Antonin Crenn

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S’échapper de cette double-page du plan parisien pour véritablement et pleinement exister

Ce matin, dans son émission Paludes sur Radio Campus Lille, Nikola Delescluse a parlé de L’Épaisseur du trait.

Programme de l’émission Paludes du 25 janvier 2019 (photo Nikola Delescluse)

Il commence toujours sa critique par la lecture d’un extrait et, en l’écoutant lire, eh bien, je suis content de redécouvrir ainsi mon propre texte (j’aime bien qu’il ait choisi cet extrait-là). Ensuite, il parle du livre. Il dit par exemple :

Au départ, c’est véritablement le silence et la promenade qui unit les deux personnages [Alexandre et Ivan], et on commence à découvrir, avec Alexandre et les autres protagonistes, ce territoire, ce monde dans lequel ils sont censés vivre et dont ils ne peuvent s’échapper, puisque — vous le savez si vous avez déjà manipulé un des plans de Paris —, on a les arrondissements qui sont sur deux pages, mais pas plus, et, si l’on veut passer à un autre arrondissement, il faut tourner la page. C’est cette page, justement, qui se tournera à un moment de l’existence d’Alexandre.

À propos de la deuxième partie (« Ailleurs »), il dit :

Une expérience absolument nécessaire, mais qui est toujours marquée par cette étrangeté et cette bizarrerie qui est, dès l’origine, dans l’Épaisseur du trait — à savoir qu’on ne sait jamais si ce voyage est réel ou non, et dans quelle mesure ce train que le personnage d’Antonin Crenn a pris est effectivement un train réel, et dans quelle mesure tout cela n’a pas été rêvé au cours d’une longue nuit dans cet appartement parisien.

Et là, s’il y a une autre bizarrerie, c’est dans la langue française : il peut dire (avec autant de justesse) aussi bien « le personnage d’Alexandre » que « le personnage d’Antonin Crenn », pour désigner Alexandre de deux manières différentes, puisque ce personnage est bien « le mien » — mais moi, j’ai envie de mettre ces deux bouts de phrases en parallèle pour les comprendre autrement, c’est-à-dire identiquement : j’ai l’impression qu’il dit que ce n’est pas Alexandre, mais moi qui ai pris le train. Ou bien, Alexandre et moi ensemble. Ce qui revient peut-être au même ?

Il avait déjà parlé du Héros et les autres dans l’émission, et c’est agréable pour moi de l’entendre faire le lien entre les deux.

Un texte qui, encore une fois, interroge beaucoup l’espace, comme c’était déjà le cas dans Le Héros et les autres, mais qui interroge aussi le rapport de l’un avec le groupe, avec les autres […] On a ici des autres, d’autres individualités qui viennent interpeller et interroger le personnage d’Alexandre, et l’inciter à s’ouvrir à cette forme de sensualité, à s’échapper de cette double page du plan parisien pour véritablement et pleinement exister.

Le mieux, c’est de l’écouter vous-mêmes en entier, ici.


L’épaisseur du trait (2019) d’Antonin Crenn, éd. Publie.net, coll. Temps réel, 2019 :
Présentation par Nikola

Merci, Nikola !

Une poésie minutieuse et affectueuse des choses, de la géographie et de l’architecture

Quand les rues sont agrandies sur les plans de Paris, ce sont les impasses qui en pâtissent. La cour Saint-Eloi qui donne sur le boulevard Diderot et où habitent Alexandre et ses parents a ainsi été réduite, les immeubles compressés, pour tenir dans l’épaisseur d’un trait. Ses parents partis furieux à la campagne, Alexandre se retrouve seul à vivre dans un espace étriqué, organisant et supprimant des meubles de manière à aménager son espace, jouant avec des tableaux et un miroir. «Il habitait un lieu minuscule qui s’annonçait minuscule : c’était la plus petite des promesses, celle qui était tellement peu ambitieuse qu’on était sûr de la tenir.» La famille de son ami Eugène souffre d’une pliure qui traverse leur logement. Quant à celui d’Ivan, un camarade du lycée Arago, l’entrée de son impasse disparaît parfois complètement. Le texte d’Antonin Crenn pratique une poésie minutieuse et affectueuse des choses, de la géographie et de l’architecture de ce quartier près de Nation. Et revisite le thème du passage à l’âge adulte, par la quête d’Alexandre, observateur puis acteur habitant de son trait.

Je suis heureux de cet article de Frédérique Roussel paru dans le Libération d’aujourd’hui.

Le point commun

Il y a un point commun entre le lauréat du prix Goncourt et moi (non, ce n’est pas le nombre d’exemplaires vendus de nos livres respectifs), et un seul journal a mis le doigt dessus : nous avons tous les deux été rédacteurs dans un service de communication de la mairie de Paris. Évidemment, le journal en question, c’est le journal interne de la mairie de Paris.

Merci Mission Capitale pour cette recension !

