Antonin Crenn

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Dans la tête du personnage

« Elle est bien, ton histoire, j’y retrouve tous les détails dont tu m’as parlé, les actions qui s’enchaînent, c’est logique, ça tient la route. Mais ça ne me suffit pas (je suis pénible). Je me demande, maintenant, pourquoi il fait ça, ton personnage. Et à quoi il pense. Ce qu’il ressent quand il se trouve ici, quand il agit comme ça. Qu’est-ce que tu crois, toi ? À ton avis ? Il éprouve quoi, le personnage ?
— Ben, chais pas.
— Alors, on n’a qu’à dire que c’est toi, le personnage. Imagine. Tu te trouves exactement dans cet endroit, et tu fais ce qu’il est en train de faire : ça a quel effet sur toi ? Mets-toi dans la tête du personnage. »

C’est ce que j’ai cherché à comprendre aujourd’hui : ce qui se passe dans les têtes — alors que, les fois d’avant, je m’intéressais surtout au décor : quel genre de patelin c’est, Saint-Michel-en-l’Herm, et à quoi ressemblent les environs.

Pour la dernière séance avec les quatrième, on termine leurs textes, on peaufine la psychologie. À quoi penses-tu, quand tu t’aperçois que ta meilleure copine n’est toujours pas ressortie de la cabine d’essayage trois heures après y être entrée ? Comment vous sentez-vous, quand le hasard vous confronte à nouveau à votre lâcheté, en vous rappelant la noyade d’un camarade survenue trois ans plus tôt ? Qu’est-ce qui te motive, toi, à apprivoiser un rat dans ce bureau de poste désert, à lui parler, à lui trouver un nom, puis à le manger ? Que te dis-tu, toi, quand tu découvres que les maisons de ton village, vues du ciel, ont la forme des lettres de ton prénom ? Que se passe-t-il, en vous, quand vous vous inquiétez pour votre copain qui vient juste d’être kidnappé à la sortie de son match de foot ? Et enfin (et surtout ?), quel genre d’émotions t’habitent quand tu trucides froidement tous tes meilleurs amis un par un ? « Mettez-vous dans la tête du personnage », leur ai-je dit.

Le matin, avant que l’atelier d’écriture ne commence, je me suis ravitaillé à la supérette, parce que mon frigo était vide (j’ai emménagé hier). Juste en face, ce panneau de bois décoré par les enfants (si ça se trouve, ces enfants ayant grandi sont devenus les collégiens que j’ai vus aujourd’hui : j’aurais dû le leur demander). Vous passez derrière, et vous glissez votre tête dans le trou afin de la placer, précisément, dans celle du personnage.

Il n’y a pas de grande différence (Rosnay, troisième)

Quand les enfants me demandent « comment je suis devenu écrivain » et que je leur réponds que la question pourrait être, plus justement, « comment je le suis resté », je suis sincère : c’est vraiment ce que je ressens. Il n’y a pas de grande différence entre ce que je fais aujourd’hui et ce que je faisais il y a vingt-cinq ans, quand je dessinais des trucs compliqués que j’expliquais à mes parents, pour leur raconter l’histoire que j’avais en tête. Tous les enfants font pareil. Il y a une différence bien plus grande, par contre, entre moi et cette sorte d’adultes qui, un jour, cessent de dessiner, d’écrire, d’inventer, de créer, de s’exprimer. Avec des adolescents, parfois, on est déjà presque passé de l’autre côté, et il faut souffler sur la flamme pour la raviver. Il y a des gens qui font ça formidablement, entretenir la petite étincelle : des profs qui y croient — et leurs élèves ont de la chance. Je crois que c’est aussi pour ça que le courant est bien passé entre moi et les gosses de l’école de Rosnay (et je dis exprès « les gosses », parce qu’ils ont lu mon autre billet dans lequel je disais « les gosses » et qu’ils ont tiqué : « on est des gosses, nous ? » — eh bien oui, je persiste et je signe : vous êtes des gosses, et même de chouettes gosses !)

