Antonin Crenn

Tag: L’épaisseur du trait

Porta Maggiore

« Alexandre faisait le tour de la ville, imitant le mur de briques qui, lui, accomplissait cette mission depuis bien plus longtemps. Le rempart était éboulé à quelques endroits, mais restait vaillant dans la plus grande partie. Ce qui plaisait le plus à Alexandre, c’était de voir comment les gens s’appropriaient ces fortifications pour leur usage quotidien : de drôles d’échoppes s’immisçaient sous les voûtes millénaires. « Là-bas, on dirait un garage de bagnoles », pensa-t-il tout haut. Il s’étonnait, mais ne s’offusquait pas. Il fallait bien vivre ! Il avait même vu des trams s’engouffrer sous les nobles arcades, avec des câbles passant dans tous les sens. »

C’est un extrait de l’Épaisseur du trait. C’est à cet endroit précis que j’ai pensé en l’écrivant : cette porte-là. La Porta Maggiore. C’est très immodeste de se citer soi-même, mais je sais que vous me pardonnerez.

Être d’accord

Je corrige, je réécris. Puis j’écris « ah, oui, tu as raison » ou bien « je suis d’accord » dans les commentaires du traitement de texte.

Quand j’ai terminé L’épaisseur du trait la première fois, je savais bien qu’il n’était pas terminé. La deuxième fois non plus. Mais je ne savais pas comment aller plus loin. Comment l’améliorer, mon texte. Comment aller au bout de mon projet. Mais, au fait, c’était quoi mon projet ?

Et puis Guillaume est arrivé, et il a ajouté plein de commentaires partout sur mon manuscrit. Ça m’a fait un peu peur. Mais, bon, c’était ce que j’attendais, après tout : que l’éditeur m’aide à y voir plus clair. Et le phénomène magique, dans cette histoire, c’est que j’étais d’accord avec presque tous ses commentaires. Même (surtout) quand il s’agissait de couper. De nettoyer les tics, les parasites.

C’est beau, d’être d’accord — et de le dire. C’est précieux. Parce que c’est vachement intime, ces tâtonnements, ces hésitations. Je propose un truc : « et si je l’écrivais plutôt comme ça ? » : c’est intimidant. On ne livre pas ça à n’importe qui. Si je n’avais pas confiance, je garderais ça pour moi, et le travail n’avancerait pas.

Il y a ces passages que j’aime bien, mais qui n’ont rien à faire là : c’est ça, le plus dur. Je voyais que ça clochait, mais je les aimais quand même — pour un tas de raisons (mon état d’esprit au moment de les écrire, par exemple).

Maintenant, j’y vois clair. J’ai mieux compris ce que c’était, mon idée de départ. J’ai retiré les trucs qui n’avaient rien à faire dans ce projet, et ajouté d’autres qui participaient à creuser mon sillon.

Au final, je crois que je peux le dire : c’est bientôt fini. Si Guillaume est d’accord.

Pour les besoins d’un travail en cours

Pour les besoins d’un travail en cours, j’ai ouvert la grande caisse où je range mes plans de ville, et je me suis promené dans celui-ci. Pour deux raisons. Petit un, parce que ce plan est très beau. Petit deux, parce que c’est Rome, et en particulier le quartier de Testaccio, et que je fais référence à cette colline dans le texte que j’écris (que je corrige en ce moment), c’est-à-dire mon roman, c’est-à-dire L’épaisseur du trait.

Enfin, bon, la troisième raison, qui est en réalité la raison unique (parce qu’il n’y a pas deux, ni trois raisons pour lesquelles j’ai ressorti ce plan, mais une seule), c’est que j’aime ça, regarder mes plans. « Pour les besoins d’un travail en cours », on ne va pas se mentir, c’est surtout que ça me fait plaisir.