S’y fier ou pas

Ce serait mentir de prétendre que les livres (comme les gens) sont de purs esprits, qu’on n’est pas d’abord attiré (ou repoussé) par un corps physique ou par certains détails qu’on connaît déjà à leur sujet — ou qu’on croit connaître. Aussi, j’aime bien lire ce que je lis, ce matin, sur le blog de la Viduité : qu’on peut commencer à parler de livres avant de les avoir lus. Écrire immédiatement ce qu’on ressent quand on les reçoit et qu’on les feuillette (les impressions qu’on aura peut-être oubliées après qu’on se sera fait une opinion plus précise). Puis, lire le livre et :

Prendre le risque de se tromper, vérifier aussi ses intuitions, invalider, qui sait, ses préjugés.

Voici les préjugés que l’Épaisseur du trait inspire à l’auteur du blog :

Plongée dans l’inconnu, en remonter une cartographie pastel. Le goût, sans doute, de la dérive situationniste. Un plan pour nos errances, une représentation de nos pertes. Géométrie variable quatrième de couverture dixit. Y présupposer un aplat de sensations, l’inscription d’un passage avec la perte ainsi entendue. Certitudes pour ce livre de la chance de me laisser détromper.

C’est vraiment de tout ça qu’il s’agit, dans mon livre. J’aime comment c’est formulé. J’aime, notamment, qu’il y ait deux fois le mot « perte » dans ce paragraphe.

Faut-il se fier aux préjugés ? Pas toujours : ce matin, par exemple, est aussi le moment où j’ai reçu mes exemplaires du livre. Dans un très gros carton. Pourquoi un si gros carton ? Y aurait-il, chez l’imprimeur, une de ces personnes qui, à Noël, emballent de minuscules cadeaux dans de grands boîtes gigognes, pour amuser la galerie ? Y-a-il vraiment des gens qui font cela, d’ailleurs ?

Il ne fallait pas s’y fier, alors, à ce très gros carton, puisque les livres sont tout petits. C’était un leurre. (Mais je pouvais me fier, par contre, au poids du carton).

Ils sont très beaux. Je suis fier. Vous pourrez les voir à partir du 9 janvier.

Ce qu’il serait possible de faire disparaître entre nous pour permettre à nouveau cette rencontre impossible

Hier sur Radio Campus Lille, dans l’émission Paludes, Nikola Delescluse a parlé du Héros et les autres. On peut réécouter l’émission sur son blog. Cette photo est de lui :

Il commence par lire quelques pages (l’épisode de la fête). C’est doux, cette sensation, d’entendre mes mots qui ne m’appartiennent plus, dits par la voix d’un autre. Puis il parle du livre. Il dit notamment :

[…] dans ces promenades aventureuses qui l’entraînent près des ruines du château, ou loin, en tout cas, de ses congénères ; destination vers laquelle il va essayer petit à petit d’entraîner son ami Félix, de se convaincre que ce garçon qui parfois lui donne l’impression d’être comme les autres est, quand même, un peu semblable à lui, avec cette sensibilité particulière au monde, ce goût de la solitude, ce goût de la réflexion, de la ratiocination, d’un fonctionnement cérébral qui ne serait jamais laissé en jachère. Et sur ces quelques pages ramassées, Antonin Crenn arrive véritablement à nous faire pénétrer dans cette adolescence toute particulière, très tourmentée, tourmentée parfois vainement (et Martin en a conscience) mais tourmentée malgré tout, avec cette incapacité à dire les choses, à savoir de quoi parler, et avec ce sentiment d’être comme derrière une vitre, une vitre qui sépare le personnage principal, ce fameux héros, des autres.

Plus tard, il parle de René Crevel, que je ne connais pas encore (j’ai envie de le lire bientôt, du coup) :

Il y a chez René Crevel cette sensation, ce sentiment d’être séparé par ce qu’il appelle d’« obscènes membranes ». On retrouve ici, distribué différemment bien évidemment, avec l’écriture d’Antonin Crenn, cette même interrogation sur ce qu’il serait possible de faire disparaître entre nous pour permettre à nouveau cette rencontre impossible. Rencontre impossible qui est au cœur même du Héros et les autres. Rencontre impossible entre Félix et Martin, parce qu’elle est au cœur même des interrogations masculines dans le texte : on a l’impression que le monde de Martin est entièrement constitué de ces garçons dont il observe le corps à la piscine, qui le fascinent et l’attirent et qui, en même temps, lui semblent résister à son approche. […]

À la fin, il dit :

Cette statue […] est à la fois une représentation, presque une configuration, de ce Martin, qui est placé au cœur même de la ville comme l’est la statue de ce jeune homme (qui crie au moment où il semble tué), mais qui en même temps est séparé de cette ville, n’appartient pas véritablement à ce monde, et dont l’alliage de métal fait qu’il est comme insensibilisé, coulé dans un bronze qui lui interdit cette humanité à laquelle aspire Martin. On est véritablement dans un univers de conte, aussi, avec cet espoir fou et incroyable du héros qui aspire à être à la fois lui-même et un autre et, dans cette rencontre de deux dualités, à se découvrir enfin lui-même et à se concrétiser, et à se réunir pour n’être plus qu’une personne.

