Antonin Crenn

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Plus près du nid

J’ai montré « mes » cigognes (la famille qui vit à côté de chez moi) à l’intrépide W. Celui-ci est aussitôt monté dans l’arbre d’en face, aidé de sa seule main droite (car la gauche tenait l’appareil photo) et il à réussi à saisir cette image merveilleuse : une moitié du couple de cigognes, saisie dans l’intimité du nid — une image émouvante, avec force détails.

En vrai, non, il n’a pas fait ça. Il est resté à côté de moi, les pieds sur le chemin de terre, mais son appareil photo dispose d’un zoom avantageux (ce que mon téléphone n’a pas). Cela ne diminue en rien ses mérites : ce garçon a des tas d’autres qualités. Par exemple, il m’a généreusement permis d’utiliser sa photo ici. Grâce lui en soit rendue.


Passion cigognes

J’aime mieux vous prévenir : je me suis pris de passion pour les cigognes qui nichent à côté de chez moi. Alors, il n’est pas impossible que je vous montre encore des images comme ça, ces prochaines semaines. Maintenant vous savez.

Les ibis et les autochtones

Il n’est pas du coin. Il est arrivé là un beau jour ; au début, il s’est étonné : « drôle de terroir, tout de même : on a les pieds dans l’eau, et pour seul horizon un clocher de temps en temps ». Il découvrait le marais. Et puis, il s’est aperçu que le paysage était plus varié que ce qu’on croit d’abord. Et il a fait connaissance avec des autochtones : « ils sont sympas, ces petits machins avec de grandes pattes rouges, et ces grosses bêtes emmanchées d’un long cou ». Il s’y est plu. Il s’est installé.

L’ibis sacré n’est clairement pas une espèce vendéenne, on ne va pas se mentir. Mais il n’est plus africain, non plus, depuis longtemps. Ce sont ses lointains ancêtres qui viennent de là-bas (comme vous et moi, finalement, qui descendons des australopithèques de la vallée du Rift, n’est-ce pas ?). Dans sa généalogie plus récente, cet ibis-là (que j’ai vu hier à la réserve naturelle de Saint-Denis-du-Payré en compagnie d’une échasse) a des grands-parents bretons (comme moi). Ceux-ci se sont évadés du zoo de Branféré dans les années 70 (mes grands-parents à moi ne vivaient pas dans un zoo, par contre, et ils étaient du Finistère), puis ils ont essaimé un peu partout dans les environs.

Mais moi, quand je pense « ibis », avant même de penser à l’animal sacré des Égyptiens antiques, je pense à ce parc à côté duquel j’ai grandi, qui portait ce nom : les Ibis. On y rencontrait des canards, des cygnes et des ragondins, mais pas d’ibis. C’est comme ça.

Pour me faire plaisir

J’ai visité Beugné-l’Abbé avec J.-E. On arrive par la départementale — en réalité, on marche sur la piste cyclable, en imaginant comment j’emprunterai cette même voie lorsque j’habiterai dans ce coin, à partir du 21 avril. Je logerai alors à la limite de Luçon et de Beugné-l’Abbé et j’aurai un vélo.

Sur la route, on voit un café. Oh ! un café. Ça fait plaisir, cet indice de vie humaine dans un décor qui, je ne vous le cache pas, est relativement calme par ailleurs. En face, ce magasin de cycles, qui a vécu — puisqu’on parlait de vélo à l’instant.

Quelle drôle de chose : la chapelle est à vendre. Ni dieu ni maître, dit le graffiti à l’entrée. J’ai vérifié : dieu est parti il y a plusieurs années, effectivement, lorsque le lieu a été désacralisé. Quant au maître, il est encore là, mais il aimerait se débarrasser de son bien : cette bâtisse cherche un nouveau maître. Tout autour, je vous le dis comme je vous le pense : le village est charmant, absolument charmant.

Mais, le but de la balade, c’est le communal. Je caresse secrètement l’espoir de montrer une cigogne à J.-E. — et nous tombons pile sur celle de l’autre jour, qui me reconnaît.

