Antonin Crenn

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Quand on arrive dans les villages

Les villages, c’est assez différent des villes. Par exemple, il n’y a pas d’immeubles, mais des maisons : la plupart des gens n’ont pas de voisins du dessus ou du dessous. Les maisons sont alignées le long d’une rue, qu’on appelle parfois simplement la rue, s’il n’en existe pas d’autre. Entre les maisons s’intercalent d’autres bâtiments : des granges ; ou des espaces non bâtis : des prés. Enfin, la plupart des gens des villages ne vivent pas, en fait, au village, mais dans des écarts, des hameaux, des lieux-dits.

Voilà ce que je me dis en arrivant à Saint-Martin-Lars-en-Sainte-Hermine — une jolie commune dont il faut plus de temps pour prononcer le nom que pour la traverser (on disait ça, quand j’étais petit, à propos de Goudelancourt-lès-Pierrepont où je passais mes vacances). Moi qui suis un voyageur venu d’ailleurs, j’ai observé le lieu ainsi.

Ce matin, à l’école de Saint-Martin (appelons-nous par nos diminutifs, maintenant que nous nous connaissons), j’ai proposé aux enfants de faire précisément cela : après qu’un élève a dessiné le lieu que lui décrivait son camarade, un troisième décrit le lieu tel que représenté par le dessin, comme s’il était un voyageur venu d’ailleurs, c’est-à-dire comme s’il n’avait aucun savoir préalable quant à cet endroit, s’il ne savait pas à quoi sert une maison, ni ce qu’est un cheval. « Quand on arrive dans ce lieu, on voit… » Ils ont joué le jeu, ils ont écrit des choses chouettes.

Ah, je ne vous ai pas dit : à Saint-Martin, il existe un lieu-dit qui s’appelle les Villages. Le panneau de la photo pointe vers là, naturellement.

Dans la tête du personnage

« Elle est bien, ton histoire, j’y retrouve tous les détails dont tu m’as parlé, les actions qui s’enchaînent, c’est logique, ça tient la route. Mais ça ne me suffit pas (je suis pénible). Je me demande, maintenant, pourquoi il fait ça, ton personnage. Et à quoi il pense. Ce qu’il ressent quand il se trouve ici, quand il agit comme ça. Qu’est-ce que tu crois, toi ? À ton avis ? Il éprouve quoi, le personnage ?
— Ben, chais pas.
— Alors, on n’a qu’à dire que c’est toi, le personnage. Imagine. Tu te trouves exactement dans cet endroit, et tu fais ce qu’il est en train de faire : ça a quel effet sur toi ? Mets-toi dans la tête du personnage. »

C’est ce que j’ai cherché à comprendre aujourd’hui : ce qui se passe dans les têtes — alors que, les fois d’avant, je m’intéressais surtout au décor : quel genre de patelin c’est, Saint-Michel-en-l’Herm, et à quoi ressemblent les environs.

Pour la dernière séance avec les quatrième, on termine leurs textes, on peaufine la psychologie. À quoi penses-tu, quand tu t’aperçois que ta meilleure copine n’est toujours pas ressortie de la cabine d’essayage trois heures après y être entrée ? Comment vous sentez-vous, quand le hasard vous confronte à nouveau à votre lâcheté, en vous rappelant la noyade d’un camarade survenue trois ans plus tôt ? Qu’est-ce qui te motive, toi, à apprivoiser un rat dans ce bureau de poste désert, à lui parler, à lui trouver un nom, puis à le manger ? Que te dis-tu, toi, quand tu découvres que les maisons de ton village, vues du ciel, ont la forme des lettres de ton prénom ? Que se passe-t-il, en vous, quand vous vous inquiétez pour votre copain qui vient juste d’être kidnappé à la sortie de son match de foot ? Et enfin (et surtout ?), quel genre d’émotions t’habitent quand tu trucides froidement tous tes meilleurs amis un par un ? « Mettez-vous dans la tête du personnage », leur ai-je dit.

Le matin, avant que l’atelier d’écriture ne commence, je me suis ravitaillé à la supérette, parce que mon frigo était vide (j’ai emménagé hier). Juste en face, ce panneau de bois décoré par les enfants (si ça se trouve, ces enfants ayant grandi sont devenus les collégiens que j’ai vus aujourd’hui : j’aurais dû le leur demander). Vous passez derrière, et vous glissez votre tête dans le trou afin de la placer, précisément, dans celle du personnage.