C’est un peu bête d’avoir recopié des passages comme ça : le mieux, c’est quand même d’écouter l’émission ! Je l’ai écoutée presque comme s’il s’agissait d’un autre livre que le mien, et elle me donne très envie de le lire, ce livre. Merci Nikola.

« Les lieux sont les lieux de la découverte de soi, ou quelque chose comme ça »

Martin, le héros et les autres.

Le héros et les autres, c’est l’histoire de Martin, qui ne sait pas comment faire avec les autres, dans toute leur quotidienne opacité, toute leur virilité ordinaire, et qui ne sait pas qui est le héros de sa propre histoire. Le héros prend la forme d’un jeune homme anonyme au cri muet, sur le point de mourir depuis un siècle, sans avoir rien demandé à personne, mais proclamé héros au milieu du square urbain d’une ville qui n’en est pas une, un peu absurde lui aussi ce square urbain à la campagne ; c’est peut-être pour ça que Martin aime ce lieu. Car Martin aime les lieux. Sa principale activité est de les parcourir, de les découvrir, de les faire découvrir. Depuis Passerage des décombres, du même Antonin Crenn, on avait compris que les lieux sont les lieux de la découverte de soi, ou quelque chose comme ça. Le héros et les autres est un bref et beau roman qui poursuit ce chemin. Il vient tout juste de paraître aux éditions Lunatique.

Si c’est Philippe Annocque qui le dit, c’est que ça doit être vrai.

C’est une sorte d’angoisse diluée, filtrée jusqu’à la tendresse

« Loin de tout c’est l’enfance, en plein dans le bain du monde. Et ce monde c’est avant tout une nature qui paraît installée depuis toujours et pour toujours, le contraire du bruit insatiable que s’évertuent à créer les grandes personnes qui régissent les affaires, faux héros mais vrais guignols de notre temps. De ce monde apparemment immuable surgissent des cadeaux pour le regard, des apparitions. Ou des souffles. Le personnage, Martin, qui baigne ou est baigné, il est évidemment seul comme vous et moi, comme nous l’étions à un certain âge où rien ne se dit mais s’imprime en soi. Il sent son environnement comme le sent un grand solitaire ou un enfant, avec une sorte de perception qui rend équivalentes toutes les valeurs du paysage. Pas de lointain, pas de proche, c’est un milieu ambiant où la conscience d’être, qui n’est ni heureuse ni malheureuse, évolue et remarque, et écrit. S’écrit. »

Jean-Claude Leroy est poète. Il écrit aussi sur son blog « Outre l’écran », sur Mediapart. Son dernier billet est consacré au Héros et les autres : je vous invite à le lire ici. Je suis heureux comme tout.

« D’une tendresse et d’une sensibilité infinies »

« Cette très belle histoire racontée par Antonin Crenn est d’une tendresse et d’une sensibilité infinies. Un album des petites choses du quotidien qui deviendront nos souvenirs les plus prégnants. Beaucoup de pudeur, d’émotions et une manière de raconter toute en finesse et en délicatesse. »

C’est Yves Mabon qui le dit, à propos des Bandits. Merci Yves.

« Des aléas de la vie déguisés »

« Une cabane de plage comme destination de vacances familiale. Chaque année, un jeune garçon part avec ses parents et son frère en bord de mer. Mais des aléas de la vie déguisés sous la plume imaginaire et poétique d’Antonin Crenn viennent bousculer l’équilibre. C’est l’une des nouvelles qui m’a le plus émue par sa thématique et son traitement. »

Sur le blog L’ivresse littéraire, on lit des éloges sur le recueil Petit ailleurs et, je ne m’en cache pas, je suis drôlement content de lire ces mots sur ma nouvelle « Les étés » !

« En bref, une nouvelle pleine de tendresse, de sincérité, un peu mélancolique et surtout très touchante »

« L’auteur nous emmène ici dans un endroit à l’abandon, un endroit où la nature a repris ses droits alors qu’autour, tout continue d’évoluer, de bouger, de changer. Tout sauf cet endroit où deux jeunes garçons viendront jouer, rêver, grandir, se découvrir et découvrir l’amour. Un endroit qui gardera en mémoire une partie de leur histoire, leurs jeux d’enfants et bien plus encore. Une belle histoire sur les souvenirs d’enfance écrite avec simplicité, douceur et sincérité. En bref, une nouvelle pleine de tendresse, de sincérité, un peu mélancolique et surtout très touchante. »

Lu sur le blog de Ma little clémentine à propos de Passerage des décombres.