Antonin Crenn

Tag: Lairoux

Brest-Luçon-Vintimille

À Saint-Michel-en-l’Herm, il existe une rue de l’Ancienne-Voie-Ferrée. C’est parce qu’il y avait une voie ferrée, autrefois (je vous en ai touché un mot l’autre jour à propos de Lairoux). Elle a disparu en même temps que les trains, je suppose, ou peu après.

Les trains qui circulaient là étaient affrétés par la compagnie des Tramways de la Vendée — ce qui conditionne complètement ma façon de les imaginer, du coup, car les trams que je connais sont des moyens de transport tout à fait urbains. Alors, il m’amuse de les voir circuler ici, à la campagne, entre Saint-Michel et Triaize. Il existe un restaurant de la Gare à Triaize, qui occupe donc probablement l’emplacement, sinon le bâtiment-même, de la gare d’autrefois : je suis passé devant en bus, puisqu’il existe un bus, qui va de Luçon à l’Aiguillon-sur-Mer, qui emprunte quasiment le même parcours que le train disparu. Étonnant, comme le progrès (pardon : le Progrès, avec une majuscule) fait apparaître et disparaître les bonnes idées.

Une autre ligne ferroviaire allait de Luçon aux Sables-d’Olonne : elle passait par la départementale et marquait un arrêt à Beugné-l’Abbé. Ah ! ça me serait bien pratique, aujourd’hui, tiens. Plutôt que de prendre le vélo à chaque fois. L’arrêt suivant s’appelait Luçon-Octroi, à cause de l’octroi, ici :

Puis, la ligne bifurquait, quittant la route, passant entre les maisons pour atteindre la gare SNCF. Par où passait-elle exactement ? Derrière le bâtiment de l’octroi, il y a une impasse herbeuse, ne desservant aucune maison, aucun jardin.

Si j’en crois la carte, il s’agit précisément d’un tronçon de cette voie ferrée disparue. On pourrait presque dire, alors, qu’on l’a transformée (sur quelques mètres) en coulée verte.

La gare SNCF d’aujourd’hui, la seule gare de Luçon, est traversée par le Bordeaux-Nantes, qui marque l’arrêt à Luçon (ouf !) alors qu’il ne s’arrête plus à l’Île-d’Elle depuis belle lurette (vous vous rappelez, l’ancienne gare de l’Île-d’Elle, à propos de laquelle les élèves ont écrit une histoire de fantômes). Le même topo au Champ-Saint-Père : le train passe à travers en snobant la gare, il ne s’arrête pas. Avant de connaître Luçon, j’avais lu L’enterrement de François Bon, qui est situé au Champ-Saint-Père : le narrateur arrive au village par le train : la même histoire serait impossible, désormais.

Mais, mais, mais, la chose qui m’a fasciné à propos de la gare de Champ-Saint-Père, c’est qu’elle était parcourue (ainsi que celle de Luçon, donc, puisqu’il s’agit de la même ligne), non seulement par le Bordeaux-Nantes, mais aussi par le Vintimille-Nantes. Vous ne rêvez pas ! Ce n’est pas une invention délirante de François Bon : j’ai vérifié, ça a existé, et pour être plus fou encore, j’ai même cru comprendre qu’il s’agissait d’un Vintimille-Brest. Carrément.

Je disais combien il me serait pratique de monter dans le tram de Beugné-l’Abbé pour faire mes courses à Luçon. Oui. Mais combien il serait beau, alors, merveilleux même, de prendre le Vintimille-Brest ! pour moi qui vis à Luçon et qui écris, depuis quelques semaines, les chapitres des Présents dans lesquels mon personnage explore un village breton ; pour moi qui pense déjà à mes futures vacances avec J.-E., en Italie. Ah, ce serait beau.

Un faible pour Lairoux

J’ai un faible pour Lairoux. Je n’ai pas dit « pour les roux » (encore que ce serait vrai aussi, car j’aime bien les garçons roux — je ne sais pas pourquoi —, mais ce n’est pas le sujet, ici). J’ai vu pas mal d’endroits chouettes dans les parages, mais j’avoue : Lairoux, ça me botte spécialement.

Déjà, que je vous dise : pour y aller depuis Luçon, on traverse Beugné-l’Abbé et Chasnais (on pique-nique au bord d’un plan d’eau, à la sortie de Chasnais, après les enclos des poules et des oies), puis on approche de Lairoux guidés par des panneaux Michelin de toute beauté. On aurait pris le tram, si on avait pu, mais il n’existe plus depuis belle lurette (regardez la gueule de la gare sur la photo, en dessous, et vous aurez compris) ; on a donc pris nos pieds et on n’a pas eu à s’en plaindre, car la route est jolie comme tout.

Ce que j’aime à Lairoux : le cheval pie (c’est J.-E. qui connaît les mots pour qualifier les robes des chevaux), à qui j’ai donné de l’herbe, parce que je suis un Parisien qui s’émerveille de chaque animal ; les poules (il y en a partout, mais à Lairoux encore plus qu’ailleurs) ; les maisons faites de vraies belles pierres, pas trop abîmées par les aménagements standards qu’on voit trop souvent sur les maisons de catalogue ; un vrai village, quoi.

Ce que j’aime par-dessus tout, à Lairoux, c’est évidemment le communal : les aigrettes, les cormorans, les échasses, les cygnes, les ibis et les cigognes (je sais reconnaître tout ça, maintenant), qu’on observe aux jumelles à l’observatoire, ou à l’œil nu depuis la route. Car, voilà : ce que j’aime à Lairoux, c’est cette route qui longe le communal, comme une route de bord de mer, comme une promenade de corniche, comme la Riviera du marais. Je ne l’ai pas prise en photo, je ne vous la montre pas, car l’image serait décevante : il faut la parcourir pour la comprendre. Les maisons (les belles maisons) sont bien alignées sur le bord de la route et, en face, en léger contrebas, le marais s’étend, presque infini, peuplé de ces animaux fantastiques. Ils vivent ici sans nous voir, et, nous, nous suivons la route. C’est à cause de cette route-là que j’ai un faible pour Lairoux.