Antonin Crenn

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Il y a Longtemps

Dans le 19e, il y a Longtemps (la librairie). C’était vendredi soir : merci d’être venus !

Juline a pris ces photos exprès pour que je puisse frimer le lendemain : donc, les voici. Les libraires avaient préparé une vitrine tout en bleu pour le Héros – moi, j’étais en rouge, alors on me voit bien… Merci pour l’accueil, pour les rencontres, pour les verres bus ensemble.

Samedi chez Parenthèse

Merci, Cécile et Philippe, pour votre accueil ! et pour toutes les rencontres qui ont eu lieu cet après-midi à la librairie, autour de mon Héros, du Passerage et des Bandits… dans ce décor de Saint-Céré que j’aime tant.

Les amis

C’était hier soir chez Charybde. Vous aviez dit que vous viendriez m’écouter, me soutenir, et vous êtes venus : merci, les amis. Il y en a même qui n’avaient rien dit, et qui sont venus par surprise. Vous étiez nombreux et j’étais ému et vous voir tous. Allez, on peut le dire : il y avait foule chez Charybde.

C’est pourquoi je suis heureux, là, sur la photo : parce que j’étais entouré, et fier d’être entouré.

(Laurent est un peu le photographe officiel : je me trouve toujours bien sur les photos qu’il prend de moi).

Hugues, qu’on ne présente plus, m’a fait causer un peu du Héros et les autres. Vous m’avez écouté sagement. Merci, Hugues, pour ton accueil ! La librairie Charybde, ce n’est pas rien, tout de même (ça, je l’ai déjà dit) : sans une librairie comme celle-ci — et sans amis comme vous — je ne suis pas grand chose, avec mes petits bouquins.

Je suis excité et ému et content comme tout, grâce à vous.

Ailleurs et Longtemps

Ça commence comme une journée pour rien, morne, je ne sais pas pourquoi ça me tombe dessus comme ça, parfois. Je me sens comme une limace (je me comprends). Pas plus de raison aujourd’hui, plutôt qu’un autre jour, d’être triste ou gai. C’est dimanche, le temps est bon, hier samedi on a vu des amis, plusieurs, en des lieux différents et agréables. J’ai de nouveau envie d’être sociable. J’ai lu « La Trentième année », une nouvelle dans le recueil du même titre, par Ingeborg Bachmann. Pourquoi ? À cause d’une référence à ce texte dans un autre texte, de Pier Vittorio Tondelli, qui me fascine — j’ai dû commander La Trentième année à la réserve centrale des bibliothèques, ils l’ont fait sortir des oubliettes pour moi. Il y est question de sujets importants, d’avoir trente ans, de grandir ou de vieillir (c’est presque la même chose), de partir pour revenir (à Rome, par exemple, comme moi à vingt-sept ans). C’est mélancolique, c’est beau comme tout.

Ce n’est pas du tout de cela que j’ai besoin aujourd’hui (partir) : c’est très loin de mes désirs. Ça me touche, pourtant, comme une métaphore. Il y a d’autres manières d’aller loin, d’aller ailleurs, et de revenir. Et ça, j’en ai besoin.

Ça commençait comme une journée un peu triste, sans savoir pourquoi. On a marché dans les 11e et 10e arrondissements, la rue Saint-Maur puis Belleville et le Colonel-Fabien. À la librairie Longtemps, le libraire est l’ami d’une amie, qui lui a parlé de moi, alors il m’a accueilli très chaleureusement cet après-midi et la perspective d’organiser un petit quelque chose pour moi dans sa librairie, bientôt, se profile plutôt bien (j’en reparlerai). Ça, ça m’a fait beaucoup de bien. Et puis, j’ai vu sur Place des libraires que Le Héros était déjà présent en quelques endroits, alors qu’il n’est censé sortir que dans une semaine. On a été à la librairie (pardon, le store) du MK2 du Quai de la Loire : il ne faut pas faire ça, normalement, parce qu’on est toujours déçu quand on s’aperçoit qu’il faut fouiller une demi-heure pour trouver son bouquin, planqué dans un rayon. Mais là, étrangement, il était sur la table, en évidence. Ça aussi, ça m’a fait du bien.

À une terrasse du quai de Valmy, en attendant 18 heures (l’heure de cette lecture à laquelle, par chance ou par hasard, nous avons été invités, qui sera un moment génial et à la suite duquel une conversation aura lieu, à propos de Pier Vittorio Tondelli), une dame cherche sous la table à côté de la nôtre le diamant qu’elle vient de perdre. « Un vrai ? », on demande. « Oui », elle répond. On est un peu étonnés, mais bon.

