Antonin Crenn

Tag: Alexandre Vialatte

Les lieux d’un roman

Sur une carte de Saint-Céré, des pastilles rouges. Entre elles et les images, je tire mon fil rouge (littéralement) : des cartes postales (anciennes ou pas), des photos prises par moi ou par d’autres, des dessins, des extraits de texte, des pages de mon carnet. Ce sont les lieux-clés du Héros et les autres : des lieux réels (à Saint-Céré), des lieux imaginaires (disons plutôt : fantasmés à partir de lieux réels), des souvenirs (des épisodes qui ont eu lieu dans d’autres endroits).

Je veux que l’expo soit foisonnante, qu’elle parte dans tous les sens, qu’on ne sache pas trop comment la regarder. Que l’œil soit accroché par une image, qu’il suive le fil rouge et tombe sur autre chose — une association d’idées. J’ai noté sur des soi-disant cartels le rapport que chaque chose entretient avec le Héros et les autres — parfois, c’est lointain : mais peu importe, car l’expo s’adresse aussi (surtout) à ceux qui ne l’ont pas lu. L’idée, c’est de leur montrer « comment je travaille » — non, disons plutôt : comment mes idées s’articulent autour de lieux, car c’est le thème de ma résidence. Sur le mur d’en face, les bibliothécaires afficheront une grande carte de Luçon et de ses environs : les visiteurs participeront à enrichir l’accrochage, en ajoutant une image, une photo, une pensée, un souvenir. Pour créer une carte sensible du territoire.

Mon expo, c’est « mon atelier ». Et, en vrai, mon « atelier », c’est surtout une bibliothèque. Alors, j’ai choisi quelques livres en rapport avec Le héros et les autres : sur l’adolescence, sur les sentiments très purs et violents qu’on ne connaît pas très bien, sur l’imaginaire attaché aux lieux, sur les lieux ordinaires et magiques à la fois, sur les villes et les villages. Je les propose à qui voudra bien les découvrir, les feuilleter, en parler avec moi.

La quatrième

Franchement, c’est rare que je lise les quatrièmes de couverture pour choisir un livre. Pourtant, l’an passé, quand je suis tombé sur celle-ci, je me suis dit : on pourrait garder le même texte pour la « quatrième » du Héros et les autres. On changerait juste le nom d’Alexandre Vialatte, parce que bon.

Il y a tout : le lycée, le square, la petite ville qui renferme des sentiments immenses. Et, finalement, on a choisi tout autre chose pour la « quatrième » du Héros (on n’allait pas copier, quand même). Pascale m’a proposé ceci, j’ai trouvé ça très bien :

Fin observateur du monde qui l’entoure et qui l’inquiète, Martin se pose beaucoup de questions, aussi, cherchant des explications à tout, élucubrant de savantes ratiocinations, mathématiques, logiques, poétiques. Le monde de Martin est ainsi clair comme de l’eau de roche — cette même eau vive qui serpente dans le square, et dans laquelle se noient les beaux garçons.
Un livre simple sur des choses compliquées.

C’est une drôle d’émotion, de lire la présentation de son livre par quelqu’un d’autre — en l’occurrence, par l’éditrice, qui s’investit autant que moi dans le texte après qu’il est écrit, et qui y croit tellement qu’elle a envie d’en faire un livre.