Antonin Crenn

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Le chemin qui bifurque

Les cartes topographiques IGN, ce n’est pas rien. La mienne est étalée sur la grande table de la salle à manger depuis le premier jour. Je m’y promène.

Aujourd’hui, vu le soleil de fou qui brille sur Luçon, je suis parti me promener en dehors de la carte : sur le territoire. J’ai quitté Luçon par la rue du Port, qui se prolonge dans la campagne. Juste après la dernière maison, j’ai tourné à gauche : une petite route bifurque vers les marais, se prolonge en un chemin mignon bordé de bassins : des oiseaux vivent là-dedans, ça bat des ailes à mon passage. La carte IGN prétendait que ce chemin aboutissait sur la piste cyclable le long du canal de Luçon, remontant ainsi vers la ville — eh bien, ce n’est pas vrai. J’en suis le premier étonné, mais je vous le dis comme je l’ai vu : la carte IGN ne dit pas la vérité. Il y a un canal étroit (mais infranchissable) qui sépare cet endroit de l’autre canal, celui longé par la voie cyclable. Tant pis, j’ai rebroussé chemin : l’endroit est joli, je ne suis pas fâché d’y passer une deuxième fois.

Cette photo n’a pas été prise d’ici, mais d’un autre endroit situé à proximité : le pré communal de Beugné-l’Abbé. Un peu selon le même principe : on va jusqu’au bout du chemin (qui est plus joli que l’autre, d’ailleurs), puis on retourne sur ses pas. Vous ne me croirez pas si je vous dis que j’y ai vu une cigogne, à nouveau. Mais, c’est la vérité. En plus, c’est à deux pas de la maison où je logerai au mois de mai : quelque chose me dit que je reviendrai traîner dans ce coin-là.

Deux minutes vingt-huit

On regarde cette vidéo et, comme par magie, on comprend d’un coup ce que je suis venu faire en Vendée.

Habiter / résider

« J’habite à Luçon » : est-ce une expression synonyme de « je suis en résidence à Luçon » ? Disons que oui. Habiter / résider. Habiter dans cette maison à Luçon, y être chez moi, cela commence-t-il lorsque j’y ai lavé mes chaussettes (et d’autres choses) pour la première fois ? Je l’ai fait, ça y est. Quand j’ai fait cuire des spaghetti (en l’espèce, c’étaient des penne rigate) sur la plaque électrique ? Je l’ai fait aussi, plusieurs fois. Les cintres, dans l’armoire de la chambre, sont dépareillés : je le confirme, et je les ai presque tous utilisés. Je ne me suis pas permis de punaiser quoi que ce soit au mur, mais j’ai placé à la verticale, appuyé sur l’écran de la télé, le livre de Pierre Herbart que je n’ai pas encore lu : la couverture dessinée par Pierre Le-Tan fait office d’image décorative, qui meuble l’espace pour le faire devenir mien.

Je relis Espèces d’espaces pour me rassurer, en pensant à mes ateliers d’écriture qui débutent demain. Je fais un tour en ville. Habiter Luçon, y être chez soi, quand cela commence-t-il ? Lorsque je sais, en passant dans telle rue, que j’ai envie de tourner dans cette direction-ci aujourd’hui, alors que j’avais plutôt envie d’aller dans cette direction-là hier ? Lorsque je sais que, plutôt que de me perdre chez Hyper U (au secours), j’aime mieux faire mes courses à l’Intermarché, car c’est une occasion de passer devant cet abandonné sublime qu’est l’ancien séminaire, habité par des corneilles, dont la charpente mise à nu me fait penser à un squelette de baleine comme on les expose au muséum.

Ma bobine

Un déluge de grêle : ça pour une giboulée, c’est une giboulée. Puis, grand soleil. Je sors, j’achète Ouest France parce que je sais que ma bobine est dedans, dans les pages magazine du dimanche — je l’ai vu sur le web avant de sortir. Jeudi soir, au lancement de ma résidence, la journaliste et moi n’avons échangé que trois minutes : je trouve que ce qu’elle a écrit est drôlement juste, pour si peu de temps passé ensemble (c’est un métier, évidemment). Je suis content. La phrase qu’elle a mise en exergue est chouette : c’est une bonne idée de mettre en avant l’émotion, le sentiment. C’est dans cela que j’ai le plus envie de me reconnaître en ce moment. Je lis le journal à la terrasse du café du Commerce au moment où ça carillonne follement dans le clocher de la cathédrale, en face, sous un soleil éclatant. Et puis revoilà la pluie.