Il n’y a pas de grande différence (Rosnay, troisième)

Quand les enfants me demandent « comment je suis devenu écrivain » et que je leur réponds que la question pourrait être, plus justement, « comment je le suis resté », je suis sincère : c’est vraiment ce que je ressens. Il n’y a pas de grande différence entre ce que je fais aujourd’hui et ce que je faisais il y a vingt-cinq ans, quand je dessinais des trucs compliqués que j’expliquais à mes parents, pour leur raconter l’histoire que j’avais en tête. Tous les enfants font pareil. Il y a une différence bien plus grande, par contre, entre moi et cette sorte d’adultes qui, un jour, cessent de dessiner, d’écrire, d’inventer, de créer, de s’exprimer. Avec des adolescents, parfois, on est déjà presque passé de l’autre côté, et il faut souffler sur la flamme pour la raviver. Il y a des gens qui font ça formidablement, entretenir la petite étincelle : des profs qui y croient — et leurs élèves ont de la chance. Je crois que c’est aussi pour ça que le courant est bien passé entre moi et les gosses de l’école de Rosnay (et je dis exprès « les gosses », parce qu’ils ont lu mon autre billet dans lequel je disais « les gosses » et qu’ils ont tiqué : « on est des gosses, nous ? » — eh bien oui, je persiste et je signe : vous êtes des gosses, et même de chouettes gosses !)

Il n’y a pas tant de différence, alors, entre ce qu’ils ont fait pendant l’atelier et ce que je fais, moi. C’était précisément l’expérience que je voulais mener : le point de départ (un lieu), les outils (la description, le dessin), et l’histoire qui se déroule toute seule : c’est ce que j’aime faire, pour moi, et je voulais l’essayer avec eux. Aujourd’hui, ils ont peaufiné leur histoire en corrigeant, en développant le texte écrit la semaine passée, qu’ils avaient tapé et imprimé (un travail de correction sur épreuve, dirais-je, pour jargonner). On a pu entrer dans la finesse, dans l’écriture véritable. Ils se sont trouvés dans une position que je commence à bien connaître : celle de l’auteur poussé dans ses retranchements par l’éditeur.

À l’une, qui passait subitement, dans sa narration, du passé au présent, j’ai dit ce que m’aurait dit Pascale : « soit tu as une excellente raison de le faire, et c’est une bonne idée ; soit tu n’y tiens pas, et on corrige ». Et en fait, c’était bien, cette rupture de ton, de rythme : on l’a gardée — l’important, c’était d’en prendre conscience : de savoir précisément ce qu’on a écrit et quel sens cela prend par rapport à l’intention littéraire.

À un autre, qui s’était lancé dans un voyage initiatique, j’ai dit ce que m’avait dit Guillaume sur L’épaisseur du trait : « tu promets au lecteur qu’il va se passer quelque chose d’important, puis, à la fin du voyage, le personnage rentre chez lui ; mais sais-tu vraiment ce qui s’est passé pour lui entre-temps ? ce qu’il a appris ? » Ce matin, tout était déjà dans le texte (il n’avait pas écrit n’importe quoi sans raison) : le personnage fait l’expérience d’un sentiment et c’est cela qui le grandit. Il suffisait d’en avoir conscience pour que la fin du texte prît tout son sens, en modifiant presque rien.

À un troisième, j’ai failli faire le coup que m’avaient fait ces éditeurs qui, en refusant L’épaisseur du trait, m’avaient frustré : « il est très bien écrit, ton texte, la langue est belle, c’est agréable et poétique, mais on comprend mal le lien entre les deux parties, qui sont très différentes l’une de l’autre ». Je me suis ressaisi à temps, heureusement, parce que son texte est vachement bien et qu’il ne faut pas qu’il croie le contraire. Il fait miroiter au lecteur un récit épique, puis, brusquement, on bascule dans une évocation poétique et hédoniste du paysage. Une seule phrase, à la fin, donne tout son sens au récit : « ils étaient fiers de leur aventure » — oui, parce qu’il s’agit bien d’une aventure quand même, d’une autre aventure : celle des sens, de la découverte du paysage. C’est cette phrase-là qui contient tout l’enjeu littéraire du texte.