Amis ornithologues, dites-moi que cette plume est une plume de cigogne. Peu importe si ce n’est pas vrai : dites-le-moi pour me faire plaisir, puisque je l’ai ramassée et que je la garderai précieusement.

L’arbre, la mairie, la bibliothèque

On s’attendait à voir des cars de touristes stationnés sur la placette : les gens venus du monde entier pour déambuler dans les rues de Saint-Juire-Champgillon, à la manière des fans d’Amélie Poulain posant devant les lieux-clés d’un Montmartre en carton. Eh bien, non : bizarrement, nous étions les seuls. Autour de l’église, des chats se disent : « chouette, enfin des touristes ! » mais, moi, je ne les photographie pas, au risque de les frustrer.

Saint-Juire ! Tout de même ! C’est ici que le maire, Pascal Greggory, voulait construire sa médiathèque, à la place du fameux arbre. L’arbre, le maire et la médiathèque : c’est mon film fétiche. Pas de panneau à l’entrée du village pour nous accueillir : « Bienvenue chez Éric Rohmer ». Étrange.

Oh, la bibliothèque ! Elle est choupinette, cette bibliothèque (tout le village est comme ça : joli). Ce n’est pas la médiathèque promise dans le film, évidemment — et tant mieux.

Voilà la petite mairie, mignonne comme tout. Elle abrite la bibliothèque, dans le même bâtiment. J’ai fait ces deux photos. La première, on l’appellera : L’arbre, la mairie et la bibliothèque.

Et la seconde, La bibliothèque, l’arbre et la boîte aux lettres de la mairie.

En face, une ancienne école (on la reconnaît à la forme de l’architecture et au marquage au sol dans la cour). Savoir si c’est là que sont tournées les scènes avec l’instituteur, Fabrice Luchini, j’avoue que je ne m’en rappelle pas. Aujourd’hui, ça a été reconverti : c’est l’atelier d’un artisan du bâtiment. La nouvelle école a été placée à l’écart du bourg, elle est toute neuve (voici donc, tout de même, un projet architectural contemporain). Sur la vitre, ces deux affiches : on ne manque pas de distractions, dans le coin : concours de pêche et résidence d’auteur (l’auteur, c’est moi).

Sur une parcelle attenante, des animaux bien peignés, qui pâturent et se laissent caresser. C’était beau comme tout, cette promenade.

Des cigognes (et puis quoi encore)

Vous le saviez, vous, qu’il y avait des cigognes en Vendée ? Moi, non. Je croyais qu’elles n’existaient qu’en Alsace, où elles font leur nid sur les cheminées, et au village des Schtroumpfs, où elles apportent les bébés les nuits de lune bleue. Quand j’y pense : c’était la pleine lune, quand W. m’a emmené voir les cigognes. Ça ne peut pas être un hasard.

Il y a tout, finalement, en Vendée. Par exemple : on croit que la côte vendéenne n’est qu’une immense plage de sable à perte de vue — mais, en vrai, il y a aussi des falaises. Elles sont à Jard-sur-Mer : je les ai vues. La plage comme on l’imagine, c’est celle de la Tranche, que je me rappelais vaguement : j’y ai été, môme, mais impossible d’en retrouver un autre souvenir que celui du sable et de l’eau.

Le jour des cigognes, on revenait de la Tranche, justement : W. a arrêté la voiture à Lairoux, il m’a expliqué ce qu’est le communal, et il m’a dit « Tu vas voir ». Et j’ai vu les cigognes. Perchées sur leurs longues pattes, fouillant l’eau et, visiblement, y trouvant leur bonheur : elles renversaient la tête en arrière pour avaler leur proie — ce qu’elles mangeaient, je ne sais pas. Et puis, le soleil s’est couché. Les cigognes aussi, peut-être. Comment savoir.