Une nouvelle résidence d’auteur commence dans le Sud-Vendée littoral. L’auteur Antonin Crenn propose de bâtir une « carte sensible », pour réaliser une mosaïque du territoire. L’idée Auteur de romans mais aussi d’un album jeunesse, Antonin Crenn « a toujours été dans l’écriture ». Devenir auteur c’est « le plaisir d’être lu, l’envie de partager des émotions », d’où la réponse à l’appel à projets lancé par la communauté de communes.

Réfugié à l’intérieur du café, je lis les autres pages : je tourne rapidement celle où l’on me voit, parce que c’est un peu bizarre de se regarder soi-même, devant tout le monde, non ? (il y a pas mal de gens à l’intérieur, tandis que j’étais seul en terrasse). Ma lecture finie, pour me donner une contenance, je sors mon cahier. Histoire d’avoir l’air de faire quelque chose. Ce que je note : des bouts de trucs que j’avais déjà mis de côté il y a quelques semaines et qui, placés dans un nouvel ordre, peuvent devenir le prochain chapitre des Présents. Je croyais être bloqué, je ne le suis plus. Ce prochain chapitre est important, j’allais dire : mais en fait, ils le sont tous.

Je ne sais pas ce que j’étais venu chercher

J’ai quitté Luçon, guidé par un garçon qui a une voiture et de la conversation. Il m’a emmené en balade, sans me dire où : il m’a dit que ça valait le coup. L’endroit s’appelle : la Dive. C’était une île, et ça a gardé sa physionomie d’île, même après qu’on a asséché les marais alentour. Il m’explique que la plupart des villages du coin étaient des îles, mais qu’il faut faire un effort d’imagination pour le comprendre. Ici, je le perçois d’un coup : une rangée de maisons sur un plateau qui tombe à pic (quelques mètres) sur une vaste étendue monochrome — du vert, en ce moment, mais je conçois sans effort que ç’ait été du bleu autrefois, ou du gris, ou disons : la couleur de l’eau et du ciel.

On continue la balade. La route longe un genre de mur moche. Je demande : « C’est quoi ? ». Il répond : « Tu verras ». Six ou sept marches pour grimper le mur, et je comprends que ce mur est une digue : derrière, c’est la mer. Le plaisir, à ce moment, je ne vous dis pas. Les vagues strient la surface de petites lignes régulières. En face c’est l’île de Ré. On pousse jusqu’à la pointe, la pointe de l’Aiguillon. Sur cette langue de sable il n’y a d’autres empreintes de pas que celles des oiseaux. D’un côté, le fleuve, de l’autre l’océan.

Au retour, il y a un moment où il dit : « Je fais parler les gens à propos de lieux qu’ils aiment — non, d’ailleurs, pas nécessairement qu’ils aiment, plutôt qu’ils choisissent, et qui leur parle, qu’ils l’aiment ou pas : une émotion négative peut être belle aussi. » Par rapport à mon projet d’ateliers d’écriture, forcément, ça me parle.

Ensuite, il dit aussi, à propos d’un village breton où il s’est rendu quelques jours plus tôt : « Je ne sais pas ce que j’étais venu chercher là-bas, mais je l’ai trouvé ». Et ça, par rapport à ce que j’écris dans Les présents, ça a du sens.

Les lieux d’un roman

Sur une carte de Saint-Céré, des pastilles rouges. Entre elles et les images, je tire mon fil rouge (littéralement) : des cartes postales (anciennes ou pas), des photos prises par moi ou par d’autres, des dessins, des extraits de texte, des pages de mon carnet. Ce sont les lieux-clés du Héros et les autres : des lieux réels (à Saint-Céré), des lieux imaginaires (disons plutôt : fantasmés à partir de lieux réels), des souvenirs (des épisodes qui ont eu lieu dans d’autres endroits).

