injuste. C’est dégueulasse. Moi, c’est au musée Cognacq-Jay que je vais, et je ne crois pas qu’on y ait été ensemble. C’est un peu kitsch, le musée Cognacq-Jay. Faut aimer les bibelots, les angelots, les grelots. Mais c’est une promenade, c’est joli. Il n’y a personne aujourd’hui, à cette heure-ci. Quasi désert. Seulement moi (et des fantômes).

Ces fantômes, ils vont, ils viennent. Il y a quelques années, j’avais aimé une statue ici, puis elle avait disparu. On m’avait dit qu’elle était descendue dans les réserves, qu’elle reviendrait peut-être un jour. Je l’ai retrouvée lors de ma dernière visite : elle a repris sa place. Mais ce n’est pas elle. Je ne la reconnais pas. Je veux dire : je la reconnais, mais ce n’est pas la même. Je suis sûr qu’elle était vachement plus grande avant, et que, là, c’est un modèle réduit. Une variante. Je dois me baisser pour regarder le personnage dans les yeux. Ça m’embête. De ne pas me souvenir mieux. D’oublier. J’aime pas ça.

Ce que j’aime, c’est L’accident d’Hubert Robert. Je l’aurais appelé, moi, Passerage des décombres. Mais ce n’est que moi. Titus est monté tout en haut de la ruine pour faire le malin, il a cueilli des plantes sauvages, puis il tombe, tout droit dans la tombe qui s’ouvre déjà à ses pieds. Cela fait deux cents ans qu’il tombe, deux cents ans qu’il va bientôt mourir. Il est en sursis : plus vraiment vivant, mais pas encore mort. Déjà parti, mais pas arrivé. Il est bloqué entre les deux. Comme les fantômes, mais à l’envers. Eux sont coincés dans l’autre sens : ils sont déjà morts, mais ils ne sont pas encore partis.

Je quitte le musée avant midi. Ç’aurait été bien, un déjeuner dehors, en terrasse ou au jardin.

Voilà, c’était beau

Dans le train, de retour pour Paris, je regarde les photos que j’ai prises ce matin à l’école de Rosnay. Les enfants ont exposé et lu leurs textes, c’était une belle fête. Ce qu’on ne voit pas sur les images, ce sont les cookies que l’un d’entre eux a faits exprès pour moi, et que j’ai mangés avant que les invités arrivent, pour ne pas faire de jaloux.

Tout était simple, chaleureux. On était contents d’être ensemble, et on le disait. C’était beau. Même le ciel, finalement, n’était pas si gris qu’on le croyait d’abord : un nuage s’est écarté juste quand les enfants allaient commencer à lire : ça tombait bien. Au même moment, les cloches de l’église ont carillonné : c’était drôle, c’était gai, mais ce n’était pas pratique du tout pour la lecture. On a attendu qu’elles cessent, car elles auraient couvert leurs petites voix.

Ils avaient l’air fiers d’eux, alors je l’étais aussi.

Suspendues à la corde avec les textes, j’ai découvert les photos que Nicolas, l’instituteur, a prises pendant les ateliers d’écriture. Je les partage avec vous complaisamment, pardon, parce que je m’y trouve bien. En les regardant, j’ai l’impression que ma présence dans cette classe est naturelle – quel sentiment étrange, pour moi, qui n’avais jamais fait ça avant ! – et c’est précisément cela que j’ai ressenti, sur le moment même : j’étais le bienvenu, à ma place, accueilli. Exactement comme sur ces images.

De cela aussi, je suis fier – voilà, tant pis, je l’ai dit.

Voilà à quoi je pense, dans le train du retour pour Paris. Et j’ai largement le temps d’y penser, d’ailleurs, car un arbre tombé sur la voie à Sablé-sur-Sarthe nous oblige à un détour par Saint-Pierre-des-Corps (je dis « nous », mais je ne suis pour rien dans la conduite du train, hein). Avec tout ça, J.-E. a poireauté presque une heure à Montparnasse, faisant dix fois le tour du quartier. Il m’a attendu, nous nous sommes manqués. Dans le bus qui nous portait jusque chez nous, je lui ai raconté tout ça, et j’ai ouvert mon sac à dos pour lui montrer les cadeaux que j’ai reçu le matin, à Rosnay – je ne vous dirai pas ce que c’est, à vous (c’est trop perso), mais dans l’un d’eux il y avait ce petit mot :

Voilà, c’était beau.

Prendre le bus (je me souviens de Noirmoutier et de Fontenay-sous-Bois)

J’ai acheté quelque chose d’absurde au vide-grenier. Comme si ma valise n’était pas déjà assez lourde, à cause des bouquins. Mais, j’aime les panneaux, les plaques de rue, quand les lettrages sont beaux. Et là, franchement, c’est beau.

Je me souviens de Fontenay-sous-Bois. Juline a habité là quand elle a quitté l’appartement où nous avons grandi. C’était un deux-pièces vieillot dans un immeuble en briques, ça craquait de partout, ç’avait beaucoup de charme. Pour y aller, il fallait prendre le bus 118 (couleur moutarde) à la porte de Vincennes, puis descendre devant le cinéma Kosmos. La vitesse du bus, elle, n’était pas kosmique du tout, il fallait des plombes pour arriver là-bas. C’était une expédition.

J’ai fait une recherche rapide sur le web, qui mériterait d’être fouillée. Il semble que la commune de Fontenay-sous-Bois avait un centre de vacances à Noirmoutier — plus précisément : au Vieil.

Je me souviens du Vieil. La première fois que nous sommes allés à Noirmoutier avec J.-E., c’était chez C. et Y., nos voisins de l’île (une autre île, à Paris, où nous habitions alors). Y. avait tenu à nous faire visiter les parages, il avait loué une voiture exprès. On avait fait le tour des villages, j’avais pris des photos (à l’époque, je publiais des images sur cet autre blog). C’était en février, il y avait cette brume épaisse qui enveloppait le paysage. Nous étions entrés dans la chapelle du Vieil et, là, je me souviens du tableau La pêche miraculeuse, d’un certain Henri Rousseau qui n’était pas douanier.

Pour venir jusqu’à Noirmoutier, on avait dû prendre un bus à Nantes. Il fallait des plombes pour arriver là-bas. C’était une expédition.

Je n’ai jamais été dans un centre de vacances. L’idée même de partir en « colonie », pour moi, aurait été une punition. J’imaginais pourtant assez bien à quoi cela pouvait ressembler, une colonie de vacances. Ce devait être un peu comme un voyage scolaire, par exemple : des enfants massés dans un car, pendant des plombes, pour aller à la Bourboule et visiter des volcans. Une expédition.

Demain, je ne prendrai pas le bus, mais le train. Heureusement. Tant que la gare de Luçon existe encore. Je changerai à la Roche-sur-Yon et, arrivé à Montparnasse, je me détesterai d’avoir acheté ce panneau qui pèse des tonnes. Je redouterai les escaliers du métro. Alors, je prendrai le bus pour rentrer chez moi : le 91 (couleur moutarde).