Antonin Crenn

Tag: Les plans

C’est jeudi au 6, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie

Jeudi à 19 heures, on vous présente L’épaisseur du trait, on papote un peu de mes livres (et d’autre chose si vous voulez), on boit un verre ensemble : c’est la librairie Les Mots à la Bouche qui m’accueille (merci !).

Vous viendrez ?

La librairie est au 6, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie à Paris 4. C’est là (je vous montre sur le plan). À peu de chose près (genre, quatre millimètres), on tombait juste dans la pliure. Ouf ! On l’a échappé belle.

Combien de fantômes

J’étais encore dans mes plans, à me promener. Là, c’était dans le Guide commode de la banlieue de Paris dressé par André Lecomte (38, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, téléphone Turbigo 89-18). La ville où j’ai grandi a pas mal changé, depuis, en particulier sur les bords de Seine qui m’intéressent tout spécialement. J’aurais bien aimé faire ça, comme métier : être le gars qui dessine les lignes sur le fleuve pour signifier le mouvement lent du courant. Quand ils ont construit l’immeuble où j’ai vécu, dans les années 80, ils en ont profité pour changer le nom de l’impasse qui y mène : cité Zapon, ça faisait sans doute trop lotissement pavillonnaire, ça faisait ouvrier, un peu cheap ; ils ont mis hameau Sisley à la place, qui sonne plus distingué, plus villa des happy few, vous voyez ce que je veux dire ? Quand j’étais petit, il restait encore une occurrence de l’expression « cité Zapon » sur l’armoire électrique du parking, à l’entrée de la résidence.

Je n’ai pas souvent l’idée d’utiliser Google maps. Pourtant, je trouve ça fascinant, comme tout le monde – c’est-à-dire effrayant et excitant à la fois. Je viens de vérifier : ce que j’ai toujours appelé « l’impasse » (autrement dit : la cité ou le hameau) n’a toujours pas été visité par la voiture de Streetview. Vous ne pourrez donc pas vous y promener. Dans les autres rues du quartier, on peut. On n’y rencontre pas un chat : dans ces banlieues-là, on reste chez soi, on ne déambule pas. Ah, si : voilà quelqu’un. Comme c’est bizarre. Dans ma rue. Un garçon roux qui transporte une banane.

J’ai toujours eu un faible pour les garçons roux et je ne cherche pas à savoir pourquoi. « Ils » lui ont flouté sa petite gueule de fantôme. Quelques rues plus loin, je vais voir mon lycée. Par curiosité seulement ; en aucun cas par nostalgie. Un endroit sinistre (un parallélépipède rectangle posé sur une cour de béton : une architecture assez typique de prison scolaire). Devant la grille, ce garçon m’adresse un grand geste amical.

C’est trop tard, mec, c’était il y a quinze ans qu’il fallait me faire coucou, pendant ces trois années de lycée où je n’ai jamais été aussi seul de ma vie. Gros malin. Il arrive après la bataille, celui-là. Et puis, d’abord, ce n’est même pas à moi qu’il fait coucou : c’est à la Google car. Les fantômes parlent aux fantômes.

Un coup de fil de J.-E. : il m’appelle de la gare de Bretenoux, son train est en retard et sa correspondance a sauté. « Ils » vont lui trouver un hôtel à Brive. Tu parles d’une tuile. Je suis triste pour lui – et pour moi, parce que j’aurais voulu dormir avec lui. Mais je me rappelle comme, il y a quelques années, j’étais juste paniqué à l’idée de dormir seul : un coup comme celui-ci devait se prévoir, s’organiser, de manière à me laisser le temps de trouver un copain pour sortir avec moi, pour que je rentre tard à la maison sans avoir vu la nuit tomber, et que je me couche seul, certes, mais fatigué. Ce soir, non, je n’éprouve pas cette angoisse. Je ne suis même pas inquiet. Je suis seulement, disons : chiffonné, parce que j’aurais été mieux avec lui que sans lui.

En rentrant à la maison, en préparant mon dîner, j’ai l’idée d’appeler ma mère. Avant, ç’aurait été typiquement le moment idéal pour se téléphoner : la bonne heure (un début de soirée) et la certitude d’avoir du temps devant nous pour parler. Mais ça, c’était avant. J’ai déjà eu la même pensée cet après-midi : ç’aurait été, aussi, un moment idéal et j’ai quasi fait le geste de prendre mon téléphone. Et je me suis arrêté. Il y a donc eu une époque où des circonstances absolument identiques à celles que je vis en ce moment auraient été idéales pour lui téléphoner, et, depuis, tout a changé. Cette époque, je n’arrive pas à comprendre si elle est tellement loin d’aujourd’hui : en distance ou en temps (je crois que c’est un peu la même chose), elle est tout près de moi. Mais, si c’est une distance qui ne se parcourt plus, est-ce que ça a encore du sens de la mesurer ? Il y a un grand mur au milieu, qui arrête mon geste quand je voudrais prendre mon téléphone. Et c’est cela qui a changé.