Je veux que l’expo soit foisonnante, qu’elle parte dans tous les sens, qu’on ne sache pas trop comment la regarder. Que l’œil soit accroché par une image, qu’il suive le fil rouge et tombe sur autre chose — une association d’idées. J’ai noté sur des soi-disant cartels le rapport que chaque chose entretient avec le Héros et les autres — parfois, c’est lointain : mais peu importe, car l’expo s’adresse aussi (surtout) à ceux qui ne l’ont pas lu. L’idée, c’est de leur montrer « comment je travaille » — non, disons plutôt : comment mes idées s’articulent autour de lieux, car c’est le thème de ma résidence. Sur le mur d’en face, les bibliothécaires afficheront une grande carte de Luçon et de ses environs : les visiteurs participeront à enrichir l’accrochage, en ajoutant une image, une photo, une pensée, un souvenir. Pour créer une carte sensible du territoire.

Mon expo, c’est « mon atelier ». Et, en vrai, mon « atelier », c’est surtout une bibliothèque. Alors, j’ai choisi quelques livres en rapport avec Le héros et les autres : sur l’adolescence, sur les sentiments très purs et violents qu’on ne connaît pas très bien, sur l’imaginaire attaché aux lieux, sur les lieux ordinaires et magiques à la fois, sur les villes et les villages. Je les propose à qui voudra bien les découvrir, les feuilleter, en parler avec moi.

Faire connaissance

Si on aime les vieilles pierres, Luçon, c’est chouette. Moi, j’aime ça, les vieilles pierres. Je n’ai pas encore visité la cathédrale, mais j’ai vu le château d’eau, qui est une autre cathédrale à sa manière, en béton 1900 avec des ornements beaux comme tout. Je l’ai vu hier quand il faisait soleil. Cet après-midi, il bruine gentiment.

J’ai pris les rues derrière « chez moi », qui portent des noms comme : rue de l’Aumônerie, des Chanoines, de l’Union-Chrétienne, du Grand-Carmel : vous voyez le genre. C’est à cet endroit qu’on voit le Carmel, justement, et d’autres édifices magnifiques plus ou moins sacrés, et des hôtels particuliers aussi. J’ai suivi la rue du Port pour arriver au portfeu le port, parce que dans le port de Luçon, il n’y a plus d’eau depuis belle lurette. Ils l’ont comblé dans les années 70 : aujourd’hui, c’est une place en travaux avec un square et un bâtiment tout neuf (on me souffle dans l’oreillette que, du coup, il y a de nouveau de l’eau dans le port, puisque ce bâtiment est une piscine — merci à l’oreillette). Je remonte vers la ville. Je tombe sur une halle arrondie (c’est marrant) et un gymnase qui vaut le coup (il est en pierre : j’aurais cru une église ou une caserne de pompiers). J’arrive dans la zone moche (je crois qu’il faut dire « zone d’activités ») : j’avais repéré qu’il fallait venir jusque là pour trouver le brocanteur, à qui j’achète deux cartes de Vendée.

Une « routière et kilométrique » dressée par Justin Vincent, agent-voyer, et une « touristique » qui vous dit où faire du cheval, et où trouver du congre, de la daurade ou des pétoncles. On cause. Il me montre un livre terrible sur Paris qui me fait drôlement envie, mais je ne suis pas là pour acheter des trucs sur Paris. Je me sauve (en vrai, je crois que je reviendrai l’acheter). En traversant des lotissements impossibles, je tombe sur une vieille connaissance (ouf) : une rue du Commandant-Charcot. Ça me fait plaisir. J’ai envie de voir le cimetière et c’est à ce moment que le crachin gentillet devient une pluie, une vraie : j’ai pris exprès mon imper acheté l’été dernier en Bretagne, ça ne m’empêchera donc pas de voir quelques monuments et de remarquer qu’il est écrit dessus, plus souvent que dans d’autres cimetières visités, « ici repose le corps de » (ils précisent « le corps »). Je reviens en ville, il ne pleut plus. Tiens, le château d’eau ! il est aussi beau qu’hier. Quasi en face de chez moi, il y a le jardin Dumaine. Je le parcours avant de rentrer : c’est grand et c’est chic, c’est le genre de parc dont les allées romantiques sont dessinées exprès pour qu’on s’y perde. Au fond, des buissons sont taillés en forme d’animaux : il y en a un, je me demande si c’est un baudet du Poitou.