Il n’y a pas tant de différence, alors, entre ce qu’ils ont fait pendant l’atelier et ce que je fais, moi. C’était précisément l’expérience que je voulais mener : le point de départ (un lieu), les outils (la description, le dessin), et l’histoire qui se déroule toute seule : c’est ce que j’aime faire, pour moi, et je voulais l’essayer avec eux. Aujourd’hui, ils ont peaufiné leur histoire en corrigeant, en développant le texte écrit la semaine passée, qu’ils avaient tapé et imprimé (un travail de correction sur épreuve, dirais-je, pour jargonner). On a pu entrer dans la finesse, dans l’écriture véritable. Ils se sont trouvés dans une position que je commence à bien connaître : celle de l’auteur poussé dans ses retranchements par l’éditeur.

À l’une, qui passait subitement, dans sa narration, du passé au présent, j’ai dit ce que m’aurait dit Pascale : « soit tu as une excellente raison de le faire, et c’est une bonne idée ; soit tu n’y tiens pas, et on corrige ». Et en fait, c’était bien, cette rupture de ton, de rythme : on l’a gardée — l’important, c’était d’en prendre conscience : de savoir précisément ce qu’on a écrit et quel sens cela prend par rapport à l’intention littéraire.

À un autre, qui s’était lancé dans un voyage initiatique, j’ai dit ce que m’avait dit Guillaume sur L’épaisseur du trait : « tu promets au lecteur qu’il va se passer quelque chose d’important, puis, à la fin du voyage, le personnage rentre chez lui ; mais sais-tu vraiment ce qui s’est passé pour lui entre-temps ? ce qu’il a appris ? » Ce matin, tout était déjà dans le texte (il n’avait pas écrit n’importe quoi sans raison) : le personnage fait l’expérience d’un sentiment et c’est cela qui le grandit. Il suffisait d’en avoir conscience pour que la fin du texte prît tout son sens, en modifiant presque rien.

À un troisième, j’ai failli faire le coup que m’avaient fait ces éditeurs qui, en refusant L’épaisseur du trait, m’avaient frustré : « il est très bien écrit, ton texte, la langue est belle, c’est agréable et poétique, mais on comprend mal le lien entre les deux parties, qui sont très différentes l’une de l’autre ». Je me suis ressaisi à temps, heureusement, parce que son texte est vachement bien et qu’il ne faut pas qu’il croie le contraire. Il fait miroiter au lecteur un récit épique, puis, brusquement, on bascule dans une évocation poétique et hédoniste du paysage. Une seule phrase, à la fin, donne tout son sens au récit : « ils étaient fiers de leur aventure » — oui, parce qu’il s’agit bien d’une aventure quand même, d’une autre aventure : celle des sens, de la découverte du paysage. C’est cette phrase-là qui contient tout l’enjeu littéraire du texte.

Je pourrais parler des autres aussi, bien sûr, parce qu’ils m’ont tous épatés. Mais ce n’est pas le propos de ce billet : je parle ici seulement de moi (pardon), et de ce que je perçois encore mieux sur ma propre écriture en voyant comment ils écrivent, eux.

C’était la dernière séance d’atelier à Rosnay. Je reviendrai dans quelques semaines pour le partage de ces histoires avec le public (c’est important d’aller au bout du projet, jusqu’à la rencontre du lecteur). À ceux qui étaient déjà tristes de me voir partir (moi aussi, je déteste les séparations), j’ai promis qu’on aurait l’occasion de se faire des adieux déchirants, la prochaine fois.

Les lieux et les faits (divers)

Heureux habitants de Saint-Michel-en-l’Herm et des environs : ils ne savent pas encore quels drames se déroulent dans leur petite commune — et, surtout, dans la tête et sur les cahiers des jeunes gens du collège des Colliberts et de la Maison familiale rurale.

