Antonin Crenn

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Passerage de Luçon

Il est beau, ce terrain vague luçonnesque, à deux pas de « chez moi ». Un tas de caillasse, un beau « merdier » (c’est le mot que j’utilise dans Passerage des décombres) avec des trucs qui poussent dedans. C’était l’occasion de faire cette vidéo.

Je suis à peu près sûr que ces plantes-là ne sont pas des Lepidium ruderale, mais c’est l’intention qui compte, n’est-ce pas. Le terrain vague que j’avais sous les yeux en écrivant ça, à l’époque, il a disparu. Et si d’aventure cette vidéo vous donnait envie de connaître mon Passerage en entier, eh bien, le livre est toujours ici !

Je suis retombé sur l’homme invisible

Le prof avait eu une bonne idée : il nous avait fait travailler sur « l’empreinte du corps ». Chacun avait donc fait un truc sur le thème ; puis, il a envoyé nos réalisations à ce concours, parce qu’il n’avait pas choisi par hasard ce thème pour la classe : c’était précisément celui du concours. Et moi, j’ai gagné un prix, grâce à cette vidéo que j’avais intitulée La vie quotidienne de l’homme invisible (ou : « l’empreinte sans le corps »), bricolée avec des moyens cheap au possible, avec mon appareil photo compact et le PC du salon.

J’avais dix-neuf ans, c’était à l’école Estienne et je viens de retomber sur cette vidéo sur mon disque dur. Le concours était organisé par LVMH : ça fait rigoler (ou grincer des dents) quand on connaît mes idées. Vous allez me dire (et vous aurez raison) que c’était de l’argent sale, mais c’était aussi la première (et la seule fois) de ma vie qu’on me donnait une somme à quatre chiffres en échange de rien du tout – puisque le travail, je l’avais déjà fait, pour l’école. Dans ma tête, la voix d’un petit diable m’a dit : « Te pose pas de questions, prends l’oseille et tire-toi ». Le chèque m’a payé le brave MacBook qui me sert toujours dix ans après, et aussi quelques loyers à Varsovie. Parce que j’ai pris l’oseille et je me suis tiré, oui : j’ai financé mon Erasmus avec ça.

Au vernissage de l’expo des six ou sept projets lauréats, dans une galerie du premier arrondissement, tout le monde était affreusement snob, c’était rigolo. Des gens m’ont demandé si j’étais vidéaste, j’ai répondu que non, mais que, par contre, j’avais fait une vidéo. Ils ont dû me prendre pour un punk (dans la tête, je veux dire, parce que le look pas tellement). Je n’ai pas souvenir que les autres jeunes artistes m’aient adressé la parole. Le prof, lui, était drôlement content. Je suis retombé sur lui en juin dernier au Marché de la poésie. Il m’a demandé si j’étais toujours graphiste, je lui ai dit que non, mais que j’avais écrit un bouquin : tenez, le voilà (il l’a acheté, c’était gentil de sa part). Il était chouette, ce prof.

Voilà, c’est ainsi que je suis devenu riche, en jouant avec une pomme et de la pâte à modeler.

Il faut bien se nourrir

Un truc de ouf, vraiment. Je sais pas comment le dire autrement. Il aura fallu que je vienne jusqu’ici, en Californie, pour savoir finalement ce que c’est qu’un héron. A priori, on se dit que les hérons, on connaît ça par cœur. Il y en a partout : au parc de Bercy par exemple, ou dans les marais de Luçon. C’est banal, un héron. Pas exotique pour un sou, contrairement à ces gaufres à poche dont je causais hier. Et pourtant.

Ce matin, on était au parc avec les voisines : rendez-vous à huit heures (oui oui, à huit heures, un dimanche) pour déguster un scone de chez Arizmendi en sirotant un litron de café, servi dans son gobelet réglementaire en carton soi-disant compostable. Le parc, c’est l’étape qui vient juste après le café : la promenade (il fait toujours aussi beau, aujourd’hui). Et après le parc, ce sera le farmer’s market de la 9e avenue, où on achètera de fabuleux légumes California grown, vendus au prix du diamant.