Sans me vanter, ce soir, je peux dire que je connais Luçon mieux que ce matin.

Je suis arrivé

Comme c’est étrange. J’ai déployé tant d’énergie pour en arriver là : postuler aux appels à projets (définir un projet, donc), y croire, en avoir envie. Et puis j’étais si content d’être choisi, d’entendre au téléphone l’enthousiasme des organisatrices, de préparer mon expo à Luçon et mes ateliers d’écriture avec les mômes des alentours… Mais, une résidence, c’est un peu plus que ça : c’est aussi « habiter » là-bas — et ce matin, franchement, de devoir quitter J.-E. pour aller m’installer dans cet endroit, un truc dans ma tête refusait de penser que c’était une bonne idée. On n’est pas souvent séparés longtemps. Ou plutôt, pour être exact : quand on est séparés longtemps, je ne me retrouve jamais seul pour autant (« cela fait partie de l’expérience de cette résidence, rappelle-toi », me dis-je intérieurement ; et c’est tout à fait vrai).

J’arrive à Luçon en fin d’après-midi. A. et C., que je ne connaissais que par téléphone, m’attendent sur le quai de la gare avec le sourire. En plus, il fait beau. Je hisse ma valise de mille tonnes dans le coffre de la voiture (je sais bien que j’ai emporté trop de livres, mais ça me rassure), on descend la rue de la Gare (à gauche, le restaurant de la Gare, à droite, l’hôtel des Voyageurs), puis c’est la place de la Cathédrale et, déjà, c’est chez moi — oui, oui, « chez moi ». La maison donne sur un joli jardin : de ma chambre, je vois la flèche de ladite cathédrale. A. et C. s’en vont. Je range toutes mes affaires et j’appelle J.-E. Je lui dis que le lieu est parfait, qu’il est beaucoup trop grand, mais qu’il est agréable et confortable et joli et pratique et tout et tout. Puis, A. et C. débarquent à nouveau, avec plein d’autres gens, notamment S., que j’avais également eue au téléphone. Ce sont toutes celles et ceux avec qui je travaillerai dans les prochaines semaines : l’équipe de la médiathèque quasiment au complet. Ils ont cuisiné exprès : des quiches, des tartes, des gâteaux. Il y a des fromages terribles et des bons apéritifs. On parle de tas de trucs, c’est gai. Enfin, il fait nuit : ils partent d’un coup, me laissant de quoi manger (et bien manger) pour des jours. Je suis tout seul « chez moi », voilà.

Je crois que je me sens bien. Mes livres sont alignés contre le mur de la chambre. Sur la grande table de la salle à manger, j’écris ce billet rapide. Avant, — et cela me semble une autre époque, alors que, pourtant, j’en ai conservé tous les réflexes — avant, j’aurais déjà envoyé un message à ma mère (non, je lui aurai même téléphoné) pour lui dire : Je suis bien arrivé. Mais c’était avant. Encore avant, quand j’étais petit et qu’on n’avait pas les téléphones qu’on a maintenant, ma mère se serait connectée sur le Minitel et aurait consulté la page de mon école pour vérifier que la classe verte était bien arrivée. Je m’en souviens : elle m’avait dit que ça se passait comme ça.

Ce soir, j’écris seulement ce billet, qui sera lu par celles et ceux qui voudront bien s’y intéresser : voilà, je suis arrivé à Luçon aujourd’hui. J’y suis chez moi pour un mois.