J.-E. relit mon livre, qu’il n’avait lu, jusqu’ici, que sous la forme du manuscrit, sans retouches. Moi, je ne l’ai pas encore lu depuis que c’est un livre (un objet, je veux dire, fait de papier, d’encre et de colle), je l’ai tout juste feuilleté. À la terrasse du quai de Valmy, je lis Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, de Virginie Gautier, que j’ai acheté l’autre soir à une autre Terrasse, celle de Gutenberg. Il est question là aussi d’aller ailleurs, d’aller loin, de partir longtemps : de traverser des villes, des espaces, des paysages. De s’y arrêter sans pourtant s’y installer. D’éprouver la forme et les strates des villes, des chemins.

J’ai été de la Bastille à la Villette en suivant les boulevards, je suis retourné à la Bastille par le canal. Il était riche, ce dimanche, et j’ai encore vieilli (ou grandi : c’est presque pareil).

C’est le 24 chez Charybde : n’oubliez pas

Sur le blog de la librairie Charybde, on lit :

Un village du Lot (une note en fin de volume nous confirmera qu’il s’agit de Saint-Céré, reconnaissable à ses deux châteaux avoisinants, justement), de nos jours. Un adolescent s’y ennuie ferme, incapable de se reconnaître en ceux qui l’entourent, contraint de s’inventer de perpétuels parcours personnels et secrets, à partager le moment venu avec ceux que le désir, déjà, et l’appel des cœurs et des corps, désigne comme complices potentiels. De brève échappée nocturne en reconstruction mentale d’un imaginaire à part entière qui rendrait intéressant ce qui semble de prime abord si dénué de sens, de confidence espérée en invitation déguisée et chuchotée, Martin construit pas à pas, auprès d’un environnement de son âge, exclusivement masculin à ses yeux, et contre une cité minée par les préjugés et les petitesses qu’il n’est guère possible, alors, de dénoncer, un itinéraire d’éveil singulier, une quête d’intelligence et de sensualité qui saura trouver dans l’étonnante métaphore d’une statue de monument aux morts, et dans l’analyse diablement fine de la signification profonde du mot « héros » — et de son dévoiement si naturel —, un aboutissement en forme de chemin désormais libre d’être suivi, patiemment et intensément.

puis :

Antonin Crenn avait su déjà nous surprendre en 2017 avec sa Passerage des décombres, qui transformait un minuscule bout de chemin de fer désaffecté en un surpuissant levier à imaginaire. À nouveau chez Lunatique, il nous offre en ce mois d’octobre 2018, avec ce Le héros et les autres, une singulière échappée au beau milieu des tempêtes et des désirs sous un crâne adolescent d’apparence ô combien impassible, organisant à merveille un formidable décalage entre le rêve intérieur, l’aspiration forcenée et le quotidien banal qui leur sert de cadre apparent, là, où, foin des bocks et de la limonade, et foin de l’Espagne, ce sont des châteaux en Quercy qui tiennent lieu de catalyseurs des espoirs à se conquérir pour soi-même — et pour les autres, choisis.

Je suis très, très touché par ces mots d’Hugues, le libraire. Et je pense que, vous, en les lisant, ça vous donne vachement envie de lire mon livre — non ?

La librairie Charybde, c’est un endroit important pour les auteurs qui ne passent pas à la télé (comme moi) et pour les maisons d’édition indépendantes et fragiles (comme celles avec lesquelles je travaille), parce que les libraires de Charybde sont passionnés, encore plus que les autres libraires, et qu’ils ont cette particularité un peu folle : celle d’avoir lu tous les livres qui sont dans leurs rayons, et de ne vendre que les livres qu’ils aiment. (Je simplifie sûrement, mais en gros, c’est ça).

En mars 2017, il y avait eu cette soirée sur la nouvelle, j’avais été invité avec Pascale aux côtés d’autres auteurs (Corine Pourtau, Hervé Mestron, Perrine Le Querrec…) et éditeurs (Antidata, le Chemin de fer…), et j’avais causé du Passerage. Puis, en novembre 2017, c’était la soirée pour le recueil Petit Ailleurs, publié chez Antidata, dans lequel on trouve une nouvelle de moi. Quelques semaines plus tard, alors que je commençais à m’intéresser de très près à Publie.net (j’avais rencontré Julie, Philippe et Guillaume au salon de l’Autre livre — j’aurai sans doute l’occasion de dire une autre fois tout le bien que je pense de ce salon), j’étais chez Charybde, et Hugues me dit « Tu dois absolument connaître ce livre » : c’était Notre est lointain, chez Publie.net (quand, ensuite, Guillaume m’a dit « oui » pour l’Épaisseur du trait, il m’a conseillé de lire ce même livre, ce que j’avais déjà fait grâce à Hugues).

