Antonin Crenn

Tag: Joachim Séné

Village, personnage, etc.

Je me suis remis dans Les présents. Je voudrais l’écrire dans l’ordre, autant que possible, et je restais bloqué sur les prochaines pages à écrire (les suivantes, je les connais à peu près). Je me demandais à quel moment on arriverait au village et, surtout, si on commencerait par y aller véritablement ou, d’abord, par l’imagination. J’ai répondu à ces questions (un peu) ; en tout cas, j’ai écrit les premières évocations de ce village.

Je pense que je l’appellerai seulement le village. Je ne serai pas le seul à faire cela, c’est sûr. En fait, la localisation réelle de ce village n’a aucune importance, alors je ne voudrais pas que son nom focalise trop l’attention sur la commune réelle qui porte ce même nom. J’envisage, tout de même, de donner les noms des communes alentours (parce qu’il y en a des chouettes) et des lieux-dits qui composent le village (que je ne saurais pas inventer, c’est sûr). Je n’y ai jamais mis les pieds, dans ce patelin, mais sa configuration me plaît. Il y a des chances pour qu’on se promène, non pas dans le village, mais dans le plan que j’en ai dessiné : ça m’intéresse beaucoup plus ainsi. On verra bien l’allure que ça prend.

J’ai lu le livre que Nicolas m’a offert (Une jeune fille perdue dans le siècle à la recherche de son père). C’est magique quand, après avoir lu mon livre, quelqu’un me dit : « tu devrais lire ça ». Surtout quand ça marche. Par exemple, j’ai découvert Mon corps et moi grâce à Nikola et En joue ! grâce à la Viduité. L’atmosphère du livre que je viens de lire ressemble par certains aspects à L’épaisseur du trait, certes (le rapport à l’espace de la ville, et le voyage en train), mais surtout à des intuitions qui m’animent pour Les présents — et cela, personne ne peut le savoir, puisque je ne l’ai pas écrit. C’est là que c’est spécialement magique, comme cadeau. En fait, un truc me rassure à la lecture de ce livre : il adopte le ton d’une quête, voire d’une enquête, sans pourtant résoudre aucune des questions posées. Des rencontres ont lieu avec des personnages secondaires, sans aider véritablement les personnages principaux dans leurs recherches : ils sont là, c’est tout — ils participent d’un décor, d’une atmosphère, et donc d’une quête (mais d’une quête esthétique, narrative, pas de l’enquête qu’on prétend mener). Le personnage de l’homme est parfois le narrateur, et parfois non. Ça aussi, ça me plaît. J’ai supposé que l’auteur avait eu envie parfois de dire « je », mais qu’il avait aussi envie de l’appeler par son prénom — à quoi ça sert de se casser la tête à trouver un prénom au personnage, si on ne l’utilise jamais. Il se produit une chose un peu comparable avec le Samuel de Dans la ville invisible, qui choisit par moments de raconter lui-même son histoire à la troisième personne — je le commence tout juste.

J’ai fait tout seul, hier, le jeu (l’exercice ?) que je ferai faire aux élèves la semaine prochaine, à Rueil. Ça m’a semblé faisable, et marrant. J’espère que ça marchera — c’est-à-dire : que les élèves prendront du plaisir à écrire, quel que soit le résultat produit.

La même étagère

Le calendrier, c’est plus compliqué que ça n’y paraît. Alors que Le Héros et les autres (que j’ai écrit il y a deux ans) sort dans deux semaines chez Lunatique (n’oubliez pas, hein, on se voit le 24 chez Charybde ?), on termine le peaufinage sur L’Épaisseur du trait (que j’ai commencé à écrire il y a, au moins, trois ans), qui sort en janvier chez Publie.net. Il se trouve que c’est en ce moment, aussi, que commence ma « disponibilité » (vous savez, cette année sabbatique dans le jargon des fonctionnaires) : alors c’est comme si, d’un coup, tout allait vite. C’est très excitant.

Hier soir à la Terrasse de Gutenberg (dans un quartier qui m’est cher), il y a eu des lectures de Joachim Séné, Virginie Gautier et Anne Savelli, pour fêter les 10 ans de Publie.net. Comme je suis un peu timide, j’ai parlé seulement avec Guillaume, parce que je le connais déjà ; mais, même si je n’ai pas fait connaissance avec eux, j’ai passé une très bonne soirée à les écouter lire, les autres auteurs. J’ai trouvé que ç’avait du sens, d’être là. Je veux dire : hier soir quelqu’un a demandé ce que c’était, l’identité de Publie.net, ou le point commun des livres Publie.net, ou la nature du lien qui pourrait faire communauté parmi les auteurs. Moi, j’ai pensé seulement : les livres publiés par cette maison me plaisent : je les aime ; et, même ceux que j’ai moins aimés, ils m’intéressent pour le projet littéraire qu’ils contiennent. C’est énorme, comme sentiment (je dis sentiment au sens de « sensation », parce que c’est vraiment une question de sensibilité, je crois) — c’est énorme parce qu’en revanche, au-dehors, les livres qui m’intéressent (sur une table de libraire par exemple), eh bien ils ne sont pas si nombreux. Il y a même des livres qui me rebutent. Ou qui me tombent des mains.

Avec Lunatique, c’est tout pareil. Au début, j’avais lu quelques titres seulement, et je me demandais : pourquoi moi ? Est-ce que c’est ma place ? Et puis, j’ai lu d’autres livres (depuis plusieurs années que je fréquente la maison, j’en ai lu vraiment beaucoup, la plus grande partie je crois) et j’ai eu la même impression : ce sont des livres qui me parlent, des idées qui résonnent quelque part. Mais c’est même plus fort, dans le cas de Lunatique, parce que je connais la plupart des auteurs en vrai : plusieurs sont devenus des bons copains, voire des amis. Il y en a d’autres que je ne connais pas en vrai, mais avec qui je corresponds virtuellement : parce que, même si on ne se connaît pas, on a des choses à se dire. N’est-ce pas fort, ça aussi ? Nous qui écrivons pour être lus, nous trouvons mutuellement que les autres écrivent des choses qui méritent d’être lues, et nous avons envie de leur dire (leur écrire) des choses qu’ils pourront comprendre.

Ce sentiment — au sens de « Connaissance, conscience plus ou moins claire que l’on a de quelque chose » (j’ai vérifié) — rendent le travail drôlement plus fort. Plus intéressant. Ça aura du sens, en tout cas, de ranger mes livres avec ces autres-là, dans la même étagère.

Liste : lectures de septembre

Louis Aragon. Les cloches de Bâle.
Marc Bernard. Vacances.
Mathieu Riboulet et Patrick Boucheron. Prendre dates.
Joachim Séné. Village.
Pier Vittorio Tondelli. Biglietti agli amici.
David Bosc. Relever les déluges.
Sarah Roubato. Trente ans dans une heure.
Vercors. Les armes de la nuit.
Thierry Moral. Phare intérieur.