Antonin Crenn

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Naissance d’un jardin

Rentrant à Paris après quatre semaines d’absence, j’ai été voir tout ce qui avait changé. Les modifications qui s’étaient opérées dans le cœur de la ville — parce que le cœur de la ville change plus vite, heureusement, que ma forme de mortel (à moins que ce ne soit l’inverse ?). Le jardin de la rue de Thorigny : ils l’ont fini, figurez-vous. Celui devant la bibliothèque de l’Arsenal : ils commencent à creuser. Et la caserne de Reuilly ? elle suit son cours, merci pour elle. Ce matin, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, j’ai découvert ce truc épouvantable qui risque encore d’attirer un monde fou : un autre de ces restaurants standards qu’on voit partout dans le monde, sur un million de mètres carrés. C’est à pleurer, ce qu’est devenu ce quartier (je me sens vieux quand je dis ça, mais, je vous assure, il y a dix ans il n’avait rien de commun avec ce qu’il est aujourd’hui).

Je me souviens du centre de tri postal de la rue Bréguet, démoli. Je me souviens de la construction des immeubles de logements neufs avec balcons, qui me semblent éminemment habitables, et qui lui ont succédé. Et la construction de la nouvelle poste. Et l’apparition de cet antre de la startup nation et du crossfit qu’est « l’îlot Bréguet », qui présente une qualité extraordinaire : on traverse l’immeuble pour passer d’une rue à l’autre, on n’a plus besoin d’en faire le tour.

Je me souviens d’avoir publié cette photo sur Facebook le 26 mai 2016 en la légendant « gros tas ». J’ai pris la seconde photo au même endroit (mais pas dans le même sens), hier : on l’intitulera « petit jardin ».

C’est émouvant, la naissance d’un jardin. Les arbrisseaux sont encore maigrichons, on a envie de les aimer très fort pour qu’ils grandissent.

La forme d’un balcon

« Est-ce que vous cherchez quelqu’un ?
— Oui, enfin, je veux dire, je sais qu’il n’habite plus là (il est mort), mais je me demandais : l’appartement de Julien Gracq, c’était lequel ? »

À Sion-sur-l’Océan (commune de Saint-Hilaire-de-Riez), au numéro 22 de la rue des Estivants, je peine à croire que le grand homme a séjourné trente-six étés de suite dans cet immeuble-là. Parce qu’il faut être honnête : il n’est pas jojo, cet immeuble. Même : franchement indigent, du point de vue esthétique. Je me demande comment l’auteur de La forme d’une ville et d’Un balcon en forêt (entre autres) a choisi d’habiter dans un immeuble de cette forme-ci (une barre) et avec des balcons pareils (j’ai du mal avec les gardes-corps en alu et en verre, ça m’a toujours gêné).

À propos du choix de cette station balnéaire plutôt que d’une autre, je n’ai pas de difficulté à comprendre. Un professeur de géographie ne pourrait pas passer ses vacances dans une ville qui porte, dans son nom, une erreur ou une approximation de vocabulaire : la Tranche-sur-Mer, la Faute-sur-Mer… C’est embarrassant, ces communes du bord de l’océan qui prétendent être en bord de mer. Sion-sur-l’Océan a le mérite de l’exactitude : « sur l’océan ». Voilà. Puisque les choses ont des noms, nommons-les.

« Son appartement, c’était celui-là, au troisième étage. Vous avez vu l’autre côté, qui donne sur l’océan ? le balcon ? »

Oui, j’ai vu l’autre côté. Et c’est comme ça que j’ai compris pourquoi il avait choisi cet endroit : l’immeuble est ce qu’il est, mais la vue est magique. Surtout du troisième étage, j’imagine. Face à l’horizon, suspendu au-dessus de ces rochers bleus qui donnent leur couleur aux vagues.

Je connais la Boucarde

Ce matin, je ne savais pas que ça existait, la Boucarde. Je suis arrivé en avance pour l’atelier d’écriture à Saint-Michel-en-l’Herm, alors j’ai fait un petit tour dans le bourg. Et, comme je suis passé devant le collège des Colliberts (c’est-à-dire : le collège d’où viennent les élèves qui se mêleront à ceux de la maison familiale rurale, tout à l’heure), je l’ai pris en photo pour la publier sur Facebook. Puis, j’ai vu l’église, le monument aux morts, la mairie. Je ne suis pas passé par la Boucarde. J’ai découvert Saint-Michel-en-l’Herm comme un touriste — cette petite ville du marais à quinze kilomètres de Luçon (c’est écrit sur le panneau Michelin, c’est pour ça que je le sais).