Trois jours (et les gens)

Ça a commencé vendredi par une promenade avec Pascale G. sous la dalle des Olympiades ; on sait que les voies ferrées qui ne vont nulle part, ça me botte, et c’était l’occasion rêvée de savoir où elles s’arrêtaient, celles qui sortent de ce tunnel de la rue Régnault pour aboutir dans la gare logistique (béton, béton, odeur d’essence, néons blafards) où sont stockés les livres Lunatique. On a pris un paquet de Héros pour Olivier H. (l’ami qui va le faire lire à ses élèves, oh, comme j’ai de la chance), qui passera les prendre au salon dans l’après-midi. Dans une impasse de la rue Nationale, on a vu des poules adultes et, dans un autre enclos, des poules juvéniles qui sont nées d’œufs destinés à l’omelette, sauvés de justesse, comment c’est possible ? On ne le sait pas, mais c’est ce qu’il nous explique, leur sauveur. Une rencontre. Puis c’était le salon, aux Blancs-Manteaux. J’ai vu des têtes connues et j’ai parlé à certaines de ces têtes, des têtes qui datent d’époques et de compartiments de ma vie bien différents entre eux, distincts, et qui se mélangent parfois, comme en ce moment. Ceux qui sont derrière leurs stands, il y en a que je vois chaque année, depuis la fois où j’avais mon stand, moi aussi, avec C.L., en 2013 je crois — puis quand je suis revenu en touriste en 2014 et 2016 (j’étais absent pour cette édition épouvantable de 2015), et l’an passé j’avais fait le malin à signer des Passerage sur le stand Lunatique, alors que pourtant, à ce moment-là, je n’en menais pas large dans ma tête, mais ça m’avait fait du bien cette animation, cet enthousiasme, cette vie qui existe malgré tout. Vers quinze heures Judicaël est venue me voir, elle a bravé le froid, je discutais avec Guillaume et Philippe chez Publie.net, je lui ai montré les livres sur la table qui ressemblent un peu à ce que sera le mien, pour qu’elle imagine l’Épaisseur du trait qui vient dans quelques semaines, ça va arriver tellement vite le 9 janvier. On a été au café, elle m’a offert un objet très précieux en rapport avec le Héros ou plutôt avec le héros, d’autres héros que le mien, c’est beau et c’est un cadeau important, initiatique. Olivier vient chercher les livres pour ses élèves (ses cinquième du collège de Thiais), ensemble on dit bonjour à Renaud et François (à cause d’une histoire de cheval), Pascale est très occupée et me dira, après, qu’elle aurait voulu parler plus avec lui, mais le salon c’est cela aussi : c’est long et ça passe vite. Lætitia est la fille de Simone, que j’ai connue il y a quasi vingt ans quand j’en avais onze et qu’elle était ma prof (une histoire de collège, là aussi, et j’étais, attendez, mais oui, j’étais en cinquième), je suis content de la voir, de lui faire découvrir mon Héros et de parler avec elle de son manuscrit que je viens de lire, mais je suis bien impuissant à lui donner des conseils. Sur le stand, il y a les fidèles du Cafard, Yan, Alexandre. Et là, cette rencontre extraordinaire, au sens le plus strict de ce mot, c’est-à-dire qui n’existe pas dans le monde ordinaire : Pierre et Yvan, qui avaient lu Passerage et l’avaient aimé, et Pierre qui m’avait écrit cette lettre ; nous faisons connaissance doucement devant la table Lunatique, et on évoque mon nouveau livre, qui a Saint-Céré pour décor (« ce n’est pas loin de chez vous, du Cantal, vous connaissez peut-être »), et comment qu’ils connaissent ; Pierre est lié par sa famille a des personnes de Saint-Céré très importantes dans la vie de J.-E., et ces liens forts, un peu magiques (les liens de l’histoire en commun) font que J.