Se laisser surprendre

par Antonin Crenn

Troisième et dernière séance à Saint-Martin-Lars-pour-les-intimes (Saint-Martin-Lars-en-Sainte-Hermine pour les officiels) : cette fois, je n’ai pas eu besoin de me lever aux aurores, parce que je suis venu en début d’après-midi.

Puisque je ne vous cache rien, voilà : juste avant, j’ai déjeuné en excellente compagnie, au restaurant de Saint-Juire. Je n’ai pris qu’un verre de Mareuil, afin d’avoir toute ma tête devant les élèves, mais je me suis régalé avec tout le reste. Une bonne adresse. Tellement bonne, que l’un de mes compagnons de table m’a dit y avoir déjeuné avec Arielle Dombasle (rapport au film de Rohmer, évidemment) : quant à savoir si elle était assise sur le même siège que moi, ah, on ne le saura pas. On laissera libre cours à son imagination. Fin de l’intermède gastronomique et cinématographique.

Je suis venu l’après-midi, donc, pour changer nos habitudes. Surprise ! On prend très vite des habitudes. La preuve : une petite fille de l’autre classe m’a dit : « tout à l’heure, quand on sera dehors, on te verra te promener » — parce que les autres fois, qui étaient des vendredis matins, quand j’avais fini l’atelier d’écriture avec les grands, je faisais un tour au village (au plan d’eau, par exemple, ou au-delà, vers le château) et je tombais sur les petits, guidés par leur instituteur, en pleine visite pédagogique. Une habitude, déjà.

Voilà, les histoires des enfants ont pris forme. Chacun a trouvé — il me semble — l’enjeu de son texte : le défi qu’il devait relever soi-même, qui est différent de celui de la voisine ou du voisin. Pour surprendre le lecteur, en fonction de la promesse qui lui a été faite dans le titre de l’histoire. Quelques défis : raconter deux fois la même histoire avec deux points de vue (celui de l’homme, celui de l’extraterrestre) ; faire croire au lecteur que l’histoire se terminera bien, puis lui montrer le contraire (pardon pour le spoiler, mais je vous le dis : les animaux n’utiliseront pas leurs pouvoirs pour éviter que l’arbre soit abattu) ; écrire le texte à la première personne, pour éviter de désigner et de décrire le personnage, afin que le lecteur comprenne seulement à la fin à qui il avait affaire.

Ils sont vivants, ces enfants : ça saute dans tous les sens (je parle des idées dans leurs têtes, mais pas seulement, je me comprends). Ils me surprennent. Ils s’éparpillent et puis, hop, d’un coup ils ont trouvé ce qu’ils voulaient, et ils écrivent. Ils vont encore m’étonner, je l’espère, lorsqu’ils présenteront leurs créations au public. Ils liront ; ils exposeront leurs textes et leurs dessins ; ils danseront, qui sait ? Tout est possible. Je leur ai dit : étonnez-moi.

Ça se passera le mardi 21 mai, à la mairie de Saint-Juire (et là, eh bien, vous comprenez que ma digression du début n’était pas innocente).