L’atelier commence : les élèves forment des groupes de trois ou quatre : chacun pense à un lieu et l’explique aux autres pour le décrire, en extraire des mots, des émotions, des actions qui deviendront nos outils pour raconter une histoire. Plusieurs élèves ont choisi : la Boucarde. Parce que c’est l’endroit où ils se retrouvent entre copains.

Sur Facebook, François Bon me dit qu’à l’époque où il était au collège à Saint-Michel-en-l’Herm, ce collège-là n’existait pas encore : les cours avaient lieu dans des préfabriqués posés sur la place de la Boucarde. Encore la Boucarde, toujours la Boucarde ! Mais, précise-t-il, à l’époque où il avait l’âge des élèves avec qui j’ai passé la matinée (et avec qui j’ai aussi déjeuné, et très bien déjeuné d’ailleurs), il n’y avait pas de skatepark sur la Boucarde. Les temps changent.

C’est drôle, de découvrir ce bourg à travers ce qu’on veut bien m’en dire : aucun des lieux que j’ai été voir pendant ma visite touristique express n’a été évoqué ensuite, pendant l’atelier, par les élèves. Ensuite, j’ai été voir quelques-uns des lieux qu’ils ont choisis, eux, avec dans la tête les descriptions qu’ils en ont donné. J’ai vu l’étang. Et puis, surtout, j’ai fini par la voir, cette place dont tout le monde parle.

Je suis le dernier des derniers à la connaître, mais maintenant — ouf ! — je suis à niveau : je connais la Boucarde.

Le chemin qui bifurque

Les cartes topographiques IGN, ce n’est pas rien. La mienne est étalée sur la grande table de la salle à manger depuis le premier jour. Je m’y promène.

Aujourd’hui, vu le soleil de fou qui brille sur Luçon, je suis parti me promener en dehors de la carte : sur le territoire. J’ai quitté Luçon par la rue du Port, qui se prolonge dans la campagne. Juste après la dernière maison, j’ai tourné à gauche : une petite route bifurque vers les marais, se prolonge en un chemin mignon bordé de bassins : des oiseaux vivent là-dedans, ça bat des ailes à mon passage. La carte IGN prétendait que ce chemin aboutissait sur la piste cyclable le long du canal de Luçon, remontant ainsi vers la ville — eh bien, ce n’est pas vrai. J’en suis le premier étonné, mais je vous le dis comme je l’ai vu : la carte IGN ne dit pas la vérité. Il y a un canal étroit (mais infranchissable) qui sépare cet endroit de l’autre canal, celui longé par la voie cyclable. Tant pis, j’ai rebroussé chemin : l’endroit est joli, je ne suis pas fâché d’y passer une deuxième fois.

Cette photo n’a pas été prise d’ici, mais d’un autre endroit situé à proximité : le pré communal de Beugné-l’Abbé. Un peu selon le même principe : on va jusqu’au bout du chemin (qui est plus joli que l’autre, d’ailleurs), puis on retourne sur ses pas. Vous ne me croirez pas si je vous dis que j’y ai vu une cigogne, à nouveau. Mais, c’est la vérité. En plus, c’est à deux pas de la maison où je logerai au mois de mai : quelque chose me dit que je reviendrai traîner dans ce coin-là.

L’Île-d’Elle, première

La voiture traversait une nappe de brouillard, j’aurais été incapable de dire où nous allions. Heureusement, je connaissais le programme : on allait à l’Île-d’Elle et, au volant, c’était G., l’instituteur. Une partie de ses élèves s’est mélangée avec les sixième du collège, qui avaient été préparés par É., la documentaliste, et S., la prof de français : avec la petite troupe, on allait visiter plusieurs lieux dans le village. Moi, j’allais tous les découvrir ; les élèves en connaîtraient déjà certains, mais pas tous.