Le collège des Colliberts à Saint-Michel-en-l’Herm

Tenez, je vous le dis, à vous, ce qui se trame dans leur imagination : sur la place de la Boucarde se nouent des intrigues amoureuses qui finiront en crimes sanglants ; du fond de l’étang de Saint-Michel-en-l’Herm resurgit le passé et, avec lui, la culpabilité des collégiens ; un petit garçon visitant avec angoisse les maisons du village de Puyravault s’aperçoit que celles-ci, vues du ciel, ont la forme des lettres de son propre prénom (on aurait pu l’appeler Philémon, à cause du naufragé du A) ; de la place de l’église de Champ-Saint-Père au skatepark de l’Aiguillon-sur-Mer, une bande de cinq amis est décimée (par l’un d’entre eux, mais je ne vous dis pas lequel) ; un garçon perdu dans la forêt de Saint-Denis-du-Payré est en proie à des cauchemars étranges ; des jeunes filles partant faire du shopping à la Faute-sur-Mer ont vent de disparitions mystérieuses (et jouent le remake de la rumeur d’Orléans) ; un rendez-vous innocent entre quatre amis sur la place de Sainte-Gemme-la-Plaine tourne morose à cause de rancœurs inavouées (et la police s’en mêle au rond-point de Luçon) ; un garçon pose un lapin à ses amis sur la place de Péault, qui découvrent la raison de son absence en voyant les faits divers à la télé (il s’est passé un truc au stade de Saint-Michel-en-l’Herm, dans le genre affreux).

Vous êtes prévenus, maintenant. On termine ces histoires (et on les peaufine) après les vacances.

Pour me faire plaisir

J’ai visité Beugné-l’Abbé avec J.-E. On arrive par la départementale — en réalité, on marche sur la piste cyclable, en imaginant comment j’emprunterai cette même voie lorsque j’habiterai dans ce coin, à partir du 21 avril. Je logerai alors à la limite de Luçon et de Beugné-l’Abbé et j’aurai un vélo.

Sur la route, on voit un café. Oh ! un café. Ça fait plaisir, cet indice de vie humaine dans un décor qui, je ne vous le cache pas, est relativement calme par ailleurs. En face, ce magasin de cycles, qui a vécu — puisqu’on parlait de vélo à l’instant.

Quelle drôle de chose : la chapelle est à vendre. Ni dieu ni maître, dit le graffiti à l’entrée. J’ai vérifié : dieu est parti il y a plusieurs années, effectivement, lorsque le lieu a été désacralisé. Quant au maître, il est encore là, mais il aimerait se débarrasser de son bien : cette bâtisse cherche un nouveau maître. Tout autour, je vous le dis comme je vous le pense : le village est charmant, absolument charmant.

Mais, le but de la balade, c’est le communal. Je caresse secrètement l’espoir de montrer une cigogne à J.-E. — et nous tombons pile sur celle de l’autre jour, qui me reconnaît.

Amis ornithologues, dites-moi que cette plume est une plume de cigogne. Peu importe si ce n’est pas vrai : dites-le-moi pour me faire plaisir, puisque je l’ai ramassée et que je la garderai précieusement.

La Faute à qui

J.-E. est venu me voir de Paris. Alors, à Luçon, on a fait comme des Parisiens : on a pris le bus. La différence c’est qu’au lieu de nous mener, par exemple, à Gambetta ou à la porte de Charenton, ce bus-là nous emmène à la mer.

Arrivés à la Faute-sur-Mer, on tombe sur cette plaque de rue : avenue de la Plage. Fastoche. On descend cette avenue et on trouve la plage. Notre projet déclaré était de marcher le long de l’eau jusqu’à la pointe d’Arçay, puis, une fois atteinte l’extrémité de terre bordée par l’océan et l’estuaire du Lay, de faire le tour de la presqu’île en longeant, cette fois, le fleuve. J’avais étudié la carte topographique IGN.

Sur cette plage, on peut marcher des heures en plein soleil, le vent dans la tronche, sans croiser un chat — ce n’est pas étonnant, puisque les chats n’aiment pas l’eau. Seuls au monde, heureux comme tout. On marche, on marche, on n’en voit pas le bout. Que c’est bon, de ne pas voir passer le temps ni les kilomètres ! Jusqu’à ce que, soudain, on se rappelle qu’on a un bus à prendre, pour rentrer à Paris (pardon : à Luçon). On calcule : cela fait presque deux heures qu’on marche sur la plage ; le bus part dans deux heures. On conclut : on ne fera pas le tour de la pointe. Ce qu’on attend de la carte topographique IGN dans un pareil cas, c’est de nous sauver la vie. Il se trouve qu’elle indique plusieurs chemins de traverse qui, théoriquement, permettent de court-circuiter la grande boucle pour rejoindre la rive du Lay depuis la plage, en coupant la mince langue de terre. Eh bien, on les a cherchés, ces chemins, dans le sable de la plage, dans le sable de la dune, dans le sable de la lande. Jamais trouvés.

