Mais alors, est-ce qu’il est amoureux de Félix ?

Hier soir, j’ai eu un prix. C’était la remise du prix du roman gay, au centre LGBT, et j’ai eu la mention « prix du roman court » pour Le héros et les autres qui, ne nous le cachons pas, est un roman court. Et j’étais fier ! oui, je le dis franchement.

J’ai dit au micro que j’étais content pour moi, mais aussi pour mon personnage : Martin. Parce qu’il serait sans doute le premier étonné, si on lui disait qu’il avait gagné ce prix. Ce prix gay. Martin éprouve des émotions, des sentiments, des sensations ; je me mets à sa place, dans sa peau et dans sa tête, et je les éprouve moi aussi (je les éprouve à nouveau, parce que Martin est un peu moi, il y a quinze ans) et je les décris. Mais je ne les nomme pas. Je ne dis pas amour, je ne dis pas désir. Je dis les tourments et les plaisirs qui habitent Martin quand il voit Félix. Alors, ce mot-là : « gay », ce mot est totalement exotique pour Martin. Il ne ressent pas encore l’urgence de le connaître et de l’utiliser – le besoin de nommer. Ce prix est une façon de nommer, et c’est une lecture possible du livre. J’aime aussi que le mot ne soit pas dans le livre et que les lectrices, les lecteurs, le trouvent par eux-mêmes. À ce moment, je fais un clin d’œil appuyé à O. qui, justement, fait lire le livre à ses élèves et qui m’offre, avec eux, des conversations riches, passionnantes : « mais alors, est-ce qu’il est amoureux de Félix, oui ou non ? ». Et moi, je me demande si, au fond, il est nécessaire de nommer les choses. Et je réponds : parfois, non (entretenir la magie, le flou) ; d’autres fois : oui, impérativement, parce que les mots peuvent faire un bien fou.

Après les discours, c’était l’apéro, et après l’apéro, c’était une déambulation avec J.-E., avec O., avec G. et E. jusqu’à cette brasserie où nous avons échoué, parce qu’il fallait bien échouer quelque part. Et on a poursuivi, sans le savoir, cette réflexion sur le langage amorcée dans ma bafouille au micro : car les choses posées dans nos assiettes, si nous n’avions pas bénéficié de l’aide écrite sur le menu, nous aurions été bien incapables de les nommer. « Tous les fromages ont le même goût, dit O., si je ferme les yeux je ne sais pas ce que je mange ». Mais il avait tout de même une qualité, ce restaurant. Son nom est un prénom. Il porte un prénom que j’aime bien, c’est-à-dire le prénom d’un garçon que j’aimais. C’est beaucoup lui, Félix. Le premier pour lequel j’ai ressenti l’urgence de nommer : poser un mot sur le sentiment : « Mais alors, est-ce que je suis amoureux de B., oui ou non ? »

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4 commentaires

  1. Merci Buck, pour ta présence samedi soir, pour ce message, et pour ta lecture : c’est précieux, d’être lu !

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