La « boîte à vocabulaire » préparée par les sixième

Ouf : le brouillard s’est dissipé. Ç’aurait été dommage de n’y rien voir. Quoique… ce voile de mystère aurait bien collé au genre de lieux qu’on a vus ce matin : un peu inquiétants, à l’écart du village, plus ou moins ingrats ou abandonnés. D’abord, le Gouffre : vous le saviez, vous, qu’il existait des ouvrages permettant de faire passer une rivière par-dessus un canal ? C’est précisément ce qui arrive ici grâce à ce fameux « gouffre », et cela depuis trois cent cinquante ans. Le lieu est sonore (le bruit de l’eau, si fort qu’il masque celui de la route). Ensuite, on a vu ce grand bâtiment en forme de brique, construit tout en briques, dans lequel on fabriquait des briques : la briqueterie désaffectée. Première fois que je faisais de l’urbex avec des mômes : j’ai aimé ça. Direct, les histoires de zombies se mettent en route. La troisième étape, elle était sur mesure pour moi : la gare. Évidemment. Convertie en habitation, cette gare, mais une gare tout de même. Je n’étais pas seul à rêver en imaginant attendre un train sur ce quai, à l’époque où ils s’y arrêtaient encore : j’ai bien vu que d’autres aimaient ça aussi, fantasmer des voyages.

L’après-midi, avec l’autre groupe, on a vu le cœur du village : la Place. Elle porte un nom, la place, mais pour eux, c’est « la Place ». Les gosses du primaire la connaissent bien : leur école borde l’un des côtés. Ceux du collège, pour certains, n’étaient jamais venus. En face, il y a un jardin et un monument aux morts — ça me parle, ça aussi, surtout quand deux enfants ont débattu pour savoir si ce soldat était un soldat en particulier, ou alors une allégorie (ils n’ont pas dit « allégorie », mais l’idée était là). Derrière, une médiathèque aménagée dans une ancienne bâtisse : à quoi servait cette maison, avant ? (ils n’en savent rien et moi non plus : imaginons, nous sommes là pour ça). Pour finir : la campagne. À la sortie du village, après le cimetière, une table d’orientation est placée. Elle indique les noms des clochers, des châteaux d’eau qu’on voit tout autour. G. me fait remarquer qu’on aperçoit, au loin, la flèche de la cathédrale de Luçon — celle que je vois de la fenêtre de ma chambre : une présence déjà familière. Les lieux qu’on découvre, les lieux qu’on connaît. Ce qu’on invente dans ces lieux, c’est le programme de la prochaine séance.

Les lieux d’un roman

Sur une carte de Saint-Céré, des pastilles rouges. Entre elles et les images, je tire mon fil rouge (littéralement) : des cartes postales (anciennes ou pas), des photos prises par moi ou par d’autres, des dessins, des extraits de texte, des pages de mon carnet. Ce sont les lieux-clés du Héros et les autres : des lieux réels (à Saint-Céré), des lieux imaginaires (disons plutôt : fantasmés à partir de lieux réels), des souvenirs (des épisodes qui ont eu lieu dans d’autres endroits).

Je veux que l’expo soit foisonnante, qu’elle parte dans tous les sens, qu’on ne sache pas trop comment la regarder. Que l’œil soit accroché par une image, qu’il suive le fil rouge et tombe sur autre chose — une association d’idées. J’ai noté sur des soi-disant cartels le rapport que chaque chose entretient avec le Héros et les autres — parfois, c’est lointain : mais peu importe, car l’expo s’adresse aussi (surtout) à ceux qui ne l’ont pas lu. L’idée, c’est de leur montrer « comment je travaille » — non, disons plutôt : comment mes idées s’articulent autour de lieux, car c’est le thème de ma résidence. Sur le mur d’en face, les bibliothécaires afficheront une grande carte de Luçon et de ses environs : les visiteurs participeront à enrichir l’accrochage, en ajoutant une image, une photo, une pensée, un souvenir. Pour créer une carte sensible du territoire.