Je pourrais parler des autres aussi, bien sûr, parce qu’ils m’ont tous épatés. Mais ce n’est pas le propos de ce billet : je parle ici seulement de moi (pardon), et de ce que je perçois encore mieux sur ma propre écriture en voyant comment ils écrivent, eux.

C’était la dernière séance d’atelier à Rosnay. Je reviendrai dans quelques semaines pour le partage de ces histoires avec le public (c’est important d’aller au bout du projet, jusqu’à la rencontre du lecteur). À ceux qui étaient déjà tristes de me voir partir (moi aussi, je déteste les séparations), j’ai promis qu’on aurait l’occasion de se faire des adieux déchirants, la prochaine fois.

Les lieux et les faits (divers)

Heureux habitants de Saint-Michel-en-l’Herm et des environs : ils ne savent pas encore quels drames se déroulent dans leur petite commune — et, surtout, dans la tête et sur les cahiers des jeunes gens du collège des Colliberts et de la Maison familiale rurale.

Le collège des Colliberts à Saint-Michel-en-l’Herm

Tenez, je vous le dis, à vous, ce qui se trame dans leur imagination : sur la place de la Boucarde se nouent des intrigues amoureuses qui finiront en crimes sanglants ; du fond de l’étang de Saint-Michel-en-l’Herm resurgit le passé et, avec lui, la culpabilité des collégiens ; un petit garçon visitant avec angoisse les maisons du village de Puyravault s’aperçoit que celles-ci, vues du ciel, ont la forme des lettres de son propre prénom (on aurait pu l’appeler Philémon, à cause du naufragé du A) ; de la place de l’église de Champ-Saint-Père au skatepark de l’Aiguillon-sur-Mer, une bande de cinq amis est décimée (par l’un d’entre eux, mais je ne vous dis pas lequel) ; un garçon perdu dans la forêt de Saint-Denis-du-Payré est en proie à des cauchemars étranges ; des jeunes filles partant faire du shopping à la Faute-sur-Mer ont vent de disparitions mystérieuses (et jouent le remake de la rumeur d’Orléans) ; un rendez-vous innocent entre quatre amis sur la place de Sainte-Gemme-la-Plaine tourne morose à cause de rancœurs inavouées (et la police s’en mêle au rond-point de Luçon) ; un garçon pose un lapin à ses amis sur la place de Péault, qui découvrent la raison de son absence en voyant les faits divers à la télé (il s’est passé un truc au stade de Saint-Michel-en-l’Herm, dans le genre affreux).

Vous êtes prévenus, maintenant. On termine ces histoires (et on les peaufine) après les vacances.

Paysage surprise

Vous le saviez, vous, que Godzilla vivait caché dans un étang de Vendée ?

Ce matin, deuxième séance d’atelier d’écriture à l’école de Rosnay.

Je connais la Boucarde

Ce matin, je ne savais pas que ça existait, la Boucarde. Je suis arrivé en avance pour l’atelier d’écriture à Saint-Michel-en-l’Herm, alors j’ai fait un petit tour dans le bourg. Et, comme je suis passé devant le collège des Colliberts (c’est-à-dire : le collège d’où viennent les élèves qui se mêleront à ceux de la maison familiale rurale, tout à l’heure), je l’ai pris en photo pour la publier sur Facebook. Puis, j’ai vu l’église, le monument aux morts, la mairie. Je ne suis pas passé par la Boucarde. J’ai découvert Saint-Michel-en-l’Herm comme un touriste — cette petite ville du marais à quinze kilomètres de Luçon (c’est écrit sur le panneau Michelin, c’est pour ça que je le sais).

L’atelier commence : les élèves forment des groupes de trois ou quatre : chacun pense à un lieu et l’explique aux autres pour le décrire, en extraire des mots, des émotions, des actions qui deviendront nos outils pour raconter une histoire. Plusieurs élèves ont choisi : la Boucarde. Parce que c’est l’endroit où ils se retrouvent entre copains.