Tout ça pour vous dire que Charybde, ce n’est pas rien. Et qu’on y boira un coup ensemble le 24 octobre (au 129, rue de Charenton à Paris 12e), à la santé du Héros, et des autres, et à la vôtre, et à la mienne.

La même étagère

Le calendrier, c’est plus compliqué que ça n’y paraît. Alors que Le Héros et les autres (que j’ai écrit il y a deux ans) sort dans deux semaines chez Lunatique (n’oubliez pas, hein, on se voit le 24 chez Charybde ?), on termine le peaufinage sur L’Épaisseur du trait (que j’ai commencé à écrire il y a, au moins, trois ans), qui sort en janvier chez Publie.net. Il se trouve que c’est en ce moment, aussi, que commence ma « disponibilité » (vous savez, cette année sabbatique dans le jargon des fonctionnaires) : alors c’est comme si, d’un coup, tout allait vite. C’est très excitant.

Hier soir à la Terrasse de Gutenberg (dans un quartier qui m’est cher), il y a eu des lectures de Joachim Séné, Virginie Gautier et Anne Savelli, pour fêter les 10 ans de Publie.net. Comme je suis un peu timide, j’ai parlé seulement avec Guillaume, parce que je le connais déjà ; mais, même si je n’ai pas fait connaissance avec eux, j’ai passé une très bonne soirée à les écouter lire, les autres auteurs. J’ai trouvé que ç’avait du sens, d’être là. Je veux dire : hier soir quelqu’un a demandé ce que c’était, l’identité de Publie.net, ou le point commun des livres Publie.net, ou la nature du lien qui pourrait faire communauté parmi les auteurs. Moi, j’ai pensé seulement : les livres publiés par cette maison me plaisent : je les aime ; et, même ceux que j’ai moins aimés, ils m’intéressent pour le projet littéraire qu’ils contiennent. C’est énorme, comme sentiment (je dis sentiment au sens de « sensation », parce que c’est vraiment une question de sensibilité, je crois) — c’est énorme parce qu’en revanche, au-dehors, les livres qui m’intéressent (sur une table de libraire par exemple), eh bien ils ne sont pas si nombreux. Il y a même des livres qui me rebutent. Ou qui me tombent des mains.

Avec Lunatique, c’est tout pareil. Au début, j’avais lu quelques titres seulement, et je me demandais : pourquoi moi ? Est-ce que c’est ma place ? Et puis, j’ai lu d’autres livres (depuis plusieurs années que je fréquente la maison, j’en ai lu vraiment beaucoup, la plus grande partie je crois) et j’ai eu la même impression : ce sont des livres qui me parlent, des idées qui résonnent quelque part. Mais c’est même plus fort, dans le cas de Lunatique, parce que je connais la plupart des auteurs en vrai : plusieurs sont devenus des bons copains, voire des amis. Il y en a d’autres que je ne connais pas en vrai, mais avec qui je corresponds virtuellement : parce que, même si on ne se connaît pas, on a des choses à se dire. N’est-ce pas fort, ça aussi ? Nous qui écrivons pour être lus, nous trouvons mutuellement que les autres écrivent des choses qui méritent d’être lues, et nous avons envie de leur dire (leur écrire) des choses qu’ils pourront comprendre.

Ce sentiment — au sens de « Connaissance, conscience plus ou moins claire que l’on a de quelque chose » (j’ai vérifié) — rendent le travail drôlement plus fort. Plus intéressant. Ça aura du sens, en tout cas, de ranger mes livres avec ces autres-là, dans la même étagère.

Du commerce

Il y a des gens qui me connaissent et qui pensent que je ne suis pas timide : c’est parce qu’ils me connaissent mal. Hier, je suis parti avec mon livre (Le Héros et les autres) dans mon sac, histoire de garder les mains libres pour prendre mon courage avec (à deux mains). Je n’aime pas ça du tout, parler de moi à un libraire (me vendre).

Combien de fois suis-je entré dans une librairie en pensant « Je vais leur parler de mon bouquin » et ressorti sans avoir rien dit ou, pire, après avoir acheté un livre ? Je ne le dirai pas.