Mon expo, c’est « mon atelier ». Et, en vrai, mon « atelier », c’est surtout une bibliothèque. Alors, j’ai choisi quelques livres en rapport avec Le héros et les autres : sur l’adolescence, sur les sentiments très purs et violents qu’on ne connaît pas très bien, sur l’imaginaire attaché aux lieux, sur les lieux ordinaires et magiques à la fois, sur les villes et les villages. Je les propose à qui voudra bien les découvrir, les feuilleter, en parler avec moi.

Faire connaissance

Si on aime les vieilles pierres, Luçon, c’est chouette. Moi, j’aime ça, les vieilles pierres. Je n’ai pas encore visité la cathédrale, mais j’ai vu le château d’eau, qui est une autre cathédrale à sa manière, en béton 1900 avec des ornements beaux comme tout. Je l’ai vu hier quand il faisait soleil. Cet après-midi, il bruine gentiment.

J’ai pris les rues derrière « chez moi », qui portent des noms comme : rue de l’Aumônerie, des Chanoines, de l’Union-Chrétienne, du Grand-Carmel : vous voyez le genre. C’est à cet endroit qu’on voit le Carmel, justement, et d’autres édifices magnifiques plus ou moins sacrés, et des hôtels particuliers aussi. J’ai suivi la rue du Port pour arriver au portfeu le port, parce que dans le port de Luçon, il n’y a plus d’eau depuis belle lurette. Ils l’ont comblé dans les années 70 : aujourd’hui, c’est une place en travaux avec un square et un bâtiment tout neuf (on me souffle dans l’oreillette que, du coup, il y a de nouveau de l’eau dans le port, puisque ce bâtiment est une piscine — merci à l’oreillette). Je remonte vers la ville. Je tombe sur une halle arrondie (c’est marrant) et un gymnase qui vaut le coup (il est en pierre : j’aurais cru une église ou une caserne de pompiers). J’arrive dans la zone moche (je crois qu’il faut dire « zone d’activités ») : j’avais repéré qu’il fallait venir jusque là pour trouver le brocanteur, à qui j’achète deux cartes de Vendée.

Une « routière et kilométrique » dressée par Justin Vincent, agent-voyer, et une « touristique » qui vous dit où faire du cheval, et où trouver du congre, de la daurade ou des pétoncles. On cause. Il me montre un livre terrible sur Paris qui me fait drôlement envie, mais je ne suis pas là pour acheter des trucs sur Paris. Je me sauve (en vrai, je crois que je reviendrai l’acheter). En traversant des lotissements impossibles, je tombe sur une vieille connaissance (ouf) : une rue du Commandant-Charcot. Ça me fait plaisir. J’ai envie de voir le cimetière et c’est à ce moment que le crachin gentillet devient une pluie, une vraie : j’ai pris exprès mon imper acheté l’été dernier en Bretagne, ça ne m’empêchera donc pas de voir quelques monuments et de remarquer qu’il est écrit dessus, plus souvent que dans d’autres cimetières visités, « ici repose le corps de » (ils précisent « le corps »). Je reviens en ville, il ne pleut plus. Tiens, le château d’eau ! il est aussi beau qu’hier. Quasi en face de chez moi, il y a le jardin Dumaine. Je le parcours avant de rentrer : c’est grand et c’est chic, c’est le genre de parc dont les allées romantiques sont dessinées exprès pour qu’on s’y perde. Au fond, des buissons sont taillés en forme d’animaux : il y en a un, je me demande si c’est un baudet du Poitou.

Sans me vanter, ce soir, je peux dire que je connais Luçon mieux que ce matin.

Un atlas

J’étais môme, j’avais inventé des pays et les avais dessinés dans cet atlas — voilà les trois premières pages. Pour chacun, sont indiqués la surface, le drapeau et le nom d’abitants. Vous reconnaîtrez : un pon, des mers et des îles, et notamment l’île du Scelète de Girafe. À propos d’une autre, vous êtes prévenus : il ne faut jamais yalé, c’est trop dangereux.