Sur Facebook, François Bon me dit qu’à l’époque où il était au collège à Saint-Michel-en-l’Herm, ce collège-là n’existait pas encore : les cours avaient lieu dans des préfabriqués posés sur la place de la Boucarde. Encore la Boucarde, toujours la Boucarde ! Mais, précise-t-il, à l’époque où il avait l’âge des élèves avec qui j’ai passé la matinée (et avec qui j’ai aussi déjeuné, et très bien déjeuné d’ailleurs), il n’y avait pas de skatepark sur la Boucarde. Les temps changent.

C’est drôle, de découvrir ce bourg à travers ce qu’on veut bien m’en dire : aucun des lieux que j’ai été voir pendant ma visite touristique express n’a été évoqué ensuite, pendant l’atelier, par les élèves. Ensuite, j’ai été voir quelques-uns des lieux qu’ils ont choisis, eux, avec dans la tête les descriptions qu’ils en ont donné. J’ai vu l’étang. Et puis, surtout, j’ai fini par la voir, cette place dont tout le monde parle.

Je suis le dernier des derniers à la connaître, mais maintenant — ouf ! — je suis à niveau : je connais la Boucarde.

J’ai trop parlé

Ils n’aiment pas quand le personnage meurt, eux non plus. Au moins, tout le monde est d’accord là-dessus. Je suis retourné au lycée Gustave-Eiffel de Rueil, hier, pour rencontrer des élèves (ce ne sont pas ceux de l’atelier d’écriture, mais d’autres). Ils ont lu Le héros et les autres et nous avons parlé ensemble du livre. Une jeune fille m’a demandé pourquoi c’était l’un des personnages (et pas l’autre) qui se suicidait — je lui ai répondu que je n’étais pas si certain qu’il se soit suicidé, et surtout, que l’autre aussi s’était suicidé à sa manière, même s’il n’était pas mort. Une autre m’a demandé si Martin était homosexuel (marrant, ce mot : au collège de Thiais, celui qui avait posé la même question avait dit : gay) — je lui ai répondu que je pensais que oui, même s’il était difficile d’en être sûr. En fait, tout était comme ça : j’ai répondu à côté des questions, tout le temps. Et ça ne les a pas frustrés, au contraire ; je crois bien qu’ils ont pigé qu’il était beaucoup question de ça dans le livre : de questions (plutôt que de réponses) et d’interprétations (plutôt que de certitudes).

Peut-on raisonnablement penser que ces jeunes gens de Rueil en 2019 sont meilleurs que ceux qui avaient quinze ans en 2003, dans mon lycée, à six kilomètres de là ? Je ne vois pas pourquoi ils seraient si différents. Mais alors, si ça se trouve, les gens qui étaient dans ma classe en ce temps-là étaient, eux aussi, des êtres doués d’intelligence et de sensibilité ? Je suis obligé de croire que oui — et j’étais complètement passé à côté de cela, à l’époque. Je croyais alors qu’ils n’étaient qu’une masse informe et impénétrable ; ils étaient pourtant des individus munis d’une personnalité. Merci à vous, jeunes gens de Rueil, de me rappeler cela. Vous m’avez eu l’air de chouettes personnes, j’ai aimé répondre à vos questions (j’aurais aimé vous en poser plein, mais nous n’étions pas là pour ça).

« C’est quoi, un bon roman ? » Un garçon m’a demandé ça, à la fin. J’ai répondu à côté, évidemment, parce que je ne connais pas la réponse. J’ai dit que les compliments qui m’avaient le plus touché sur mes livres — deux personnes différentes l’ont formulé, l’un à propos de L’épaisseur du trait et l’autre à propos du Héros — c’est quand on m’a dit : « Je n’ai jamais lu quelque chose comme ça ». Ils n’ont pas prétendu que mes livres étaient les meilleurs qu’ils avaient jamais lu ; ces deux lecteurs m’ont dit seulement que, si je ne les avais pas écrits, personne d’autre ne l’aurait fait. Pour moi, c’est la seule bonne raison de continuer.

