C’est moins que π

Au bois de Vincennes, des gens qui se connaissent peu, mais que je connais bien, se sont rencontrés par hasard. Moi, je ne les ai pas vus depuis deux mois : je n’habite pas leur quartier. Il y a beaucoup plus d’un kilomètre entre nous.

J’habite le quartier le plus dense de Paris : 40 000 habitants au kilomètre carré dans mon arrondissement, c’est le double de la moyenne parisienne. La surface du cercle dans lequel j’ai le droit de me déplacer (un rayon d’un kilomètre) est égale à π kilomètres carrés, soit 3 141 592 mètres carrés. Il paraît que la proportion de l’espace public dévolu aux piétons, à l’échelle de Paris, couvre un tiers de la voirie, soir 11 % du territoire. Dans mon cercle, ça fait donc, à la louche, 350 000 mètres carrés de trottoir (amateurs de calculs rigoureux, passez votre chemin).

Continuer la lecture

Mes deux tiers de quintal

Les médecins aiment les chiffres. Chacun son truc, hein. Mais moi, je suis toujours étonné de constater que la conversation, dans leur cabinet, est tellement comptable. Ce matin, on m’a dit que je pesais soixante-sept kilos (je l’ai appris) et que j’étais haut d’un mètre quatre-vingt-un (ça, je le savais déjà : c’est écrit sur ma carte d’identité). On a mesuré la pression du sang dans mes veines (deux chiffres que j’ai oubliés), les battements de mon cœur (je n’ai pas retenu sous quelle forme on les exprimait). On m’a dit que je n’entendais pas très bien les aigus, aussi bien (aussi mal) d’une oreille que de l’autre. Mais on n’a pas parlé, à aucun moment, de ce qu’est ma vie – c’est-à-dire de ce qui fait que mon corps est tel qu’il est. Bon. C’était une bonne idée quand même : j’avais répondu à une invitation de la sécu pour faire un bilan complet.

Continuer la lecture