Nous avons été condamnés à refaire le même chemin, exactement, en sens inverse. Cette route fabuleuse, c’est-à-dire cette plage absolument solitaire, le bruit du vent et celui de l’océan. Le soleil n’a pas cessé de briller une seconde, pas un nuage en vue. À ce régime-là, je vous le donne en mille : non seulement on a subi une balade merveilleuse, mais, en plus, on a bronzé. La faute à qui ? à l’IGN, encore une fois.

Paysage surprise

Vous le saviez, vous, que Godzilla vivait caché dans un étang de Vendée ?

Ce matin, deuxième séance d’atelier d’écriture à l’école de Rosnay.

Je connais la Boucarde

Ce matin, je ne savais pas que ça existait, la Boucarde. Je suis arrivé en avance pour l’atelier d’écriture à Saint-Michel-en-l’Herm, alors j’ai fait un petit tour dans le bourg. Et, comme je suis passé devant le collège des Colliberts (c’est-à-dire : le collège d’où viennent les élèves qui se mêleront à ceux de la maison familiale rurale, tout à l’heure), je l’ai pris en photo pour la publier sur Facebook. Puis, j’ai vu l’église, le monument aux morts, la mairie. Je ne suis pas passé par la Boucarde. J’ai découvert Saint-Michel-en-l’Herm comme un touriste — cette petite ville du marais à quinze kilomètres de Luçon (c’est écrit sur le panneau Michelin, c’est pour ça que je le sais).

L’atelier commence : les élèves forment des groupes de trois ou quatre : chacun pense à un lieu et l’explique aux autres pour le décrire, en extraire des mots, des émotions, des actions qui deviendront nos outils pour raconter une histoire. Plusieurs élèves ont choisi : la Boucarde. Parce que c’est l’endroit où ils se retrouvent entre copains.

Sur Facebook, François Bon me dit qu’à l’époque où il était au collège à Saint-Michel-en-l’Herm, ce collège-là n’existait pas encore : les cours avaient lieu dans des préfabriqués posés sur la place de la Boucarde. Encore la Boucarde, toujours la Boucarde ! Mais, précise-t-il, à l’époque où il avait l’âge des élèves avec qui j’ai passé la matinée (et avec qui j’ai aussi déjeuné, et très bien déjeuné d’ailleurs), il n’y avait pas de skatepark sur la Boucarde. Les temps changent.

C’est drôle, de découvrir ce bourg à travers ce qu’on veut bien m’en dire : aucun des lieux que j’ai été voir pendant ma visite touristique express n’a été évoqué ensuite, pendant l’atelier, par les élèves. Ensuite, j’ai été voir quelques-uns des lieux qu’ils ont choisis, eux, avec dans la tête les descriptions qu’ils en ont donné. J’ai vu l’étang. Et puis, surtout, j’ai fini par la voir, cette place dont tout le monde parle.

Je suis le dernier des derniers à la connaître, mais maintenant — ouf ! — je suis à niveau : je connais la Boucarde.

Tentative d’épuisement d’un lieu nellezais

Il y a beaucoup de choses sur la place de l’Île-d’Elle, par exemple : un arbre qui parle et qui craint d’être abattu, un jeune homme timide n’osant pas déclarer sa flamme, un spécialiste des monuments aux morts tombant nez-à-nez avec une vieille connaissance, un cantonnier qui déteste les mômes (et ceux-ci le lui rendant bien), un vieux Japonais se rappelant son enfance grâce au cerisier en fleurs, et bien d’autres choses encore.

La « place » est l’un des lieux nellezais (j’ai cherché : c’est ainsi qu’on nomme les habitants de l’Île-d’Elle) choisis par les élèves de l’école Jacques-Prévert et du collège du Golfe-des-Pictons.