À la fin, deux garçons sont venus me voir pour me dire qu’ils étaient contents d’avoir lu Le héros et de me rencontrer (l’émotion, là, pour moi, c’est difficile à décrire), parce que « Notre prof elle est bien, hein, mais les livres qu’elle nous fait lire, des fois, c’est quand même ennuyeux. Alors que le vôtre, il est facile à lire, il nous touche, il parle des choses qu’on ressent. Chercher sa place par rapport aux autres, tout ça. »

Je termine par une spéciale dédicace au jeune homme qui, au moment où le prof a demandé si les élèves voulaient marquer une pause entre les deux heures, a été le seul à répondre : non (je ne vous décris pas son sourire, mais il faisait plaisir à voir). Il faut dire que c’est lui qui a pris la parole, plus tard, pour dire que « Si Martin et Félix ne se parlent pas, c’est peut-être parce que d’aller ensemble dans les mêmes lieux, c’est déjà partager une intimité plus grande que ce qu’ils pourraient se dire par la parole ». Ce qu’on partage quand on partage un texte (que j’ai écrit, et qu’ils ont lu), c’est sûrement de cet ordre-là aussi. Alors j’ai trop parlé, hier, sans doute.

Beau comme

Il y a celle qui dit n’avoir aucune imagination (et qui aura pourtant dessiné plus que tous les autres), celle qui se fait passer pour une dure à cuire (mais qui voudrait bien fignoler son coloriage), celui qui refuse qu’on découpe l’album de Barbapapa (mais les autres, on peut en faire des confettis), celle qui a plein d’idées avec sa copine (mais qui n’en répète qu’une sur dix quand il faut passer devant tout le monde), celle qui n’est pas emballée à l’idée d’écrire une comptine (et qui fait pourtant des rimes sans s’en apercevoir), celle qui me demande si on peut m’appeler Antonin (parce que « monsieur », ça fait trop prof, sans doute), celle qui écrit les dialogues (pendant que son camarade écrit les descriptions), celles et ceux qui préfèrent trouver le titre à la fin (alors que moi, je préfère l’avoir dès le début), celles et ceux qui aiment bien les illustrations rétro (Caroline, on peut même dire que c’est ringard, non ?), celui qui écrit en vers sans savoir pourquoi (comme « qui vous savez », qui faisait de la prose à son insu), celle qui tape son texte sur l’écran de son téléphone plutôt que sur le papier (par habitude), celle qui minaude pour se faire bien voir (et qui ne sait pas que son charme n’a pas de prise sur moi), celle qui commence à lire un album en attendant que l’atelier commence (une bonne manière de s’occuper, à mon avis), celles qui écrivent et dessinent une BD de quatre pages (alors qu’on avait dit de raconter une histoire en trois phrases), celle qui veut lire son texte la première (et celle qui préférerait ne pas), celles et ceux qui ont dit à la fin qu’ils étaient contents (autant que moi), celle qui n’a pas dit qu’elle l’était (mais elle souriait quand même) : il y a tous ces élèves (et même d’autres) dans la classe de seconde que j’ai rencontrée cette semaine. Je les ai vus en deux fois (une moitié de la classe, puis l’autre), mardi et ce matin. Un atelier d’écriture dans le cadre du parcours Lectures pour tous au lycée Gustave-Eiffel de Rueil.

À partir d’images trouvées dans des albums, découpées et associées deux par deux, ils ont créé des rapprochements, des collages (le fameux coup de la « rencontre fortuite » de la machine à coudre et du parapluie) : naturellement, ça a donné des histoires. Il s’agissait de les mettre en forme, ensuite.

Et voilà, ces histoires sont écrites. La prochaine étape, pour les élèves, ce sera de composer un livre avec ces textes et ces collages (à l’occasion d’un atelier « livre numérique » à la médiathèque, dans dix jours). Il sera beau, ce recueil, j’en suis sûr. Il sera beau comme la rencontre fortuite d’un chat victime du rhume des foins, d’une mère se souvenant de ses jumeaux depuis le paradis, d’un dragon surgissant dans un potager, d’un triangle amoureux se concluant par une vengeance, d’enfants géants voulant atteindre le soleil, de trois poussins colorés apprenant à accepter la différence, d’un père échouant à faire partir les cauchemars, d’un homme tête-en-l’air comptant sur l’aide de son chien, de deux frères luttant pour la justice en mémoire de leur mère, d’une surprise pâtissière tournant à la catastrophe et de l’abandon d’un doudou lapin dans un tiroir.

Ce sera beau comme tout.