Hier, j’ai été à la facilité (pourquoi se faire du mal ? c’est assez difficile comme ça) : j’ai été aux Mots à la bouche. L’an passé, mon Passerage des décombres était resté deux mois en vitrine (souvenir) et, depuis, il est toujours placé près de la caisse (je le savais, puisque je l’avais remarqué samedi soir, quand nous avons fait visiter la librairie à J. & J.). Alors j’ai dit, en montrant le Passerage : « Vous vous rappelez ? C’est moi qui ai fait ce livre » (« fait ce livre » ? c’est pas un peu nul, comme expression ?). Heureusement, le garçon qui était là (celui qui m’avait accueilli la première fois, quand j’avais présenté le Passerage) m’a dit que oui, il se rappelait. « Alors je viens vous présenter mon nouveau livre », j’ai dit.

« C’est mon premier roman, c’est une histoire d’adolescents, une sorte d’amitié amoureuse ». (Là, c’est le moment du pitch : un moment pénible parce que tout ce que je dirai me semblera ridicule, réducteur : si j’ai eu besoin de 68 pages pour raconter mon histoire, c’est précisément parce que je ne sais pas la raconter en une phrase. À un journaliste du Lot, à qui j’envoie ce même livre aujourd’hui, je dis : « C’est une histoire qui a pour décor Saint-Céré et ses environs » : suis-je vraiment en train de parler du même livre ?)

Il me demande s’il y a un thème gay dans mon livre. Je ne l’aurais pas dit comme ça ; pourtant, il est évident que oui, il y a quelque chose de gay là-dedans, sinon je ne serais même pas venu le présenter dans cette librairie (je ne leur avais pas montré Les Bandits). C’est bizarre, après coup, d’attribuer cette étiquette à un texte que j’ai écrit d’une manière tellement intuitive, tellement instinctive, sans savoir du tout ce que je voulais dire. Évidemment, il n’est question que de sentiments dans ce roman — de sensualité aussi, un peu — et c’est une histoire de garçons, car je parle de moi, de ce que je connais et de ce que j’aime. J’aurais aimé lire ce livre à quinze ans, sûrement.

Il me demande (il est très gentil) si cela veut dire que c’est un livre pour les adolescents. Je lui dis que non, pas forcément, mais que « ça peut ». « Je crois que c’est lisible par des jeunes, mais ce n’est pas forcément que pour eux que je l’ai écrit, ce n’est pas ma cible ». (J’ai dit « ma cible ? » horreur !) Je lui dis que j’ai un copain prof (et là, je parle de P.-E.) qui l’a lu (et aimé) et qui voudrait le faire lire (et aimer ?) à ses élèves, qui ont entre quinze et dix-huit ans.

J’explique que je serais content qu’il commande mon livre pour qu’il soit présent ici, disponible, et que je puisse dire aux copains de passer l’acheter dans cette librairie — c’est ce que j’avais fait avec Passerage. « C’est vrai qu’on l’avait bien vendu », il me dit, et il regarde dans l’ordinateur : « 22 exemplaires, c’est un bon score, la moyenne c’est plutôt 0,5 ! ». Il est très gentil, décidément, il fait ce qu’il faut pour me mettre à l’aise (il a dit score, comme pour parler d’un jeu, au lieu de dire seulement chiffre, à moi qui ne les aime pas, les chiffres).

Je crois que je ne me suis pas fait violence en vain : il y a des chances pour que vous le trouviez aux Mots à la bouche, mon Héros (c’est qui, le héros, dans l’histoire ?)

Best seller

Mon Passerage des décombres est dans la liste des best sellers de Charybde (vous savez, la meilleure librairie du monde, et de la rue de Charenton en particulier). Merci à mes lecteurs : vous êtes chics. À moi la fortune !

Il y avait foule chez Charybde

Inutile de le nier, j’étais vachement fier hier soir chez Charybde. Merci à Hugues pour son accueil, et merci à tous les copains, et puis aux gens chouettes que j’ai rencontrés. Là, je mets une photo de moi (c’est Étienne Gomez qui l’a prise) — c’est vraiment parce que je suis content. Mais faut pas croire que j’étais tout seul : on a parlé des textes de Claire Dumay, Françoise Favretto, Perrine Le Querrec, Hervé Mestron, Annie Mignard et Corine Pourtau. Que de monde ! Charybde, c’est immense, en fait !

Pour se souvenir encore mieux de ce qui s’est dit, on peut écouter ceci : « une soirée de discussion, d’échange et de lecture autour de l’art de la nouvelle ».