Remonter le courant (la Vendée est une rivière)

Je fais un peu d’archéologie. Je fouille dans mes papiers. À la médiathèque de Luçon, on prévoit une expo qui s’intitulera « dans l’atelier d’Antonin Crenn », qui durera le temps de ma présence là-bas. J’y montrerai mon travail comme si j’étais quelqu’un d’important. Plus précisément, ce sera autour du Héros et les autres : je vais étaler sur le mur toutes les choses qui ont participé à sa création, autour d’un plan de Saint-Céré. Chaque lieu important du récit sera lié à des images, des petits objets, des bouts de texte. Par association d’idées. Je ne montrerai pas seulement les choses qui m’ont servi concrètement pendant l’écriture (il y en a peu) : en fait, je vais inventer après coup une sorte de constellation. Je montrerai des livres que j’aime. Et aussi — c’est là qu’intervient l’archéologie — des petits bouts de vieux projets écrits ou dessinés quand j’avais l’âge de Martin, et qui contiennent déjà des motifs qui se sont retrouvés dans Le Héros. Et qui vont continuer de se retrouver dans d’autres textes, je vous le garantis.

Là, j’ai quatorze ans. Je suis remonté un peu trop loin dans ma frise chronologique. On garde de ces trucs. Remontant encore le courant, je tombe sur ce carnet de notes (je suis en CM1) : la maîtresse dit que je pourrais développer davantage mes idées en expression écrite. Comptez sur moi, maîtresse, je vais m’y appliquer.

Je prépare aussi, en ce moment, les ateliers d’écriture que je vais animer avec les jeunes Vendéens. Parmi les élèves que je rencontre en premier, à l’Île-d’Elle, il y aura des CM1 — je les inciterai à bien développer leurs idées en expression écrite, vous allez voir.

L’Île-d’Elle sur la carte de Cassini

J’aimerais bien que l’Île-d’Elle ait été véritablement, à une époque, une île — puis qu’elle se soit retrouvée dans les terres à cause de l’assèchement des marais. C’est probable, mais c’est sûrement plus compliqué que ça. Je creuserai peut-être la question.

L’Île-d’Elle sur ma carte IGN

À l’Île-d’Elle, il y a une écluse qui s’appelle « le Gouffre », et puis une gare abandonnée devenue une maison particulière. Il y a une rivière qui s’appelle la Vendée (vous le saviez, vous, que la Vendée était le nom d’une rivière ?). Et il y a un monument aux morts en forme de bonhomme sur son piédestal. On ne va pas s’ennuyer, c’est sûr.

Noms de lieux : les deux Charcot

Le Pourquoi Pas ? a fait naufrage au large de Reykjavík le 16 septembre 1936. Un homme a survécu et quarante autres sont morts en mer, parmi lesquels Jean-Baptiste Charcot. Le lendemain, au Conseil municipal de Paris, Alex Biscarre demande qu’une rue de Paris porte le nom de Charcot afin de lui rendre l’hommage qu’il mérite.

L’Ouest-Éclair, 19 septembre 1936

Il existait déjà une rue Charcot à Paris depuis 1894, à côté de la Salpêtrière, pour honorer Jean-Martin Charcot — qui s’était illustré (notamment) dans cet hôpital. On n’avait pas précisé le prénom, à l’époque, parce que son fils Jean-Baptiste n’était pas connu.

On dirait que le vœu d’Alex Biscarre est tombé aux oubliettes. Dans la rue Charcot, il n’y a toujours pas de mention du prénom. Elle aurait pu devenir par exemple rue Jean-Martin-et-Jean-Baptiste Charcot ou rue du Docteur-et-du-Commandant-Charcot. On a vu des tas d’exemples de rues Pierre-Curie qui, à la mort de Marie Curie, sont devenues rue Pierre-et-Marie-Curie. Une autre idée — sans doute meilleure — serait de transformer la rue Charcot en rue du Docteur-Charcot et de nommer le tout nouveau jardin Charcot : jardin du Commandant-Charcot.

Dans le genre, ils ne se sont pas trop mal débrouillés, à Neuilly. Ils ont gardé la rue Charcot qu’ils avaient déjà pour le père et, à côté, ils ont fait un boulevard du Commandant-Charcot pour le fils, là où était l’hôtel particulier familial.

En attendant, cet obscur conseiller municipal — je me permets de dire « obscur » parce que, franchement, personne n’osera dire qu’il est plus célèbre que Jean-Baptiste Charcot — a la chance d’avoir un lieu à son nom dans le 9 arrondissement : le square Alex-Biscarre, place Saint-Georges. C’est injuste, mais tant mieux pour lui.