Quand on arrive dans les villages

par Antonin Crenn

Les villages, c’est assez différent des villes. Par exemple, il n’y a pas d’immeubles, mais des maisons : la plupart des gens n’ont pas de voisins du dessus ou du dessous. Les maisons sont alignées le long d’une rue, qu’on appelle parfois simplement la rue, s’il n’en existe pas d’autre. Entre les maisons s’intercalent d’autres bâtiments : des granges ; ou des espaces non bâtis : des prés. Enfin, la plupart des gens des villages ne vivent pas, en fait, au village, mais dans des écarts, des hameaux, des lieux-dits.

Voilà ce que je me dis en arrivant à Saint-Martin-Lars-en-Sainte-Hermine — une jolie commune dont il faut plus de temps pour prononcer le nom que pour la traverser (on disait ça, quand j’étais petit, à propos de Goudelancourt-lès-Pierrepont où je passais mes vacances). Moi qui suis un voyageur venu d’ailleurs, j’ai observé le lieu ainsi.

Ce matin, à l’école de Saint-Martin (appelons-nous par nos diminutifs, maintenant que nous nous connaissons), j’ai proposé aux enfants de faire précisément cela : après qu’un élève a dessiné le lieu que lui décrivait son camarade, un troisième décrit le lieu tel que représenté par le dessin, comme s’il était un voyageur venu d’ailleurs, c’est-à-dire comme s’il n’avait aucun savoir préalable quant à cet endroit, s’il ne savait pas à quoi sert une maison, ni ce qu’est un cheval. « Quand on arrive dans ce lieu, on voit… » Ils ont joué le jeu, ils ont écrit des choses chouettes.

Ah, je ne vous ai pas dit : à Saint-Martin, il existe un lieu-dit qui s’appelle les Villages. Le panneau de la photo pointe vers là, naturellement.