Dans les autres lieux, oh, ils n’ont pas manqué d’imagination non plus. À la table d’orientation, ils ont vu un homme innocent évadé de prison et se nourrissant du fruit de la pêche pendant sa cavale ; et aussi un être minuscule utilisant l’éolienne comme un manège de fête foraine. Près de l’écluse du Gouffre, ils ont installé un groupe de vagabonds, dont l’un vient de gagner au loto ; au même endroit, un jeune père raconte à son fils les promenades qu’il faisait là quand il était lui-même enfant. Dans la briqueterie, on se donne rendez-vous la nuit pour se faire peur. Et l’ancienne gare, alors ? elle est hantée, évidemment : on s’en doutait dès la semaine dernière.

On a commencé d’écrire aujourd’hui les histoires inventées de ces lieux réels. La collection de tout ça, ce sera beau, ce sera drôle.

L’arbre, la mairie, la bibliothèque

On s’attendait à voir des cars de touristes stationnés sur la placette : les gens venus du monde entier pour déambuler dans les rues de Saint-Juire-Champgillon, à la manière des fans d’Amélie Poulain posant devant les lieux-clés d’un Montmartre en carton. Eh bien, non : bizarrement, nous étions les seuls. Autour de l’église, des chats se disent : « chouette, enfin des touristes ! » mais, moi, je ne les photographie pas, au risque de les frustrer.

Saint-Juire ! Tout de même ! C’est ici que le maire, Pascal Greggory, voulait construire sa médiathèque, à la place du fameux arbre. L’arbre, le maire et la médiathèque : c’est mon film fétiche. Pas de panneau à l’entrée du village pour nous accueillir : « Bienvenue chez Éric Rohmer ». Étrange.

Oh, la bibliothèque ! Elle est choupinette, cette bibliothèque (tout le village est comme ça : joli). Ce n’est pas la médiathèque promise dans le film, évidemment — et tant mieux.

Voilà la petite mairie, mignonne comme tout. Elle abrite la bibliothèque, dans le même bâtiment. J’ai fait ces deux photos. La première, on l’appellera : L’arbre, la mairie et la bibliothèque.

Et la seconde, La bibliothèque, l’arbre et la boîte aux lettres de la mairie.

En face, une ancienne école (on la reconnaît à la forme de l’architecture et au marquage au sol dans la cour). Savoir si c’est là que sont tournées les scènes avec l’instituteur, Fabrice Luchini, j’avoue que je ne m’en rappelle pas. Aujourd’hui, ça a été reconverti : c’est l’atelier d’un artisan du bâtiment. La nouvelle école a été placée à l’écart du bourg, elle est toute neuve (voici donc, tout de même, un projet architectural contemporain). Sur la vitre, ces deux affiches : on ne manque pas de distractions, dans le coin : concours de pêche et résidence d’auteur (l’auteur, c’est moi).

Sur une parcelle attenante, des animaux bien peignés, qui pâturent et se laissent caresser. C’était beau comme tout, cette promenade.

Des cigognes (et puis quoi encore)

Vous le saviez, vous, qu’il y avait des cigognes en Vendée ? Moi, non. Je croyais qu’elles n’existaient qu’en Alsace, où elles font leur nid sur les cheminées, et au village des Schtroumpfs, où elles apportent les bébés les nuits de lune bleue. Quand j’y pense : c’était la pleine lune, quand W. m’a emmené voir les cigognes. Ça ne peut pas être un hasard.

Il y a tout, finalement, en Vendée. Par exemple : on croit que la côte vendéenne n’est qu’une immense plage de sable à perte de vue — mais, en vrai, il y a aussi des falaises. Elles sont à Jard-sur-Mer : je les ai vues. La plage comme on l’imagine, c’est celle de la Tranche, que je me rappelais vaguement : j’y ai été, môme, mais impossible d’en retrouver un autre souvenir que celui du sable et de l’eau.

Le jour des cigognes, on revenait de la Tranche, justement : W. a arrêté la voiture à Lairoux, il m’a expliqué ce qu’est le communal, et il m’a dit « Tu vas voir ». Et j’ai vu les cigognes. Perchées sur leurs longues pattes, fouillant l’eau et, visiblement, y trouvant leur bonheur : elles renversaient la tête en arrière pour avaler leur proie — ce qu’elles mangeaient, je ne sais pas. Et puis, le soleil s’est couché. Les cigognes aussi, peut-être. Comment savoir.