On était au parc, donc, avec Zadie et les voisines. Et on a vu un héron sur la pelouse. Immobile. J. me dit alors : « C’est un excellent chasseur » – et je crois d’abord qu’il plaisante, rapport à l’événement d’hier (Zadie débusquant les rongeurs souterrains). Mais, il a raison, et c’est moi qui me goure, moi qui croyait que cet élégant volatile se nourrissait d’insectes ou de limaces : voilà le héron qui, soudain, donne un coup de bec dans une motte de terre ! Il en extirpe un malheureux animal – était-ce une taupe ? une gaufre à poche ? – qui se débat comme un diable, pris en étau dans le bec redoutable du héron.

J’ai pris une photo. Ne regardez pas, c’est trop pénible : la pauvre bestiole bouge encore, j’ai pité pour elle (parce que je pense inévitablement à Krtek, qui ne peut inspirer que la sympathie). Et le héron l’avale, tout rond. On voit alors Krtek (ou, si ce n’est lui, c’est donc son frère), descendre lentement dans le gosier de son prédateur au long bec, emmanché d’un long cou. Et là, inévitablement, c’est au boa que je pense, celui du Petit Prince, le boa digérant un éléphant. J’ai fait un film (ne le regardez pas non plus, c’est trop moche) : on pourrait l’intituler : Héron digérant une gaufre.

Bon. C’est la vie, n’est-ce pas. Il faut bien se nourrir. Les hérons mangent des gaufres (sans sucre) et nous, bêtement, on mange des légumes à cinq dollars la livre. Que voulez-vous. Il faut bien se nourrir.

« Vous connaissez Beugné-l’Abbé ? moi oui »

François Bon a reçu le recueil des textes écrits par les jeunes gens de Saint-Michel-en-l’Herm : les élèves de la maison familiale rurale et ceux du collège où il était, lui, en sixième – ce n’était pas exactement le même collège en ce temps-là, mais quand même.

Il y a les souvenirs d’enfance, et les lieux attachés à ces souvenirs. « J’ai écrit sur la porte de la cuisine qui donnait sur le pont élévateur, ça suffit, qu’est-ce que vous allez chercher d’autre ? » Voilà ce qu’il dit, François, dans la vidéo (à la minute 18’17).

Les quatrième de Saint-Michel-en-l’Herm ont choisi d’autres lieux, écrit d’autres histoires. Par exemple, celle qui s’intitule « Titouan », que François a lue. Merci François.

Passion cigognes

J’aime mieux vous prévenir : je me suis pris de passion pour les cigognes qui nichent à côté de chez moi. Alors, il n’est pas impossible que je vous montre encore des images comme ça, ces prochaines semaines. Maintenant vous savez.

Deux minutes vingt-huit

On regarde cette vidéo et, comme par magie, on comprend d’un coup ce que je suis venu faire en Vendée.

Je me souviens de Charybde

Je me souviens qu’il y avait du monde chez Charybde le 24 octobre, pour la sortie du Héros et les autres. Je me souviens de mon émotion. Je me souviens d’avoir trouvé que la conversation avec Hugues était riche, comme toujours chez Charybde. Je ne me souvenais pas, par contre, de ce que j’avais dit précisément. Heureusement, il y a les précieuses archives sonores de la librairie : on peut (ré)entendre ma voix et celle d’Hugues, ici et ci-dessous.

Les yeux d’Ulisse / la mort d’Ulisse


Je suis ému d’écouter Brigitte Celerier lire cet extrait de L’épaisseur du trait. C’est un passage important pour moi, qui m’a pas mal bousculé avant de trouver sa place.

Parce que le ton n’est pas le même qu’ailleurs dans le livre, et parce que j’y ai inséré des bouts de phrases qui ne sont pas forcément de moi.

Cette tirade d’Ulisse est introduite, dans le livre, par cette citation-là (l’exergue de La vie mode d’emploi), parce qu’il est question souvent des yeux d’Ulisse et de son regard sur le monde.