Remonter le courant (la Vendée est une rivière)

Je fais un peu d’archéologie. Je fouille dans mes papiers. À la médiathèque de Luçon, on prévoit une expo qui s’intitulera « dans l’atelier d’Antonin Crenn », qui durera le temps de ma présence là-bas. J’y montrerai mon travail comme si j’étais quelqu’un d’important. Plus précisément, ce sera autour du Héros et les autres : je vais étaler sur le mur toutes les choses qui ont participé à sa création, autour d’un plan de Saint-Céré. Chaque lieu important du récit sera lié à des images, des petits objets, des bouts de texte. Par association d’idées. Je ne montrerai pas seulement les choses qui m’ont servi concrètement pendant l’écriture (il y en a peu) : en fait, je vais inventer après coup une sorte de constellation. Je montrerai des livres que j’aime. Et aussi — c’est là qu’intervient l’archéologie — des petits bouts de vieux projets écrits ou dessinés quand j’avais l’âge de Martin, et qui contiennent déjà des motifs qui se sont retrouvés dans Le Héros. Et qui vont continuer de se retrouver dans d’autres textes, je vous le garantis.

Là, j’ai quatorze ans. Je suis remonté un peu trop loin dans ma frise chronologique. On garde de ces trucs. Remontant encore le courant, je tombe sur ce carnet de notes (je suis en CM1) : la maîtresse dit que je pourrais développer davantage mes idées en expression écrite. Comptez sur moi, maîtresse, je vais m’y appliquer.

Je prépare aussi, en ce moment, les ateliers d’écriture que je vais animer avec les jeunes Vendéens. Parmi les élèves que je rencontre en premier, à l’Île-d’Elle, il y aura des CM1 — je les inciterai à bien développer leurs idées en expression écrite, vous allez voir.

L’Île-d’Elle sur la carte de Cassini

J’aimerais bien que l’Île-d’Elle ait été véritablement, à une époque, une île — puis qu’elle se soit retrouvée dans les terres à cause de l’assèchement des marais. C’est probable, mais c’est sûrement plus compliqué que ça. Je creuserai peut-être la question.

L’Île-d’Elle sur ma carte IGN

À l’Île-d’Elle, il y a une écluse qui s’appelle « le Gouffre », et puis une gare abandonnée devenue une maison particulière. Il y a une rivière qui s’appelle la Vendée (vous le saviez, vous, que la Vendée était le nom d’une rivière ?). Et il y a un monument aux morts en forme de bonhomme sur son piédestal. On ne va pas s’ennuyer, c’est sûr.

Je connaîtrai Luçon

Connaissez-vous Luçon ? Moi, non.

Je ne parle pas de Luchon (dans les Pyrénées) — on aurait pu le croire —, ni de Montluçon (dans l’Allier), ni même de suçon (dans le cou) — on aurait pu le croire. Non, c’est de Luçon que je parle et c’est en Vendée.

Je ne connais pas Luçon et je vais passer trois mois dans cette ville. C’est une résidence d’écriture et c’est la communauté de communes Sud Vendée Littoral qui m’accueille. Je suis très fier d’avoir été choisi et très excité à l’idée de partir là-bas. Et un peu impressionné, aussi, je dois bien le dire, car je serai alors l’écrivain : celui dont la présence dans cette ville est justifiée par ses seules activités littéraires. Ce n’est pas rien. Et intimidé, aussi : parce que la plus grande partie de mes interventions auprès du public auront lieu dans des écoles et des collèges : je vais rencontrer les élèves et les faire écrire. Les accompagner dans l’acte d’écriture. Carrément. Autant dire que je suis investi d’une drôle de mission. J’ai très envie d’y être.

Mon projet ressemble à ceci : puisque j’aime écrire sur les lieux — à partir des lieux —, j’aimerais voir dans quelle mesure on peut creuser ce même sillon avec les enfants et les adultes que je vais rencontrer. Ils connaissent leur lieu, eux, puisqu’ils y habitent. J’ai envie qu’ils m’en parlent, qu’ils le décrivent, que nous racontions des histoires ensemble à partir de ces lieux : un portrait du territoire, une exploration sensible, une cartographie par l’écriture — enfin, vous avez saisi l’idée.

Pour l’instant, je me promène sur les cartes de la région. Autour de Luçon, il y a des marais, des canaux. Des grands espaces et des petits villages. La mer. Je verrai tout cela en vrai, bientôt : à partir du mois de mars et au fil des douze semaines que je passerai à Luçon et dans les autres communes du coin.

Alors, à la fin, je connaîtrai Luçon.