Je connaîtrai Luçon

Connaissez-vous Luçon ? Moi, non.

Je ne parle pas de Luchon (dans les Pyrénées) — on aurait pu le croire —, ni de Montluçon (dans l’Allier), ni même de suçon (dans le cou) — on aurait pu le croire. Non, c’est de Luçon que je parle et c’est en Vendée.

Je ne connais pas Luçon et je vais passer trois mois dans cette ville. C’est une résidence d’écriture et c’est la communauté de communes Sud Vendée Littoral qui m’accueille. Je suis très fier d’avoir été choisi et très excité à l’idée de partir là-bas. Et un peu impressionné, aussi, je dois bien le dire, car je serai alors l’écrivain : celui dont la présence dans cette ville est justifiée par ses seules activités littéraires. Ce n’est pas rien. Et intimidé, aussi : parce que la plus grande partie de mes interventions auprès du public auront lieu dans des écoles et des collèges : je vais rencontrer les élèves et les faire écrire. Les accompagner dans l’acte d’écriture. Carrément. Autant dire que je suis investi d’une drôle de mission. J’ai très envie d’y être.

Mon projet ressemble à ceci : puisque j’aime écrire sur les lieux — à partir des lieux —, j’aimerais voir dans quelle mesure on peut creuser ce même sillon avec les enfants et les adultes que je vais rencontrer. Ils connaissent leur lieu, eux, puisqu’ils y habitent. J’ai envie qu’ils m’en parlent, qu’ils le décrivent, que nous racontions des histoires ensemble à partir de ces lieux : un portrait du territoire, une exploration sensible, une cartographie par l’écriture — enfin, vous avez saisi l’idée.

Pour l’instant, je me promène sur les cartes de la région. Autour de Luçon, il y a des marais, des canaux. Des grands espaces et des petits villages. La mer. Je verrai tout cela en vrai, bientôt : à partir du mois de mars et au fil des douze semaines que je passerai à Luçon et dans les autres communes du coin.

Alors, à la fin, je connaîtrai Luçon.

La forme de cette ville

« La forme d’une ville », etc. On le sait. Écrire une histoire, ce peut être, par exemple, décrire la forme de cette ville plutôt que d’une autre. Et écrire cette histoire-ci, qui advient dans ce lieu-là.

La ville du Héros, pour moi, c’était ça.

La place Robespierre-Saint-Honoré

Se promener dans Paris ou dans le plan de Paris sont deux plaisirs, desquels je ne saurais choisir mon préféré. Dans ce plan-ci, mon plaisir est localisé particulièrement au centre de la page — à l’endroit de la place Robespierre (et de la rue du même nom). Nous sommes juste après 1946 : la place du Marché-Saint-Honoré (et la rue du même nom) rendent hommage à celui qui habitait à deux pas et qui embrasait de ses discours le club des Jacobins situé précisément ici.

Les auteurs du plan ont craint que les Parisiens se perdent (la période était riche en changements de noms) : aussi, l’index indique (hou, le pléonasme) simultanément la localisation, d’une part, de la place Robespierre, dans la rue Robespierre, débutant elle-même rue Saint-Honoré ; et d’autre part, de la place du Marché-Saint-Honoré, dans la rue du Marché-Saint-Honoré, débutant dans la rue Saint-Honoré. De la deuxième proposition naît le trouble du visiteur qui, guidé par les précisions de l’index, cherchera en vain sa rue sur le plan. Il se perdra — l’heureux homme ! Parce que le temps est passé à toute vitesse : l’époque a changé, la ville a changé, le dessin du plan a changé ; la liste alphabétique a fait ce qu’elle a pu. Et le cœur des mortels, on le sait, reste à la traîne.

En 1950, Robespierre retourne aux oubliettes (que sont devenues ses éphémères plaques de rue ? Quel admirateur fétichiste s’en sera saisi ?) Danielle Casanova, nommée à la même époque, est restée (ouf). Et les fâcheux se rassurent : si Paul Déroulède a été chassé du Louvre en 1957 (on dit maintenant avenue du Général-Lemonnier), il est encore planqué dans le 15e, du côté de la Motte-Picquet — et Maurice Barrès reste sur sa position, au coin de la rue Cambon.

Il n’a pas encore été question, a priori, d’appeler la place Vendôme place Gustave-Courbet. Ç’aurait été marrant.

Excursions pédestres dans la forêt de Fontainebleau

Dans Papier Machine, je narre les aventures d’un caillou qu’on appelle la Roche-Éponge et qui existe vraiment (je vous ai mis un bout de la carte des Excursions pédestres dans la forêt de Fontainebleau, pour preuve). Voilà : je vous montre ici ces quelques extraits parce que je suis très fier d’être dans cette revue magnifique, mais je ne vous en donne pas plus, pour vous garder la surprise quand vous l’achèterez comme des fous, en cliquant sur le site par exemple.