-E. sera très ému ce soir de cette rencontre, et Pierre aussi, et du même coup, moi aussi ; et que nous tombons d’accord, tous, sans qu’il soit utile de l’affirmer, qu’il vient de se passer quelque chose d’important ici. Au dîner avec Pascale ce vendredi, on démêle les fils de tout ce qui vient d’arriver, et on se sépare dans le froid, la nuit humide (Pascale perd sa voix, la mienne se voile un peu), tout le monde s’est refroidi dans les courants d’air à force de s’échauffer à parler, à s’agiter sous la halle. Samedi Philippe présente son jeune grand-père, je rencontre Lou, je papote avec Pascale P., j’ai toujours plaisir à parler avec Patrick que je ne vois, finalement, que dans les salons alors qu’on pourrait se voir ailleurs, je suis content que R. ait envie de lire le Héros et l’achète, je rencontre Nikola que je connais seulement parce que je suis, parfois, ses chroniques, et il dit qu’il a aimé le Héros, n’est-ce pas encore un moment agréable ? Il y a Cyrille, un ami véritable, qui passe par là avec son instrument de musique sur le dos : j’aimerais prendre plus de temps pour parler avec lui, ce sera très bientôt, nous nous le promettons. Camille était mon collègue il y a plusieurs années, il vient rendre visite à un copain auteur, il me le présente, et je lui présente J.-E. : voilà ce que je voulais dire quand je disais que des gens qui viennent de lieux et d’époques qui ne se connectent pas ensemble finissent parfois par s’introduire dans le même espace-temps, ça paraît la chose la plus naturelle du monde au moment où ça arrive mais, en vrai, je sens bien après coup que c’est fatigant dans ma tête (qui chauffe doucement, un peu fiévreuse, à cause du refroidissement, de la saison). C’est là-dessus que débarque É., quand nous sommes déjà ce groupe de quatre-là, conversation bizarre et froide, je suis troublé, et Y. intervient à son tour qui simplifie tout et nous ramène au Héros. Le soir J.-E. et moi dînons avec Marie et, avec elle, il est question à un moment de retrouvailles à organiser, peut-être, avec la bande de Varsovie, dont nous faisons partie tous les deux, la bande qui a existé il y a dix ans (oui, dix ans, et voilà, à nouveau, que nous ne rajeunissons pas). Dimanche on épuise le stock de Passerage, je signe un Bandits pour une dame gentille et curieuse, et un autre pour Madeline qui me soutient avec enthousiasme et fidélité. J’aime beaucoup Fabien et Sandra qui sont fidèles, eux aussi, d’une autre manière, à Lunatique ; et qui ont cette énergie pour faire vivre cette petite communauté. Fabien a une histoire avec le Lot, quelque chose de fort (pour lui aussi, décidément). Sandra est la première à avoir fait lire Passerage à des jeunes lecteurs : ses enfants — et ce qu’ils avaient dit après leur lecture avait ouvert des portes immenses pour moi, une vision de cette possibilité que mon texte existe dans l’imaginaire, dans la sensibilité des autres, et des jeunes gens en particulier. Quand Juline et Seb viennent me trouver avec leur amie M. (que je vois pour la première fois alors que je la connais, à travers ce que Juline me dit, depuis dix ans peut-être, oui, à nouveau dix ans), on quitte la halle pour de bon, on va au café avec J.-E.. Je porte le foulard de ma mère autour du cou parce que je crains de tomber malade avec ce froid idiot, je ne le porte même pas pour penser à elle plus spécialement parce que, de toute façon, je pense à elle tout le temps. Et j’ai pris froid, c’est sûr. Au cinéma où il fait chaud, je porte peu d’attention au film ; par moments j’ai envie de pleurer, mais je ne crois pas que le film m’émeuve tant que ça, ni que je sois triste, c’est juste une émotion, je ne sais pas laquelle. On dîne d’un reste de légumes que j’avais préparés il y a trois jours, un repas qui m’a beaucoup coûté (une entaille dans le pouce profonde comme ça, à cause d’une courge récalcitrante) et, au lit, j’ai juste envie de me blottir contre J.-E. comme si j’étais, je ne sais pas, un de ces rongeurs à fourrure qui hiberne, qui oublie où il a enterré ses noisettes et ne les retrouvera pas quand il partira les chercher au printemps.

La faune et la flore

Avenue de Stalingrad, Saint-Denis.